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Infos Ivoiriennes (118)

Pour la première fois depuis sa réélection, en octobre 2020, le chef de l’État ivoirien se confie. Pour « Jeune Afrique »,

Il revient sur les difficultés de l’année qui vient de s’écouler et insiste sur le nécessaire renouvellement de la classe politique.

La dernière interview qu’Alassane Ouattara (ADO) nous avait accordée, en mars 2020, semble remonter à une autre époque. C’était le temps où se forgeait l’après-ADO. Le chef de l’État, alors âgé de 78 ans, avait pris la décision de quitter le pouvoir et de transmettre le témoin à son « fils » et plus proche collaborateur depuis près de trente ans, Amadou Gon Coulibaly (AGC). Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), né quelques mois plus tôt, se mettait en ordre de bataille pour appuyer cette candidature. Hamed Bakayoko, autre poids lourd du parti et proche du président, avait accepté de se ranger derrière Gon Coulibaly et de mettre ses qualités et son réseau au service du « Lion de Korhogo », dont il était si complémentaire.

Ouattara : son troisième mandat, ses relations avec Gbagbo et Bédié, le RHDP, le cas Soro…

Entretien exclusif Par Marwane Ben Yahmed -interview JA Le président Alassane Ouattara dans son bureau du Plateau, à Abidjan, le 15 septembre 2021. Pour la première fois depuis sa réélection, en octobre 2020, le chef de l’État ivoirien se confie. Pour « Jeune Afrique », il revient sur les difficultés de l’année qui vient de s’écouler et insiste sur le nécessaire renouvellement de la classe politique. La dernière interview qu’Alassane Ouattara (ADO) nous avait accordée, en mars 2020, semble remonter à une autre époque. C’était le temps où se forgeait l’après-ADO. Le chef de l’État, alors âgé de 78 ans, avait pris la décision de quitter le pouvoir et de transmettre le témoin à son « fils » et plus proche collaborateur depuis près de trente ans, Amadou Gon Coulibaly (AGC). Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), né quelques mois plus tôt, se mettait en ordre de bataille pour appuyer cette candidature. Hamed Bakayoko, autre poids lourd du parti et proche du président, avait accepté de se ranger derrière Gon Coulibaly et de mettre ses qualités et son réseau au service du « Lion de Korhogo », dont il était si complémentaire. Apaisement Un an et demi plus tard, ce scénario censé porter sur les fonts baptismaux la Côte d’Ivoire de demain a des allures de relique. « AGC » et « Hambak », décédés respectivement en juillet 2020 et en mars 2021, laissent un vide immense. Alassane Ouattara s’est finalement résolu à briguer un troisième mandat, ce qui a mis le feu aux poudres : campagne électorale nauséabonde, scrutin sous haute tension, violences, appels de l’opposition à la déstabilisation, à la désobéissance civile ou au boycott (en fonction du niveau d’animosité à l’égard du chef de l’État)…

Une énième crise politique et son corollaire, la peur de l’embrasement. Les mânes de la période décembre 2010-avril 2011 hantaient toujours la lagune Ébrié. Depuis cette sinistre séquence, la raison a fini par prévaloir et l’heure est à l’apaisement. Ouattara a été réélu, Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI), est rentré en Côte d’Ivoire et Henri Konan Bédié a mis de l’eau dans son champagne. Le chef de l’État a même rencontré ses deux prédécesseurs et adversaires de toujours, et le trio se donne à nouveau du « mon frère » en s’embrassant comme du bon pain. Sur le fond, et sur ce que chacun pense des deux autres, cela ne change rien. Mais sur la forme, cela change tout. Patrick Achi a pris les rênes du gouvernement, Laurent Gbagbo a quitté le Front populaire ivoirien (FPI) pour créer une nouvelle formation et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) attend toujours de savoir si Bédié passera un jour la main. Quant à Guillaume Soro, l’ancien chef rebelle devenu président de l’Assemblée nationale désormais en rupture de ban, il poursuit son exil mystérieux. Sans doute s’interroge-t-il sur les vicissitudes du destin : s’il avait fait preuve de patience et était resté au RHDP, il aurait aujourd’hui un boulevard devant lui dans la course à la succession de Ouattara. Pour répondre à nos questions, notamment sur la manière dont il a vécu ces dix-huit derniers mois et sur sa vision de l’avenir, le chef de l’État nous a reçu le 15 septembre, en fin de matinée, dans son vaste bureau du palais présidentiel, au Plateau. Un entretien de plus d’une heure, le premier qu’il accorde depuis sa réélection.

Jeune Afrique : L’année écoulée a été particulièrement éprouvante, entre les décès de vos deux Premiers ministres, votre candidature à un troisième mandat contestée par l’opposition et une présidentielle tendue… Sans oublier la crise liée au Covid-19.

Comment l’avez-vous vécue et qu’en avez-vous retiré ?

Alassane Ouattara : Cette année a effectivement été très difficile. La disparition de deux de mes très proches collaborateurs, que je considérais comme des fils, Amadou Gon Coulibay et Hamed Bakayoko, représente une perte immense pour la Côte d’Ivoire tant le travail qu’ils ont accompli au service de la nation a été considérable. Et pour moi aussi, évidemment, compte tenu des liens personnels et affectifs que nous entretenions. Amadou avait été désigné candidat du RHDP à l’élection présidentielle, notamment pour incarner le renouvellement générationnel que j’appelais de mes vœux. Son décès brutal, quelques semaines seulement avant le dépôt des candidatures, m’a amené à revenir sur ma décision [de quitter le pouvoir], et je l’ai fait à la demande de mon parti. La Constitution, approuvée par les Ivoiriens à plus de 93 % en 2016, m’y autorisait. Je ne le souhaitais pas car j’avais fait le choix, en mon âme et conscience, de me retirer. Mais j’ai estimé que c’était nécessaire pour la stabilité du pays. Ce qui s’est passé par la suite m’a profondément choqué et me laisse un goût amer. L’élection a été entachée de graves incidents après que certains « responsables » de l’opposition ont appelé à la désobéissance civile et tenté de faire prospérer l’idée d’une transition qui n’aurait eu ni base légale ni légitimité.

EN CE QUI CONCERNE LES TROIS GRANDS LEADERS POLITIQUES DE CE PAYS, LES CHOSES SE PASSENT BIEN

Ces personnes savaient pertinemment que j’étais éligible à un nouveau mandat et que j’avais initialement décidé de me retirer. Cette malhonnêteté intellectuelle m’a profondément déçu. Comment de hauts responsables, dont certains ont géré la Côte d’Ivoire, peuvent-ils décider d’organiser le boycott des élections et appeler à des actions qui ont conduit à des violences et à des morts ? Une commission d’enquête a été mise en place. Les résultats seront rendus publics et des sanctions seront prises.

L’atmosphère est-elle plus apaisée aujourd’hui ?

Heureusement, oui. Nous sortons d’un cycle électoral complet, avec la présidentielle d’octobre 2020 et les législatives de mars 2021, auxquelles l’opposition a pris part. Nous avons désormais une Assemblée nationale plurielle, où sont représentés tous les partis significatifs de notre pays.

C’est la première fois depuis plus de vingt ans. L’heure serait donc enfin à la réconciliation ?

C’est en tout cas mon souhait et nous faisons tout pour y parvenir. Une loi d’amnistie a été adoptée en 2018, un ministère consacré à la réconciliation et à la cohésion nationale a été créé et, plus récemment, la quasi-totalité des civils incarcérés dans le contexte de ces crises politiques a été mis en liberté conditionnelle. Nous avons également instauré un cadre de dialogue entre le gouvernement et les partis. Enfin, j’ai rencontré les présidents Henri Konan Bédié, le 11 novembre 2020, et Laurent Gbagbo, le 27 juillet dernier.

Comment avez-vous vécu le retour de Laurent Gbagbo, en juin, et que vous êtes-vous dit un mois plus tard ?

Pour moi, c’était une évidence qu’après son procès à la CPI, Laurent Gbagbo devait rentrer en Côte d’Ivoire. Nous avons organisé son retour, les choses se sont bien passées et nous nous sommes rencontrés. C’était un entretien fraternel et amical. Laurent Gbagbo est un acteur majeur de la vie politique de notre pays mais aussi un ancien président. J’ai donc donné des instructions pour qu’il reçoive tous les avantages et toutes les considérations dus à son rang.

Le pensez-vous sincère quand il dit vouloir prendre part à la réconciliation nationale ?

 Le passif entre vous est lourd… Je ne veux pas le juger, ses actes parleront pour lui. Nous avons désormais de bonnes relations, des relations normales, et nous échangeons souvent au téléphone.

Et avec Henri Konan Bédié ?

C’est la même chose. Je l’ai eu récemment au téléphone, à l’occasion d’un deuil qui a frappé sa famille. Je considère qu’en ce qui concerne les trois grands leaders politiques de ce pays, comme les gens disent – et si je suis inclus dans ce trio –, les choses se passent bien. Nous devons d’ailleurs nous voir dans un avenir proche afin d’échanger sur les défis que la Côte d’Ivoire se doit de relever.

Que pensez-vous de leur alliance ?

C’est leur décision. Certains de vos proches la décrivent comme un jeu de dupes… Disons que c’est effectivement surprenant, car ils n’ont pas la même idéologie politique : Laurent Gbagbo est un socialiste et Henri Konan Bédié, un libéral centriste… Je peine à imaginer les contours du programme qu’ils pourraient proposer ensemble aux Ivoiriens !

Laurent Gbagbo a décidé de créer un nouveau parti, en dehors du Front populaire ivoirien (FPI), désormais dirigé par Pascal Affi N’Guessan. Cela vous dérange-t-il ?

Non, pas du tout. Nous avons une Constitution et des lois. Tout citoyen qui les respecte doit avoir cette possibilité [de créer un parti].

Lorsque vous aviez annoncé que vous ne brigueriez pas de troisième mandat, le 5 mars 2020, vous aviez évoqué le nécessaire renouvellement de la classe politique. Pour l’instant, il ne semble guère engagé : les Ivoiriens demeurent focalisés sur Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié. Comment faire en sorte qu’il devienne enfin concret ?

Je n’ai pas seulement parlé du renouvellement générationnel – que j’avais acté, puisque ce jour-là à Yamoussoukro, devant le Parlement réuni en congrès, j’avais dit que j’avais décidé de ne pas être candidat. J’avais estimé qu’il était temps de passer la main. Des circonstances exceptionnelles m’ont amené à revenir sur cette décision, mais pour moi, sur le fond, cette affaire est réglée et c’est plus que jamais mon souhait.

POUR 2025, JE PRENDRAI LA DÉCISION APPROPRIÉE LE MOMENT VENU Regardez la composition du gouvernement : plus d’une dizaine de ministres ont été nommés à des postes clés et ont moins de 50 ans. Le secrétaire général de la présidence [Abdourahmane Cissé], qui est tout de même l’un des personnages les plus importants de l’exécutif, vient à peine d’avoir 40 ans. Enfin, ce rajeunissement est également perceptible dans l’administration et au sein du RHDP, où de nombreux jeunes cadres ont pris des responsabilités.

Et qu’envisagez-vous pour la présidentielle de 2025 ?

J’ai été réélu il y a moins d’un an. Ma préoccupation immédiate, c’est de travailler au service de mes compatriotes. Pour 2025, je prendrai la décision appropriée le moment venu. Cela dit, ma position est connue, puisque je l’avais exprimée en mars 2020…

Où en sont les enquêtes concernant Guillaume Soro ? Seriez-vous prêt, comme avec Gbagbo ou Bédié, à faire l’effort de renouer avec lui ?

Je n’ai rien à dire de particulier sur le cas de Guillaume Soro. Ce dossier n’est pas à mon niveau, mais entre les mains de la justice. Les faits qui lui sont reprochés sont d’une extrême gravité et il a été l’objet d’une condamnation à perpétuité, mais il peut évidemment rentrer et faire face à la justice.

Pensez-vous que la Côte d’Ivoire soit enfin vaccinée contre les violences liées aux crises politiques ?

Je pense que oui. D’ailleurs, nous avons fait face à une tentative de déstabilisation avant l’élection ; quelle aurait été la situation après le scrutin ? Nous mettons tout en œuvre pour que la démocratie se consolide, pour améliorer le bien-être de nos concitoyens. Et nous entretenons de bonnes relations avec les pays voisins. Ce travail est nécessaire pour nous prémunir contre les crises que nous avons vécues par le passé. Un député indépendant a fait savoir qu’il proposerait un texte visant à restaurer la limite d’âge de 75 ans pour les candidats à la présidentielle. Ce serait une manière de rendre inéluctable ce fameux renouvellement… Je n’ai rien contre. Je rappelle, une énième fois, que j’avais décidé de partir alors que j’avais 78 ans ! C’est un débat qui ne me gêne pas. Il appartiendra au Parlement d’approuver ou de refuser la proposition.

Une telle mesure vous empêcherait vous, ainsi qu’Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, de concourir en 2025. Et mettrait fin au conflit qui vous oppose depuis près de trois décennies… La Constitution doit être impersonnelle. La question, ce n’est pas Ouattara, Bédié ou Gbagbo. Certains voient dans l’ascension de votre frère, Téné Birahima, qui est aujourd’hui ministre de la Défense, une manière de le préparer à vous succéder. Est-ce le cas ?

Il fait du très bon travail et n’est pas intéressé par autre chose que les responsabilités que je lui confie. Il n’y a pas matière à débat.

Avez-vous déjà en tête le profil de celui que vous aimeriez voir vous succéder, le nouveau Amadou Gon Coulibaly ?

Avec Amadou, qui a travaillé avec moi pendant trente ans, c’était une évidence. Tout le monde sait que c’était quelqu’un de très compétent et d’intègre, qui avait un sens politique particulièrement aiguisé. Nous sommes dans une configuration nouvelle. La démocratie doit jouer pleinement son rôle au sein du RHDP, qui désignera son candidat.

Lors d’une primaire par exemple ?

Je ne sais pas. Le RHDP devra décider quelle est la meilleure manière de procéder, mais il faut que ce soit un choix démocratique, comme celui qui m’a amené à accepter d’être candidat.

Regrettez-vous cette décision ?

Non. Avec le recul, je suis plutôt soulagé aujourd’hui de l’avoir prise. Mon seul regret, et il est de taille, c’est la folie de quelques-uns, qui sont prêts à tout, même au pire, pour le pouvoir.

Êtes-vous satisfait du gouvernement dirigé par votre Premier ministre, Patrick Achi ?

Tout à fait. Patrick Achi est un très bon Premier ministre. Il a une excellente connaissance de l’administration et du secteur privé, une bonne formation, acquise en Côte d’Ivoire, en France et aux États-Unis. Le gouvernement a été rajeuni et il est véritablement inclusif, avec au moins deux ministres par district dans les quatorze que compte le pays. Le rythme des réformes s’accélère, je ne peux qu’être satisfait.

Quid du RHDP ?

Il a perdu deux figures majeures : Amadou Gon Coulibaly, qui était le président du directoire et autour duquel son organisation avait été pensée, et Hamed Bakayoko, qui avait en partie pris le relais… Je reconnais que la situation n’est plus la même. Comment pourrait-il en être autrement ? Fort heureusement, les élections sont derrière nous et nous traversons maintenant une période creuse. Nous avons besoin d’une véritable restructuration du RHDP. J’ai mis en place un comité présidé par le ministre d’État Gilbert Kafana Koné, qui doit nous faire des propositions avant la fin de l’année.

Parmi les défis majeurs, l’assimilation de toutes les composantes qui ont intégré le RHDP autour du Rassemblement des républicains (RDR). Estimez-vous que la mayonnaise a réellement pris ?

Soyons franc : pas totalement encore. Certains continuent de raisonner par rapport à leur formation d’origine. Le RHDP doit devenir une union de partis qui existe par elle-même et ne plus être un rassemblement d’anciens mouvements. Ceci étant dit, le RHDP est tout de même une formation forte, la plus grande de Côte d’Ivoire, avec 60 % des députés et trois quart des sénateurs. Elle est la seule qui soit implantée dans l’ensemble du territoire, dans toutes les régions, tous les départements, communes ou villages, et elle réunit des citoyens de tous bords.

Pourquoi n’avez-vous toujours pas désigné de nouveau vice-président pour remplacer Daniel Kablan Duncan ?

La priorité, après le renouvellement de l’Assemblée nationale, était de former une nouvelle équipe gouvernementale afin de poursuivre et accélérer le développement économique et social du pays. Le vice-président, lui, agit sur délégation du chef de l’État, qui le nomme. Il n’y a donc pas de vide juridique comme veulent le faire croire certaines personnes. Chaque chose en son temps.

Quels sont, selon vous, les principaux enjeux pour votre gouvernement ?

Nous devons poursuivre notre marche vers le développement en dépit des difficultés conjoncturelles et sécuritaires ou du contexte particulier lié à la pandémie de Covid-19. Cela signifie accroître le rythme de la transformation de notre pays et de l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. C’est la base de notre programme – « La Côte d’Ivoire solidaire » –, qui a d’ailleurs été élaboré par Amadou Gon Coulibaly et Patrick Achi. À travers notre nouveau Plan national de développement (PND), qui mobilisera 110 milliards de dollars pour la période 2021-2025, dont les trois quarts viendront du secteur privé, nous allons accélérer l’accès des populations à l’éducation, à l’eau, à l’électricité et aux soins de santé. Mais aussi promouvoir l’émergence de champions nationaux – comme l’ont fait la Corée du Sud, le Vietnam et, plus près de nous, le Maroc – et le financement de projets afin de créer plus d’emplois pour les jeunes et les femmes, à travers l’industrialisation de notre pays et la transformation locale de nos matières premières. Il nous faut également multiplier nos actions en faveur du triptyque « paix, sécurité, justice » afin de renforcer la cohésion sociale, de consolider la paix et de contrer toute tentative d’attaque terroriste. Notre objectif est de réduire les disparités régionales et sociales, de doubler de nouveau le revenu par habitant, entre 2020 et 2030, et de réduire de moitié le taux de pauvreté afin que la Côte d’Ivoire intègre le cercle des pays émergents, dans la tranche supérieure.

N’est-ce pas trop ambitieux, compte tenu de l’impact de la crise du Covid ?

Absolument pas. Grâce à la mise en œuvre des plans de riposte sanitaire et économique, la Côte d’Ivoire a montré la résilience de son économie, avec un taux de croissance de 2 % en 2020, ce qui est rarissime dans le monde. En 2021, il se situera entre 6 % et 7 % et nous retrouverons ensuite le rythme qui était le nôtre entre 2012 et 2019, autour de 8 %. Cela nous permet de maintenir de bonnes perspectives, et donc nos ambitions. Parmi les autres préoccupations de vos concitoyens, il y a la lutte contre la corruption et, plus largement, la bonne gouvernance… J’en ai pleinement conscience. En témoignent l’accélération et le renforcement des actions de la Haute Autorité pour la bonne gouvernance, la création d’un ministère consacré à la lutte contre la corruption et le lancement de plusieurs audits de gestion dans différentes structures publiques. Nous portons en outre une attention particulière à la sensibilisation, au renforcement des capacités des institutions chargées de ces questions, ainsi qu’à la modernisation et à la numérisation des procédures de l’administration pour en finir avec ce fléau. Enfin, et c’est une évidence, il faut des sanctions. De ce point de vue, c’est tolérance zéro.

Bonne nouvelle pour la Côte d’Ivoire, l’annonce par le gouvernement d’une importante découverte pétrolière. On évoque des réserves dix fois supérieures à celles qui existent aujourd’hui. Est-ce vrai ?

Tout à fait. Il s’agit d’une découverte majeure – la première depuis vingt ans – de pétrole brut et de gaz, réalisée avec le groupe italien Eni. Pour le pétrole, les estimations préliminaires se situent entre 1,5 et 2 milliards de barils, alors que nos réserves actuelles sont de 160 millions. Concernant le gaz, on parle de 1 800 à 2 400 milliards de pieds cubes, soit deux fois le niveau actuel. Nous visons une mise en production effective en 2024 ou 2025. Mais malgré cette excellente nouvelle pour notre pays et la manne que cela représente, nous ne changerons rien à la politique de diversification de l’économie dont nous avons parlé précédemment.

La situation sécuritaire au Sahel ne laisse pas d’inquiéter. Or la Côte d’Ivoire a été la cible d’attaques jihadistes, notamment à sa frontière avec le Burkina. Que faites-vous pour contrer cette menace ?

C’est un défi majeur. Des changements profonds ont été opérés au sein de l’armée ivoirienne, qui est plus professionnelle, plus disciplinée, mieux formée et mieux équipée grâce à d’importants investissements engagés depuis 2013. La formation des militaires se poursuivra dans le cadre de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme de Jacqueville. Nous allons également augmenter les effectifs en recrutant 10 000 nouveaux soldats [on compte près de 18 000 militaires aujourd’hui] en trois ans, dont environ 3 000 à 4 000 dès cette année. Cela permettra en outre d’harmoniser les pyramides des âges et des grades. Cette stratégie va bien sûr de pair avec une collaboration accrue avec les pays voisins, notamment le Burkina et le Mali, mais aussi d’autres pays côtiers comme le Togo, le Ghana ou le Bénin.

Compte tenu de ce qui s’est passé au Mali, et plus récemment en Guinée, avez-vous pleinement confiance en votre armée et en ses chefs ?

Entièrement. La Côte d’Ivoire dispose d’une excellente armée, républicaine et dotée d’officiers bien formés et légalistes.

Justement, comment analysez-vous ces coups d’État ?

Êtes-vous préoccupé par ce qui ressemble tout de même à un net recul démocratique au sein de la Cedeao ?

Je les condamne fermement, que ce soit au Mali ou en Guinée. C’est inacceptable. Tous les chefs d’État de la sous-région l’ont dit lors du sommet de la Cedeao, qui a d’ailleurs pris des sanctions. Nous sommes préoccupés par l’intégrité physique et la santé du président Alpha Condé, et nous l’avons dit aux autorités militaires guinéennes lors de notre mission, qui était conduite par le chef de l’État ghanéen, Nana Akufo-Addo, à Conakry le 17 septembre. Le président [Mamady Doumbouya] du CNRD [Comité national du rassemblement et du développement] nous a donné des assurances à ce sujet.

CEUX QUI SONT AU POUVOIR DOIVENT MIEUX TENIR COMPTE DE LA RÉALITÉ, DE L’ÉVOLUTION DES PAYS

Il est indispensable d’accompagner les Guinéens afin de minimiser l’impact de la transition sur les populations. Il faut revenir à l’ordre constitutionnel le plus tôt possible. Cela ne doit pas nous empêcher de procéder à une autocritique de la gouvernance dans nos différents pays. Car évidemment, une mauvaise gouvernance peut amener des militaires à intervenir dans le jeu politique, ce qui n’est pas souhaitable. Ceux qui sont au pouvoir doivent mieux tenir compte de la réalité, de l’évolution de leur pays et de toutes les couches sociales, notamment de la jeunesse, ainsi que du développement équilibré de l’ensemble du territoire national.

Votre ami et ancien homologue burkinabè, Blaise Compaoré, doit comparaître, à partir du 11 octobre, devant un tribunal militaire à Ouagadougou dans le cadre du procès sur l’assassinat de Thomas Sankara. Certains estiment que vous le protégez en l’accueillant ici en Côte d’Ivoire et qu’il doit répondre à la justice de son pays.

 Que leur répondez-vous ?

C’est un problème entre l’ancien président Blaise Compaoré et son pays. Il est en Côte d’Ivoire pour des raisons bien connues. Son épouse est ivoirienne et la Côte d’Ivoire a toujours été une terre d’hospitalité. Je n’entends pas me mêler d’une affaire qui est devant la justice du Burkina Faso.

Comment ont évolué vos relations avec le président français, Emmanuel Macron, depuis votre réélection ?

Elles sont excellentes, comme d’ailleurs celles de la Côte d’Ivoire avec la France, qui est un partenaire privilégié depuis plusieurs décennies. Nous nous parlons souvent, de la situation en Côte d’Ivoire comme de la situation à l’échelle continentale et internationale et nous nous voyons quand je suis de passage à Paris.

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METTRE FIN À LA CORRUPTION / Pour mettre fin à la corruption, nous encourageons la transparence, la responsabilité et l'intégrité à tous les niveaux et dans tous les secteurs de la société, C’est une affaire de tous.

Zoro Epiphane Ballo · "Au-delà des discours et de la sensibilisation, je peux vous assurer que la volonté de la part du Chef de l'Etat, du Chef du Gouvernement et de l'ensemble du Gouvernement de réduire le phénomène du racket et d'adopter la politique de la tolérance zéro en matière de corruption est réelle"

Relativement à tous ces faits, ne pensez-vous pas que toutes les initiatives qui seront engagées pour endiguer la corruption seront vaines ?

C’est un combat de longue haleine. Il y a des réformes qui sont en cours. La lutte contre la corruption n’est pas l’affaire de mon seul ministère. Aujourd’hui, le gouvernement a pour mission principale aussi de proposer des mesures qui renforcent la gouvernance et des actions de détection des faits de corruption. C’est une affaire de tous. Il y a certains ministères dont ceux de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration, de l’Intérieur et de la Sécurité, de la Défense, de la Justice et des Droits de l’homme, chacun a sa partition à jouer. Au titre des mesures de prévention, il faut développer des actions en vue de minimiser les risques de corruption. 

Ce n’est pas un combat vain que de vouloir endiguer la corruption. Mais ce qu’il faut admettre, c’est que c’est un combat de longue haleine qui appelle l’adhésion de toutes les composantes de notre société.Les pays qui y sont arrivés ont mis du temps pour atteindre le résultat escompté. Ils ont principalement mis l’accent sur la réduction des risques de corruption à travers la digitalisation des services, mais aussi sur la formation et la sensibilisation depuis l’éducation de base.

 La lutte contre la corruption induit un changement de comportement, de mentalité afin d’être plus intègre.

 Et lorsque nous serons de plus en plus intègres, quelle que soient les conditions dans lesquelles nous sommes, et lorsqu’on aura des citoyens davantage intègres, comme ce que le Chef de l’État a appelé, en 2015, l’Ivoirien nouveau, qui sait que pour bénéficier d’un service, pour avoir un travail, un emploi, il faut le mériter, l’enrichissement doit être licite ; nous aurons posé un pas décisif dans la lutte contre la corruption.

C’est l’ensemble des valeurs suscitées que nous devons posséder et pour les avoir, je dirai que c’est un combat de longue haleine.

Lutte contre la corruption: Épiphane Zoro Bi Ballo : ‘‘ L’une des solutions, c’est la digitalisation ’’La Côte d’Ivoire doit faire davantage en matière de lutte contre ce fléau

Le pays doit faire davantage parce que l’ambition du Président de la République, exprimée à travers la vision « Côte d’Ivoire solidaire pour 2030 », est une nation développée avec une classe moyenne croissante et les fruits de la croissance équitablement partagés. Mais pour cela, il y a des conditions, des pré-requis : il faut des hommes intègres avec une administration performante et aussi intègre.

INTERVIEW RÉALISÉE PARÉTIENNE ABOUA ETKANATÉ MAMADOU Source : Publié le lundi 20 septembre 2021 | Fraternité Matin 

 Le ministre de la Promotion de la bonne gouvernance, du Renforcement des capacités et de la Lutte contre la corruption parle du combat engagé par le gouvernement pour endiguer le fléau de la corruption. Ces derniers temps, le gouvernement, par l’entremise de votre ministère, a durci la lutte contre la corruption sous toutes ses formes.

Cette décision du gouvernement n’est-elle pas la preuve que la Côte d’Ivoire est devenue un pays trop corrompu ?

Au cours des 10 années de crise que la Côte d’Ivoire a connues, depuis 2000, nous étions dans une situation de non-droit. Le phénomène de la corruption, de la gabegie, de détournement de deniers publics, de l’effondrement des valeurs morales au niveau de notre société de façon générale avait atteint des seuils intolérables. Lorsque le Président de la République SEM Alassane Ouattara accède au pouvoir, en 2011, il prend le taureau par les cornes.

Des réformes ont été immédiatement initiées pour renforcer l’intégrité de l’action publique. Dès 2012-2013, la Côte d’Ivoire a honoré ses engagements internationaux en ratifiant la convention des Nations unies de prévention et de répression de la corruption ainsi que la convention de l’Union africaine (Ua). Le Chef de l’État a signé l’ordonnance 2013-660 du 20 septembre 2013 relative à la prévention et la lutte contre la corruption qui pose le cadre juridique et institutionnel de la lutte contre la corruption. Nous avons vu également la mise en place de la Haute autorité de la bonne gouvernance.Cela a permis à ce pays de faire un bon avant dans le classement des États engagés dans la lutte contre la corruption entre 2011 et 2020. Avec tous les efforts que notre pays a faits, nous avons gagné neuf points sur l’indice de perception de la corruption de l’Ong Transparency international. Avec ces neuf points, nous sommes aujourd’hui à 36/100 sur l’indice de perception de la corruption de cette entité. C’est pour vous dire que des efforts ont été faits et que nous sommes quasiment à l’approche de la moyenne qui est 50/100. La Côte d’Ivoire doit faire davantage en matière de lutte contre ce fléau. Le pays doit faire davantage parce que l’ambition du Président de la République, exprimée à travers la vision « Côte d’Ivoire solidaire pour 2030 », est une nation développée avec une classe moyenne croissante et les fruits de la croissance équitablement partagés. Mais pour cela, il y a des conditions, des pré-requis : il faut des hommes intègres avec une administration performante et aussi intègre. En un mot, il faut endiguer le phénomène de la corruption pour que les institutions ivoiriennes inspirent confiance aux partenaires au développement et à la population. C’est au regard de ces ambitions que le gouvernement a renforcé le dispositif de lutte contre la corruption. Ce qui a expliqué la mise en place de ce ministère qui vient compléter les actions que mènent déjà les institutions mises en place en 2013.Dans la perception générale, la Côte d’Ivoire est perçue comme un pays corrompu.Au point qu’il faut soudoyer pour pouvoir se faire établir un document administratif.

Relativement à tous ces faits, ne pensez-vous pas que toutes les initiatives qui seront engagées pour endiguer la corruption seront vaines ? 

C’est un combat de longue haleine. Il y a des réformes qui sont en cours. La lutte contre la corruption n’est pas l’affaire de mon seul ministère. Aujourd’hui, le gouvernement a pour mission principale aussi de proposer des mesures qui renforcent la gouvernance et des actions de détection des faits de corruption. C’est une affaire de tous. Il y a certains ministères dont ceux de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration, de l’Intérieur et de la Sécurité, de la Défense, de la Justice et des Droits de l’homme, chacun a sa partition à jouer. Au titre des mesures de prévention, il faut développer des actions en vue de minimiser les risques de corruption. 

Vous avez évoqué la question de délivrance des services publics (actes de naissance, certificats de nationalité, permis de conduire, de construire, etc.).

L’expérience qui a marché ailleurs, la Côte d’Ivoire essaie de s’en inspirer pour l’implémenter chez nous afin de réduire le risque de corruption. Partout où il y a des transactions, les contacts humains sont des facteurs favorisant la corruption. C’est pour cela que l’une des solutions de prévention est la digitalisation des services. Pour cela, le ministère de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration, en lien avec celui de l’Economie numérique sont en train de développer un ambitieux programme en vue de digitaliser notre administration. Cela pourrait réduire les facteurs de corruption. Mais comme nous l’avons dit, c’est un combat que toute la population doit pouvoir mener ; un combat de longue haleine parce que c’est toute une culture qu’il faut changer. C’est pour cela que dans notre approche, un accent particulier devra être mis sur l’éducation, la formation et la sensibilisation. Le 14 septembre dernier, au cours d’un point presse, vous avez dévoilé les noms des structures et des secteurs gangrénés par ce fléau. 

Quelles sont les actions prévues contre les acteurs ou personnalités épinglés au terme des investigations menées par votre ministère ?

 Il faut bien faire la part des choses. Au cours de notre point-presse, nous avons annoncé le lancement de ‘’ l’Opération coup de poing‘’. Nous en avons profité pour présenter les secteurs préoccupants, qui ont un très fort potentiel de corruption où la perception de corruption est extrêmement élevée. Des études diagnostics ont été menées. Je veux citer celles conduites par l’Institut national des statistiques (Ins) de 2018 qui a fait une cartographie des secteurs à forts potentiels de corruption ; une cartographie des secteurs où les perceptions de la corruption étaient particulièrement préoccupantes ; perception du milieu d’affaires, perception des organisations de la société civile et la perception des acteurs publics. Au titre de ces secteurs, il y a ceux de la justice, des marchés publics, de la construction, de l’éducation, de la santé, de la défense et de la sécurité. Ce sont donc ces secteurs qui ont été identifiés dans le cadre de la cartographie et notre opération nous conduira à mener des vérifications dans ces secteurs. Les études de l’Ins sont confortées par tous les rapports que nous recevons des organismes actifs dans le domaine de la bonne gouvernance comme la Fondation Mo Ibrahim et l’organisation Transparency international. Ces secteurs ont été désignés comme étant les secteurs où le niveau de perception de la corruption est des plus préoccupants. Dans détection des actes de corruption, que nous avons à dessein dénommée ‘’Opération coup de poing’’, ce sont ces secteurs qui seront visités de façon prioritaire.

On parle souvent de corrompus. Qu’en est-il du corrupteur ? 

La corruption suppose évidemment au moins deux acteurs : le corrompu et le corrupteur. Après, il y a certainement des complices. Ces deux acteurs encourent la même peine. C’est pour cela que quand on voit au cours des contrôles, les usagers de la route, des services publics qui offrent de l’argent en compensation d’un service qu’ils sont en droit d’attendre de l’administration, ils tombent sous le coup de la loi pénale au même titre que l’agent public tel que le fonctionnaire, le policier, le gendarme, etc.

Quelle peine ces acteurs encourent-ils ? 

Au niveau de la corruption au sens strict, lorsqu’un acteur public reçoit de l’argent, des avantages, un don de quelque nature qu’il soit en contrepartie d’un service qu’il doit accomplir, l’article 28 de l’ordonnance de 2013-660 prévoit un emprisonnement de 5 à 10 ans. Il y a également d’autres formes de corruption : le trafic d’influence qui va de 1 à 5 ans d’emprisonnement. Il y a toute une série d’actes relevant de la corruption et d’infractions assimilés. On a la corruption à proprement parler, l’abus de fonction, le trafic d’influence, le détournement de deniers publics. Il faut préciser que dans le cadre de détournement de deniers publics, c’est-à-dire l’agent public qui a un fond à gérer qui est affecté au service public ou à la réalisation d’un bien public, détourne celui-ci à des fins personnelles, la loi nous dit qu’il encourt une peine allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Il y a également les entraves au bon fonctionnement des services publics, notamment la question des faux témoignages. En effet, le fait de rendre un faux témoignage devant la justice, un agent assermenté est également considéré comme un acte de corruption. Il y a les infractions assimilées à la corruption.Au nombre de celles-ci, nous pouvons citer la question des cadeaux. Ici, on n’est pas dans une position où c’est l’agent qui l’exige, mais plutôt l’usager qui lui donne un présent en nature ou en espèce, est vu comme de la corruption. C’est dire que la question de la corruption et celle de la prévention de la lutte contre ce phénomène suppose que nous puissions revisiter nos habitudes, nos pratiques qu’il faut remettre en cause. Ce qui suppose beaucoup de pédagogie. Notre ministère va s’engager dans cette voie en vue d’expliquer, rencontrer toutes les parties prenantes : secteurs publics, privés, société civile, associations pour qu’on comprenne en quoi consiste la corruption, ses enjeux, le danger que ce fléau représente pour notre société. 

Quel est le mode opératoire de votre initiative ‘’Opération coup de poing’’ ?

Dans le cadre de notre attribution, le gouvernement nous a demandé de mettre en place un système de détection des actes de corruption. En effet, l’une des faiblesses de notre dispositif est comment détecter la corruption. Cette pratique suppose deux acteurs : le corrupteur et le corrompu. Tant que ces deux voudront garder le silence sur leurs actes, on ne saura jamais ce qui s’est passé. Il faut donc mettre en place un mécanisme de détection. Cela fait partie de l’un des premiers chantiers importants que nous sommes en train de construire. Nous avons baptisé cette action ‘’ Opération coup de poing’’ pour frapper l’imaginaire et créer dans le jargon de la répression, ce qu’on appelle ‘’créer un climat de stress’’ dans l’environnement pour dire aux Ivoiriens que les temps ont changé. Je ne peux pas vous expliquer le mode opératoire. Mais à terme, nous allons mettre en place un système de détection qui est une plateforme électronique. Mais également avec un numéro vert, une structuration de sorte que ladite plateforme ait des correspondants dans chacun des services publics et soit diffusée suffisamment afin que quiconque : témoin ou victime de corruption, ait la possibilité de signaler, de nous saisir ou de saisir les autorités compétentes en la matière. Le slogan qui accompagne ‘’l’Opération coup de poing’’, c’est ‘’ l’État vous voit’’. Nous développons des dispositifs pour que les actes de corruption ne soient plus des actes qui se déroulent entre deux individus, et faire en sorte qu’un système d’alerte soit mis en place. Pour cela, nous avons besoin de la collaboration de tous les citoyens, fonctionnaires, travailleurs du secteur privé ou organisations de la société civile.

Quelles formes de corruption retrouve-t-on fréquemment en Côte d’Ivoire ?

Il faut citer le racket qui se pratique sur nos routes, dans nos marchés, dans nos administrations. Il y a l’extorsion de fonds, les détournements de fonds et de deniers publics. Ce sont là les principales formes de corruption pour lesquelles l’État doit prendre des mesures. 

Quels sont les dangers de la corruption ?

La corruption est un crime. Elle induit une déperdition des fonds publics. D’importantes sommes d’argent évaluables à plusieurs milliards de FCfa qui auraient pu servir à développer, à doter le pays d’infrastructures de base comme les écoles, les centres de santé, à faire des routes ; sont utilisées au profit de quelques individus et au détriment de l’intérêt général. On peut se plaindre de la pauvreté, du manque d’écoles, de centres de santé, de routes, d’eau potable, parce que quelque part les fonds destinés à réaliser ces ouvrages au profit des populations sont détournés et enrichissent quelques individus au détriment de la collectivité. La corruption est également un facteur de rupture de l’égalité entre les populations d’un même pays. Nous avons tous le même droit. Mais parce qu’un tel connaît telle personne au sein de telle administration, il a des avantages parce qu’ils appartiennent au même parti politique, sont du même village, ou parce que tel a de l’argent, donc peut payer le service. Il a donc des avantages qu’une autre partie de la population n’a pas. La corruption est une source d’instabilité sociale. N’engagez-vous pas un combat perdu d’avance surtout lorsqu’on sait que de nombreuses personnes ont accepté de vivre avec la corruption.

C’est souvent elles qui proposent des dessous de table pour voir leur dossier avancer rapidement ?

Ce n’est pas un combat vain que de vouloir endiguer la corruption. Mais ce qu’il faut admettre, c’est que c’est un combat de longue haleine qui appelle l’adhésion de toutes les composantes de notre société.Les pays qui y sont arrivés ont mis du temps pour atteindre le résultat escompté. Ils ont principalement mis l’accent sur la réduction des risques de corruption à travers la digitalisation des services, mais aussi sur la formation et la sensibilisation depuis l’éducation de base. La lutte contre la corruption induit un changement de comportement, de mentalité afin d’être plus intègre.Et lorsque nous serons de plus en plus intègres, quelle que soient les conditions dans lesquelles nous sommes, et lorsqu’on aura des citoyens davantage intègres, comme ce que le Chef de l’État a appelé, en 2015, l’Ivoirien nouveau, qui sait que pour bénéficier d’un service, pour avoir un travail, un emploi, il faut le mériter, l’enrichissement doit être licite ; nous aurons posé un pas décisif dans la lutte contre la corruption.C’est l’ensemble des valeurs suscitées que nous devons posséder et pour les avoir, je dirai que c’est un combat de longue haleine. 

Quelle collaboration existe t- il entre votre ministère, la Haute autorité pour la bonne gouvernance et le pôle pénal économique et financier ?

Le pôle économique et financier, c’est un organe de poursuite mis en place par l’ordonnance de 2013. La Haute autorité pour la bonne gouvernance a été également mise en place par une ordonnance de 2013 qui indique que c’est une institution comme la gardienne de la mise en oeuvre de cette ordonnance. Mais à côté de la Haute autorité pour la bonne gouvernance, il y a d’autres acteurs qui rentrent en ligne de compte y compris le ministère qui a reçu ses attributions, après sa création, le 6 avril 2021.

Ce sont des rapports de collaboration comme vous l’avez bien indiqué. Le champ est vaste.Le défi est énorme. La Haute autorité pour la bonne gouvernance a des attributions spécifiques, des domaines d’intervention exclusifs sur lesquels le ministère n’intervient pas, notamment en ce qui concerne les questions de déclaration de patrimoine, la question de l’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Sur la base de cette stratégie, nous nous occupons de la politique et l’approche du gouvernement en nous inspirant de tous les diagnostics qu’a pu faire cette institution. Nous avons une compétence en matière d’assistance de l’administration publique dans le cadre du renforcement des principes de bonne gouvernance, de transparence. Le gouvernement nous a aussi demandé d’agir sur les questions de la détection. Mais bien entendu, ces actions, nous les menons en étroite collaboration, non seulement avec la Haute autorité pour la bonne gouvernance, mais également avec les différents acteurs qui interviennent dans le cadre de la lutte contre la corruption. Il y a le parquet militaire qui est un acteur central, la cellule nationale de traitement des informations financières, l’Inspection générale d’État, l’Inspection générale des finances. L’un des défis qui s’impose à la Côte d’Ivoire, dans le cadre de la lutte contre la corruption, est de mettre en place une plateforme de collaboration. Cela fait partie des initiatives que nous sommes en train de prendre. Ces initiatives sont déjà contenues dans le plan national de gouvernance en cours d’élaboration. Ledit plan demande la mise en place d’un organe de concertation des acteurs de gouvernance et de lutte contre la corruption pour un meilleur partage des données et une meilleure synergie dans les interventions. 

Quel est votre message en direction des fonctionnaires et agents de l’État ainsi que les usagers qui continuent à s’adonner à cette pratique en dépit de toutes les mesures prises et actions mises en avant pour combattre ce fléau ? 

Nous avons tous pour ambition de léguer à nos enfants, à notre postérité, un pays développé, stable, riche où il fait bon vivre. Un État dans lequel la classe moyenne devient de plus en plus importante. Tout cela a une condition. Il faut que nous développions la culture de l’intégrité, de la transparence. Il faut que nous disions non à la corruption. Cela sera profitable à tous. La lutte contre la corruption est une affaire de tous.Cela suppose une bonne collaboration.C’est à ce seul prix que nous allons tous y arriver pour faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire et solidaire à l’horizon 2030

INTERVIEW RÉALISÉE PARÉTIENNE ABOUA ETKANATÉ MAMADOU Source : Publié le lundi 20 septembre 2021 | Fraternité Matin 

**C'EST UNE MISSION D'ADO** POUR LA SALUBRITE FINANCIÈRE ET ECONOMIQUE DE NOTRE CHÈRE CÔTE D'IVOIRE (VIDEO)

LES SERVICES DE L'ETAT SONT À LA DISPOSITION DE TOUS LES CITOYENS, CEUX QUI SONT PAYÉS PAR L'ETAT POUR NOUS SERVIR N'EN SONT PROPRIÉTAIRES.

J'apporte mon soutien indéfectible au Ministre de la Bonne Gouvernance de lutte contre la Corruption et des renforcements des capacités Epiphane ZORO BALLO. C'est un combat NATIONAL, contre les racketteurs dans nos forces de l'ordre et les voleurs à cols blancs dans l'administration sans oublier aussi dans les secteurs des entreprises d'ÉTAT à utilité PUBLIQUE.

Zoro Epiphane Ballo , réaffirme son engagement à démanteler tous les actes de corruption dans les services publics par la conduite d’opérations de vérification dénommées “Coup de poing”

Point de presse du ministre Zoro Epiphane Ballo , ("Opérations de vérification dénommées “Coup de poing”)

Le ministre compte démanteler les actes de corruption dans les services publics . Le ministre de la Promotion de la Bonne gouvernance, du Renforcement des capacités et de la Lutte contre la corruption, Zoro Epiphane Ballo, réaffirme son engagement à démanteler tous les actes de corruption dans les services publics par la conduite d’opérations de vérification dénommées “Coup de poing” au sein des structures des services publics à fort soupçon de corruption. Lors d’un point presse organisé mardi 14 septembre 2021 à son cabinet, le ministre a insisté sur la volonté du gouvernement ivoirien de promouvoir la bonne gouvernance et de lutter contre la corruption. Cette démarche vise à mener des investigations pour soulager le quotidien des Ivoiriens en freinant les formes de corruption les plus pernicieuses, dissuader la poursuite d’actes de corruption et améliorer la perception des citoyens sur les efforts entrepris par le gouvernement.

Dans cette veine, cette initiative a permis d’identifier la liste des structures à fort soupçon et les formes de corruption à fort impact sur les populations et mis en place les équipes d’investigation, dans sa phase de préparation, a affirmé le ministre en charge de la lutte contre la corruption.

Cette série d’opérations de démantèlements d’actes de corruption dans des structures délivrant des services fréquemment utilisés par des populations a été créée le 6 avril 2021, et lancée il y a quelques mois.

Elle s’est traduite, notamment, par le renforcement du dispositif institutionnel et juridique de prévention et de lutte contre la corruption et infraction assimilées, la ratification d’instruments et l’adhésion à des mécanismes internationaux de promotion de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, selon Zoro Epiphane Ballo.

Des preuves d’actes de corruption conduiront, entre autres, à la mise en place d’outils de mise en conformité pour réduire le risque de survenance et d’un dispositif d’alerte pour les usagers et le personnel interne à la structure.

Des secteurs d’activités sont concernés par ces investigations dont le transport avec pots de vin décelés à la Société ivoirienne de contrôles techniques automobiles et industriels (SICTA), les extorsions de fonds sur les voies lors du convoyage de marchandises, dans les secteurs de l’éducation, la santé et la justice. 

Une conférence presse du ministres Zoro Epiphane Ballo et du Commissaire du gouvernement, Ange Kessy Kouamé, est prévue vendredi 17 septembre pour dévoiler les noms des mises en cause pour des poursuites judiciaires.

CRASH D’UN HELICOPTERE DE L’ARMEE IVOIRIENNE : LA COMPASSION DU CHEF D’ETAT-MAJOR AUX AVIATEURS

Le vendredi 10 septembre dernier, un hélicoptère de l’Armée de l’Air s’est crashé au cours d’une mission en zone frontalière nord, causant la mort des cinq membres d’équipage. Devant l’ampleur du drame qui a suscité l’émoi au sein des hommes, le Chef d’Etat-Major Général des Armées (CEMGA) a porté le message de compassion et de solidarité de l’ensemble des Forces de Défense et de Sécurité au quartier général de l’Armée de l’Air ce mardi. C’était à la Base Aérienne d’Abidjan.

Ce sont des hommes encore affligés par la disparition tragique de leurs frères d’armes qui ont accueilli le Général de Corps d’Armée Lassina DOUMBIA à la place d’armes de l’Etat-Major de l’Armée de l’Air en cette matinée de mardi. Pour l’occasion, l’ensemble des personnels, pilotes, mécaniciens, basiers et fusiliers, se sont rassemblés en grand nombre, unis dans la douleur mais solidaires dans la détermination pour entendre le mot de leur chef.

A tous, le Général Doumbia a transmis les condoléances du Président de la République, du Ministre d’état – Ministre de la Défense et de l’ensemble des Forces de Défense et de Sécurité dans cette autre épreuve. L’officier général a relevé la noblesse de la mission dans laquelle sont engagées les troupes déployées dans le Nord avant de mettre en lumière l’importance de la composante Air dans la conduite des opérations notamment dans la collecte du renseignement et l’appui feu au profit des forces terrestres. A tous, il dira que la mort n’est le projet d’aucun militaire mais une éventualité qui ne devrait briser l’élan des troupes dans l’accomplissement de leurs missions. C’est pourquoi, dira-t-il, les aviateurs doivent vite oublier ce coup dur et se remobiliser aux côtés de leurs autres frères d’armes dans ce combat contre le terrorisme dans le nord.

Le Chef d’Etat-Major a insisté sur la poursuite des recherches dans cette zone difficile parce que marécageuse, de tous les éléments qui permettront de déterminer les circonstances de l’accident et en tirer tous les enseignements nécessaires à la conduite des opérations futures. Evoquant certains commentaires tendancieux entendus lors de cet épisode, le Général Doumbia a encouragé ses hommes à continuer et à ne pas en tenir compte ; car, ils savent mieux que quiconque la nature et l’objet de leurs missions et les risques acceptés auxquels ils s’exposent dans leur exécution. Surtout que ce sacrifice, ils le consentent pour l’ensemble de la nation, pour leurs familles et pour eux-mêmes.

C’est à des hommes déterminés et résilients que le CEMGA a réitéré la compassion de tous leurs frères d’armes, prêts à poursuivre la mission de sécurisation totale de l’ensemble du territoire contre les Groupes Armés Terroristes.

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