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Mise à jour 11:13 AM UTC, Sep 27, 2022
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« Antoine Cesareo avait un contact direct avec le président Houphouët-Boigny. Quand quelque chose, quelque part, ne fonctionnait pas comme le voulait le Président, il disait à ses collaborateurs : « allez voir Cesareo !

Spécial « Antoine Cesareo avait un contact direct avec le président Houphouët-Boigny. Quand quelque chose, quelque part, ne fonctionnait pas comme le voulait le Président, il disait à ses collaborateurs : « allez voir Cesareo !

Ave Cesareo Antoine Cesareo. Ce nom ne dira certainement rien aux jeunes générations d’Ivoiriens, mais ils sont encore nombreux dans ce pays à avoir travaillé avec lui, à l’avoir côtoyé, ou à avoir entendu parler de lui. Son image est incrustée dans les vitraux de la basilique de Yamoussouskro, à côté de celles d’Houphouët-Boigny, de Pierre Fakoury et de tous ceux qui ont contribué à la construction de cette œuvre, selon la tradition des bâtisseurs d’édifices chrétiens.

Antoine Cesareo est décédé à l’âge de 88 ans, le lundi 19 septembre dernier, à Perpignan en France, son pays natal, où il résidait depuis son départ de Côte d’Ivoire. Je ne l’ai personnellement pas connu, mais en 1987, lorsque j’entrais dans la vie active après mes études, Antoine Cesareo était probablement l’homme le plus puissant de ce pays après Houphouët-Boigny. Il était en train de superviser la construction de la basilique de Yamoussoukro, mais il était surtout le tout-puissant directeur général de la Direction et contrôle des grands travaux (DCGTx) ou appelée tout simplement les « Grands Travaux », cette structure qui réalisait et gérait, comme son nom l’indique, tous les grands travaux de l’Etat, à savoir, la basilique, les routes, et tout ce que l’Etat considérait comme grand. Il était aussi celui qui négociait avec les institutions financières internationales, car la crise économique et financière avait déjà commencé dans le pays, et c’était le temps des ajustements structurels.

Cesareo avait la confiance, et d’Houphouët-Boigny, et des institutions financières internationales. Voici ce que feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qui fit une bonne partie de sa carrière aux Grands travaux avant d’entrer en politique en dit, au temps de Cesareo : « au début des années 80, les Grands Travaux étaient au cœur du dispositif de l’Etat ivoirien. La DCGTx avait été rattachée directement à la présidence. Houphouët-Boigny avait compris que les grands projets devaient s’inscrire dans une approche à la fois sectorielle et globale, qu’il fallait couper court dans les divisions administratives, qu’il fallait une « centralité ». Progressivement, les Grands Travaux ont pris de l’importance. Tous les bureaux d’études intégrés dans les ministères ont été suspendus ou liquidés. » Et voici ce que l’ancien Premier disait d’Antoine Cesareo lui-même : « Antoine Cesareo avait un contact direct avec le président Houphouët-Boigny. Quand quelque chose, quelque part, ne fonctionnait pas comme le voulait le Président, il disait à ses collaborateurs : « allez voir Cesareo ! » Cesareo lui faisait alors part de ses idées, de ses souhaits, de ce qu’il jugeait bon pour le pays. Et inversement.

Les tensions étaient permanentes entre les ministères et les Grands Travaux. J’ai des souvenirs précis de certaines audiences. Nous partions voir le Président avec Cesareo pour exposer nos dossiers et nos projets. Cesareo apportait la lettre qui donnait des instructions à tel ou tel ministre, généralement celui de l’Economie et des finances. Il arrivait avec un stylo feutre, toujours neuf, qu’il tendait au Président. Le Président signait, et le secrétaire général de la présidence, Alain Belkiri, se chargeait du suivi. » Voici un peu l’homme qui vient de nous quitter, tel que décrit par l’ancien Premier ministre.

Ceux qui ont travaillé avec lui et avec qui j’ai pu discuter de lui l’ont décrit comme un homme d’une extrême rigueur, un peu rude parfois, mais d’une grande générosité dans sa vie privée. C’est peut-être cette rigueur et son côté rude qui ont fait se lever une fronde contre lui, au point d’amener Houphouët-Boigny à le débarquer brutalement, avant même la consécration de la basilique dont il avait supervisé la construction. Donnons encore une fois la parole au défunt Premier ministre sur le départ de Cesareo : « le Président Houphouët-Boigny a dû estimer que les cadres ivoiriens devaient davantage monter au front, mener le combat. Que Cesareo, malgré tous ses talents, avait fait son temps, en quelque sorte. Houphouët-Boigny a dû se dire qu’il ne pouvait pas avoir toutes ces personnalités qui sont ses ministres, dans une relation où ils sont frustrés d’être des « numéros deux » d’un Français, à un moment où tout change. Il y a un temps pour chaque chose et ce n’était plus le temps de Cesareo. Cela a dû être difficile pour lui, mais je crois que les choses se sont passées dans des conditions confortables. Et il a pu choisir son successeur. » Je ne l’ai personnellement pas connu, ni de près ni de loin comme je l’ai dit, mais je tenais à lui rendre cet hommage, parce que les témoignages que j’ai reçus de ceux qui l’ont connu m’ont conforté dans l’idée qu’il a eu à servir mon pays à une certaine époque et qu’il méritait que l’on s’incline devant sa mémoire.

Par : Venance Konan

Dernière modification lejeudi, 22 septembre 2022 11:10