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Monde (215)

Pierre Gattaz, président sortant du Medef,"Il devrait y avoir une sorte de plan Marshall européen pour aider tous nos amis africains à créer des emplois".

Pierre Gattaz, président sortant du Medef, revient sur son bilan à la tête du premier syndicat patronal français, sur les risques de guerres commerciales à l’échelle mondiale, ainsi que sur les conséquences du Brexit et des politiques protectionnistes pour les entreprises européennes. Il estime que l'Europe doit avoir une "voix économique" qui "porte", sous peine d'"imploser". Pierre Gattaz s’exprime enfin sur le développement économique en Afrique. "Il faut créer de l’emploi en Afrique, des jobs locaux. C’est souvent du gagnant-gagnant!", affirme Pierre Gattaz, président sortant du Medef, sur France 24. "Il devrait y avoir une sorte de plan Marshall européen pour aider tous nos amis africains à créer des emplois". Par Pauline PACCARD

Macron aux Etats-Unis: la rude journée du président français

"Le président français devrait retrouver le sourire en s’adressant cet après-midi au Congrès américain, un moment fort de cette visite d’Etat ; un honneur de s’adresser à l’ensemble des élus du Congrès, fait valoir l’Elysée.

Rude journée hier pour le président de la République française, Emmanuel Macron, qui s'est heurté à l'intransigeance du président américain Donald Trump sur l'accord nucléaire iranien. Malgré toutes les démonstrations d’amitié de ces dernières heures entre les deux dirigeants, les dossiers qui fâchent n’ont pas pu être soldés.

Si la journée s’est terminée à nouveau avec les costumes de gala et les autres fastes d’un dîner d’Etat à la Maison Blanche, la journée d’hier n’a pas été facile pour Emmanuel Macron alors que les présidents abordaient les sujets qui fâchent.

 Et le véritable coup de sang de Donald Trump dans le bureau ovale sur l’accord nucléaire iranien - « un désastre, une honte », a-t-il martelé - au tout début des entretiens a nettement rafraîchi l’atmosphère, et en tout cas gommé les sourires de franche camaraderie et de complicité que tous deux avaient affiché dès la descente d’avion du président français lundi après-midi.

Pas d'avancées

Emmanuel Macron, qui assurait il y a deux jours encore qu’il n’y avait pas de plan B, a finalement proposé un nouvel accord sur l’Iran aux contours encore assez flous. Pas d’avancée par ailleurs sur les autres dossiers, le commerce et les taxes douanières ou bien encore le climat. Seule concession du président américain qui n’exclut pas de laisser ses troupes un peu plus longtemps en Syrie. Pas facile pour Emmanuel Macron, malgré toute l’amitié, de convaincre un Donald Trump plus que jamais chantre de l’Amérique d’abord.

Le président français devrait retrouver le sourire en s’adressant cet après-midi au Congrès américain, un moment fort de cette visite d’Etat ; un honneur de s’adresser à l’ensemble des élus du Congrès, fait valoir l’Elysée. Le président Macron devra s’exprimer pendant une demi-heure, tout en anglais, à la tribune, pour vanter notamment ce qu’il appelle la « very special relationship », « la relation très spéciale » entre le France et les Etats-Unis : 250 ans d’alliance, une amitié jamais démentie malgré parfois quelques incompréhensions.

Par RFI Publié le 25-04-2018 le 25-04-2018 à 07:58 Avec notre envoyée spécial à Washington, Véronique Rigolet

La Cour suprême du Brésil donne son feu vert à l’incarcération de l’ex-président Lula Par six voix contre cinq, les juges ont rejeté sa demande d’habeas corpus.L’ancien chef de l’Etat a été condamné à plus de douze ans de détention pour corruption...

L’ancien président brésilien Lula, à Sao Paulo, le 22 février. Il était un peu plus de 14 heures, mercredi 4 avril, quand l’ancien chef d’Etat a quitté son appartement de Sao Bernardo do Campo, ville industrielle de la banlieue de Sao Paulo au Brésil. De ce logement sans charme, typique de la petite bourgeoisie pauliste qu’il occupe depuis plus de vingt ans, Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, a rejoint le syndicat des métallos. Lieu où, pour l’ancien tourneur de l’usine Volkswagen, tout avait commencé, et où tout s’est brutalement arrêté.

Après plus de dix heures de débats à la Cour suprême, le « jugement du siècle » brésilien est tombé. Lula, président de 2003 à 2010, « père du peuple », figure de la lutte ouvrière sous la dictature, condamné en janvier à plus de douze ans de détention pour corruption, n’échappera pas à la prison. Par six voix contre cinq, les juges lui ont refusé un habeas corpus – le droit de ne pas être emprisonné tant que tous les recours judiciaires n’ont pas été épuisés. Longtemps repoussée, son incarcération pourrait, à moins d’une ultime surprise, avoir lieu autour du 10 avril. Défait, Lula, habitué aux bravades n’a, cette fois, pas pris la parole.

Au syndicat des métallos, devant la télévision, Sidinci Ebraça, ouvrier métallurgiste chez Mercedes à Sao Benardo do Campo, a cru jusqu’à la dernière minute au sauvetage de son héros avant d’être submergé par le chagrin et la colère. « Avant on ne parlait que de la crise et du FMI [Fonds monétaire international]. Lula a tout changé, les enfants pauvres ont pu aller à l’université. Dans les villages reculés, l’eau courante, la lumière sont arrivées », raconte-t-il. « Lula a été victime d’un tribunal d’exception », ajoute, à ses côtés, Hajj Mangolin, vendeur de livres.

Un pays déchiré

 La Cour suprême s’est défendue de juger « le legs économique et social » d’un homme hier classé parmi les plus grands leadeurs politiques au monde. Pourtant, ce n’était pas seulement le sort de Lula qui se jouait, mercredi, à Brasilia mais aussi celui d’un pays « qui ne regarde ni ses pauvres ni ses favelas », a reconnu le juge Dias Toffoli, favorable à l’habeas corpus.

 Jamais une décision n’aura autant déchiré le Brésil, opposant ceux qui continuent de vénérer l’ancien chef d’Etat comme un demi-dieu à ceux qui le considèrent comme le pire bandit de l’humanité, responsable du saccage des comptes publics et de la perpétuelle stagnation du géant d’Amérique latine. L’ambiance, électrique, est montée d’un cran quand le chef d’état-major des armées a fait part, la veille du vote, de sa répulsion envers « l’impunité » rappelant que l’« armée restait attentive à sa mission institutionnelle ».

« La politique est-elle devenue folle ? La justice a-t-elle perdu la boussole ? La société est-elle tombée malade ? Sommes-nous tous drogués au poison de l’irrationalité ? », écrivait, le 3 avril sur le site El Pais Brasil, le journaliste Juan Arias, ajoutant, perplexe : « Comment comprendre qu’un personnage messianique comme l’ex-président Lula, qui fit la fierté de son pays, se soit soudain transformé en un homme à abattre, capable de déchaîner les pires instincts ? »

 Difficile, de fait, d’imaginer que Lula ait troqué son slogan « paix et amour » de 2002 pour un discours grognard envers « les élites », les « juges » ou « les marchés ». Que cet homme de la conciliation, qui se vantait d’avoir enrichi les banquiers, devienne la bête noire des milieux d’affaires. Que cette haine ait conduit à tirer sur sa caravane qui sillonnait, en mars, le pays en prévision de l’élection présidentielle d’octobre.

 « Lula avait su séduire une partie de la petite bourgeoisie dont la vie s’est améliorée lors de son premier mandat mais, celle-ci a commencé à s’éloigner au moment du scandale du “mensalao” », analyse Daniel Pereira Andrade, sociologue à la fondation Getulio Vargas à Sao Paulo. Cette affaire a révélé, en 2005, un système crapuleux consistant à acheter les voix des parlementaires, donnant au Parti des travailleurs (PT, gauche) l’image d’un « parti comme les autres ». C’est-à-dire, corrompu.

 Coup de grâce

L’affaire n’a pas empêché Lula d’être réélu en 2006, mais l’aura du président, multipliant compromissions et alliances avec les personnages peu recommandables de Brasilia, s’est écornée. Le coup de grâce viendra avec l’arrivée au pouvoir de sa dauphine Dilma Rousseff, en 2010, et le déclenchement de l’opération anticorruption « Lava Jato » (lavage express) mettant au jour un tentaculaire réseau de corruption impliquant entreprises publiques, groupes privés et politiciens.

 La gauche comme la droite seront visées, mais le PT en sera la première victime et Lula, le protagoniste. L’affaire, ajoutée aux maladresses économiques et politiques de Dilma Rousseff, conduira la rue à réclamer la destitution de la présidente, effective en 2016 à la suite d’une destitution polémique.

« Pour beaucoup Lula représentait l’espoir. Mais une fois au pouvoir il s’est comporté comme tous les politiciens », estime Carlos Fernando dos Santos Lima, procureur à Curitiba, ville où est née « Lava Jato ». « La corruption au Brésil, ce n’est pas Lula ou le PT, ce sont tous les partis au pouvoir », ajoute le magistrat.

 Les suites rocambolesques de « Lava Jato » ont, de fait, révélé une corruption à grande échelle infiltrée dans les petites municipalités de province comme au palais présidentiel de Brasilia occupé aujourd’hui par Michel Temer.

 « Lula conserve la reconnaissance et l’admiration des Brésiliens. La différence c’est qu’avant, la rue était toute à lui, désormais il a face à lui une opposition », commente un cacique de Brasilia. Cette opposition, formée notamment par le Movimento Brasil Livre (MBL) prônant l’ultralibéralisme économique et l’ultraconservatisme des mœurs, défilait mardi soir dans une cinquantaine de villes pour réclamer l’emprisonnement de Lula.

 Crâne dégarni et polo Lacoste recouvert d’un drapeau brésilien, Celso Bazeio, entrepreneur immobilier de 72 ans, faisait partie du cortège sur l’avenue Paulista à Sao Paulo. « Lula doit aller en prison. Et avec lui tous les autres bandits ! », réclamait-il. Mercredi soir, une partie du pays doutait : Lula ne sera-t-il pas le seul à payer ?

Le Monde | Mis à jour le 05.04.2018 à 11h38 | Par Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)

Stephen Smith : « L’Europe va s’africaniser, c’est inscrit dans les faits »

(S’il y avait assez d’emplois rémunérés pour tous les jeunes en Afrique, leur présence serait une aubaine. Tant que ce n’est pas le cas, tant qu’ils ruminent leurs frustrations dans des pays « bloqués », ils sont une source d’instabilité et font monter la pression migratoire.)

 Ancien journaliste (1986-2005), désormais professeur d'études africaines à l'université Duke, aux États-Unis, Stephen Smith a délaissé la politique du continent pour la géographie de ses peuples le temps d'un ouvrage : « La ruée vers l'Europe ». Un livre polémique mais documenté sur les liens migratoires entre l'Europe et l'Afrique. Il répond aux questions de Jeune Afrique. 

Beaucoup le connaissent pour son livre Négrologie, paru en 2003, qui avait défrayé la chronique et alimenté les polémiques. D’autres se souviennent de sa couverture et de ses analyses du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, pour lequel il a, là aussi, été très critiqué. Passé à Libération et au Monde, Stephen Smith n’a en réalité jamais fait consensus parmi la foule des africanistes. 

Depuis 2007, il a quitté le monde de la presse pour un rôle plus universitaire. Il est désormais professeur d’études africaines à l’université Duke de Caroline du Nord, aux États-Unis. Mais Stephen Smith n’en a pas pour autant fini avec la polémique. Sans avoir peur des critiques, il a publié le 7 février dernier La ruée vers l’Europe. Il y décrit comment l’Europe va, selon lui, s’africaniser, processus normal issu d’un déséquilibre entre une Europe qui abritera 450 millions d’habitants en 2050 et une Afrique qui en comptera 2,5 milliards. 

Jeune Afrique : Dans votre livre, vous affirmez qu’une immigration massive de l’Afrique vers l’Europe est inéluctable. Pourquoi ?

 Stephen Smith : Parce que l’Afrique va faire ce que toutes les parties du monde – l’Europe, l’Amérique latine, l’Asie – ont fait avant elle en achevant leur transition démographique. Depuis 1930, quand l’Afrique comptait 150 millions d’habitants, sa population a été multipliée par 8. Aujourd’hui, il y a 1,3 milliard d’Africains, dont 40% ont moins de 15 ans ! 

Leur nombre va encore presque doubler à l’horizon de 2050 – et il ne s’agit pas là d’une spéculation hasardeuse, puisque les parents des enfants qui vont naître à cette échéance sont déjà parmi nous. En 2050, l’Europe comptera 450 millions d’habitants vieillissants. Les 2,5 milliards de jeunes Africains en face feront alors ce que les Européens ont fait quand ils sont passés de familles nombreuses à forte mortalité à des familles plus restreintes et des vies plus longues : ils vont partir en masse à la recherche de meilleurs chances de vie.

Entre 1850 et la Première guerre mondiale, 60 millions d’Européens – sur 300 millions au début du XXe siècle – ont émigré, dont 43 millions aux États-Unis. Je dis en substance que, comme chaque famille européenne avait naguère un oncle d’Amérique, chaque famille africaine aura dans deux générations un neveu ou une nièce d’Europe.

42% des Africains âgés de 15 à 25 ans déclarent vouloir partir. L’Afrique est un continent en instance de départ

 Vous faites le lien entre ce départ massif et l’aide au développement. En quoi l’aide favorise-t-elle la migration africaine ?

 Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les plus pauvres qui migrent. Ne pars pas qui veut. D’ailleurs, sinon, la pression migratoire aurait été la plus forte dans les années 1990, quand le continent était géopolitiquement à l’abandon et dévasté par de multiples guerres civiles.

 En fait, outre une certaine connaissance du monde, il faut pouvoir réunir un pactole de départ pour entreprendre un si long voyage. Ce sont donc ceux qui sortent la tête de l’eau qui se mettent en route – « l’Afrique émergente » de la subsistance. Or, le « co-développement », qui vise à fixer les Africains chez eux, contribue à faire passer ce premier cap de prospérité.

C’est un effet aussi involontaire qu’inévitable : dans un premier temps, un léger mieux économique incite au départ parce qu’il est insuffisant pour combler les inégalités entre l’Afrique et l’Europe, tout en donnant les moyens de partir. C’est seulement quand des pays en développement atteignent une prospérité plus conséquente, comme aujourd’hui la Turquie, le Mexique, l’Inde ou le Brésil, que leurs ressortissants restent – sinon retournent – au pays pour saisir les opportunités chez eux.

Certains membres de la classe moyenne ou aisée font pourtant le choix de rester ou de revenir au pays pour contribuer à son développement…

 Il y a des cas individuels mais, statistiquement, ils ne font pas le poids. Au Togo, un tiers des adultes a tenté sa chance dans la loterie américaine des permis de résidence – 55 000 green cards par an, pour le monde entier – qui sont offerts aux « candidats de la diversité » aux États-Unis.

 À l’échelle du continent, selon une enquête de l’Institut Gallup de 2016, 42% des Africains âgés de 15 à 25 ans déclarent vouloir partir. Même si tous ne passeront pas à l’acte migratoire, l’Afrique est un continent en instance de départ. ::::::: Les jeunes sont d’abord massivement partis du village pour aller en ville, pas seulement dans l’espoir de vivre mieux mais, aussi, pour échapper à la tutelle des anciens et « attraper leur bout de chance ». Puis, ils se sont installés dans des mégapoles régionales comme Lagos, Abidjan, Nairobi ou Johannesburg.

Demain, ceux qui auront les moyens et le courage feront le grand saut pour quitter le continent. Ce mouvement sera aussi irréversible que l’exode rural et l’urbanisation africaine, dont l’ampleur est sans précédent historique. Ce n’est pas parce qu’ils s’entassent dans des bidonvilles que les jeunes retourneraient au village. Toutes les tentatives de les y reconduire ont échoué. Il en ira de même, demain, de la volonté de les retenir sur leur continent.

Les migrants tournent le dos à un continent « en panne » dont les insuffisances leur semblent irréparables à l’échelle d’une vie humaine

Vous ne laissez aucune place à un sentiment national qui pousserait la classe moyenne à rester pour développer le pays ?

La migration est une perte nette pour l’Afrique parce que ses forces vives l’abandonnent. C’est profondément démoralisant pour ceux qui restent, et les Européens ont tort de penser qu’ils rendent service à l’Afrique en ouvrant leurs frontières.

 En fait, les migrants tournent le dos à un continent « en panne » dont les insuffisances leur semblent irréparables à l’échelle d’une vie humaine. Ils se sauvent. Pas seulement parce que des infrastructures ou des emplois font défaut, ou que leurs enfants n’y peuvent recevoir une bonne éducation, mais aussi parce qu’ils pensent que l’Afrique est en panne d’espoir.

Vous avez raison, l’acte civique consisterait à retrousser les manches et à investir toute cette énergie qui est aujourd’hui mobilisée pour des départs individuels dans des efforts collectifs pour changer la face du continent. Mais je constate que ceux qui y croient sont ultra-minoritaires. Pour un ingénieur kényan qui mise sur l’essor du secteur informatique chez lui, malgré une classe politique qui n’est pas au niveau, combien de cadres africains qui choisissent l’Europe, le Canada ou l’Amérique ? Je m’en voudrais de leur faire la morale alors que je ne sais pas ce que je ferais à leur place. Il est facile d’être généreux avec le sacrifice d’autrui…

L’immigration, c’est aussi une diaspora qui alimente des flux financiers considérables en direction du continent. N’est-ce pas bénéfique ?

Bien sûr, l’argent qui est renvoyé au pays, et dont les montants sont désormais souvent supérieurs à l’aide au développement, bénéficie aux parents. Il permet de payer des soins, régler des frais de scolarité, boucler des fins de mois ou construire une maison.

Mais il introduit aussi une nouvelle inégalité dans les villages et les quartiers de ville, entre ceux qui ont un membre de leur famille « dehors » et les autres. C’est une incitation à envoyer son Argonaute chercher la Toison d’or à l’extérieur… Or, l’argent difficilement gagné par le migrant constitue une rente pour les parents aux pays. Ce n’est pas la monnaie d’échange d’une méritocratie ou un investissement productif. Cet argent n’induit pas le développement.

À tout prendre, ils préfèrent jouer et perdre plutôt que de ne rien tenter pour enrayer le destin

Vous considérez que les nouvelles technologies favorisent cette immigration des classes moyennes. Mais les technologies de l’information ne sont-elles pas plutôt un moyen de mettre à mal l’image de l’Europe comme un eldorado ? 

Si c’était le cas, le téléphone mobile aurait dû stopper l’exode rural ! Les jeunes dans les villages n’ignorent plus rien des conditions de vie dans les bidonvilles, mais ce n’est pas pour autant qu’ils cesseraient de partir. À tout prendre, ils préfèrent jouer et perdre plutôt que de ne rien tenter pour enrayer le destin.

De la même façon, ils voient dans les images d’Europe ce qu’ils veulent bien y trouver, à savoir l’espoir d’une vie meilleure sous réserve d’entrer dans cette forteresse de prospérité de l’autre côté de la Méditerranée.

Enfin, une fois qu’ils y sont, les médias sociaux leur permettent de vivre une double vie, à la fois en Europe et, virtuellement, toujours en Afrique. Les Européens qui partaient en Amérique au début du XXe siècles coupaient les ponts. Ce n’est pas le cas des migrants d’aujourd’hui, qui s’installent dans un entre-deux, un déchirement durable qui complique leur situation. Ils ne sont pleinement ni ici ni là-bas. C’est surtout un problème pour la deuxième génération, qui n’a pas choisi de quitter un pays d’origine qu’elle ne connaît pas.

Dans votre livre, vous opposez l’Afrique traditionnelle et celle des églises born again, que vous dites plus individualiste et plus sujette à l’immigration. Pourquoi ?

Les églises pentecôtistes permettent aux deux majorités « minorées » en Afrique, à savoir les jeunes et les femmes, de contester le droit d’aînesse, de subvertir le règne des « vieux sages » – la gérontocratie – et de s’émanciper des obligations traditionnelles de réciprocité.

Avec leur nouveaux « frères et sœurs en foi » en lieu et place de leur parentèle, avec « l’Évangile de la prospérité », qui transforme leur réussite individuelle en signe de grâce divine, ils peuvent résister aux pressions de leurs parents. Pour la révolution sociale qui est en cours en Afrique, ces églises jouent ainsi un rôle comparable à l’éthique protestante dans l’essor du capitalisme.

Il faudrait actuellement créer 200 millions d’emplois par an pour les primo-arrivants sur le marché du travail en Afrique. On en loin

 Vous dites également que la jeunesse de l’Afrique est un frein à sa démocratie. Pourquoi ?

 Parce que « être jeune » en Afrique – la condition la mieux partagée – est une inégalité catégorique. Cela n’est pas seulement une question d’âge. Tant que vous n’avez pas les moyens de votre indépendance économique, en gros : tant que vous ne pouvez pas fonder votre propre foyer, vous restez un « petit », privé de voix aux chapitre.

Or, du fait de sa démographie et de son incapacité à mettre la masse de ses jeunes « en situation », c’est le cas d’une grande majorité. Dépendants de leurs aînés, les jeunes n’ont pas les moyens de participer à la gestion du pays. Ils sont des citoyens de seconde zone. C’est un handicap pour la démocratie en Afrique – sans même parler du fait que la moitié de la population n’a pas l’âge de voter et, de ce fait, se trouve d’emblée exclue du processus démocratique.

La jeunesse africaine n’est donc pas un atout pour son développement ?

S’il y avait assez d’emplois rémunérés pour tous les jeunes en Afrique, leur présence serait une aubaine. Tant que ce n’est pas le cas, tant qu’ils ruminent leurs frustrations dans des pays « bloqués », ils sont une source d’instabilité et font monter la pression migratoire.

Il faudrait actuellement créer 200 millions d’emplois par an pour les primo-arrivants sur le marché du travail en Afrique. On en loin.

 Le continent a noyé ses progrès dans une masse humaine toujours plus grande Comme Emmanuel Macron, estimez-vous que la solution passe par un meilleur contrôle de la natalité ?

 Absolument, et je m’étonne qu’on puisse se poser la question. Le moyen le plus sûr pour augmenter la richesse par habitant, c’est de maîtriser les naissances. Depuis plus d’un siècle, avant et après les indépendances, c’est le contraire qui s’est produit en Afrique. Le continent a noyé ses progrès dans une masse humaine toujours plus grande.

Un exemple : à la fin de la Guerre froide, un enfant sur trois dans le monde mourant en bas âge était Africain ; depuis, la mortalité infantile a été réduite de moitié au sud du Sahara ; mais aujourd’hui, du fait de la croissance démographique, un enfant sur deux qui meurent avant l’âge d’un an est Africain.

 Vous parlez d’une Europe qui va s’africaniser et prévoyez des tensions identitaires. Est-ce inévitable ?

Je ne prévois pas, je constate. Il suffit de faire le tour de l’Europe, de l’Italie à la Suède en passant par l’Allemagne d’Angela Merkel ou la Hongrie. Est-ce inévitable ? Peut-être pas si trois principes de réalisme et d’humanité peuvent être conciliés.

 D’abord, il appartient aux Européens de décider qui entre chez eux et qui n’entre pas. Ensuite, l’Europe ne peut pas se désintéresser de son voisin africain, elle doit comprendre qu’une frontière n’est pas une barrière baissée ou levée mais un espace de négociation.

Enfin, et c’est peut-être la réalité qui est encore la moins bien perçue, la ligne de partage ne sépare plus tant les pays riches des pays pauvres mais, à l’intérieur du Nord et du Sud, les gagnants et les perdants de la mondialisation. Si les gagnants – en Afrique autant qu’en Europe – se moquent du sort des perdants, nous serons tous perdants.

N’avez-vous pas peur que ces réflexions fassent le jeu de l’extrême-droite ? :

On a toujours peur d’avoir des applaudissements du mauvais côté. Je n’en veux évidemment pas et je ne supporte pas de voir la montée des anti-Merkel en Allemagne depuis la crise des réfugiés ou la poussée du Front national en France. Mais je crois également qu’il ne faut pas se préoccuper de cela. Quand vous cherchez à éclairer un sujet, ce n’est pas pour vous faire des amis ou des ennemis. 

Mathieu Olivier http://www.jeuneafrique.com

 

 

L’ONG Transparency International a publié ce mercredi 21 février 2018 son Index annuel sur la Perception de la Corruption dans le monde en 2017. «il y a des avancées significatives» au Sénégal et en Côte d'Ivoire

La carte de la perception de la corrpution dans le monde en 2017 par Transparency International Capture d'écran : Transparency International

L’ONG Transparency International a publié ce mercredi 21 février 2018 son Index annuel sur la Perception de la Corruption dans le monde en 2017. 180 pays et territoires y sont classés selon leur niveau perçu de corruption. Un classement établi sur la base d’appréciations d’experts des secteurs privés et publics. Samuel Kaninda, coordinateur de Transparency International en l’Afrique de l’Ouest nous explique où en est le continent africain.

 Samuel Kaninda: Il n’y a pas de progrès majeurs. Les pays qui sont toujours bien quottés, le sont toujours, à l’exemple du Botswana, des Seychelles et du Rwanda, et nous avons ceux qui sont au bas de l’échelle en termes de note, mais aussi de classement, comme la Somalie et les pays qui sont en conflit et qui sont toujours mal quottés parce que la situation ne s’est pas améliorée.

 RFI: Vous notez quand même certains progrès dans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Est-ce que ce sont des progrès significatifs ?

 Si on les étend sur une période plus longue, allant de 2012 pour le Sénégal ou de 2013 pour la Côte d’Ivoire, on peut dire qu’il y a eu des avancées significatives. Pour le cas de la Côte d’Ivoire – et je crois que ce même cas s’applique aux deux pays – un certain nombre de mesures ont été prises pour lutter efficacement contre la corruption. Ainsi, au Sénégal il y a un ministère de la bonne gouvernance et un Office de lutte contre la corruption. Au niveau de la Côte d’Ivoire, il y a également une Haute Autorité de bonne gouvernance.

 Nous disons par conséquent qu’il y a eu un leadership affiché au niveau chefs d’Etat de ces deux pays et c’est comme ça que, dans le temps, on peut observer cette évolution positive. Nous devons souligner qu’un investissement dans le temps a besoin de ce leadership au plus haut niveau de l’Etat qui va en fait se manifester par les moyens mis à la disposition des institutions de lutte contre la corruption et assurer une indépendance du système judiciaire. En effet, en termes de répression de la corruption, c’est le système judiciaire qui est aussi, dirions-nous, la pierre angulaire de l’Etat de droit.

Il y a des progrès mais cela demeure insuffisant. Nous avons eu des cas emblématiques comme au Sénégal, avec l’ancien ministre et aussi fils de l’ancien chef de l’Etat sénégalais, Monsieur Karim Wade ou encore le cas actuel du maire de Dakar mais nous estimons qu’il y a encore des progrès à faire au-delà de ces cas emblématiques.

 Dans le cas de la Côte d’Ivoire il y a aussi besoin, surtout au niveau de la passation de marchés, de s’assurer que les cas, par exemple, de marchés qui se font de gré à gré soient réduits et qu’il y ait plus d’efforts qui soient menés dans ce sens.

 L’important, c’est que les citoyens aient le sentiment que la gouvernance de leur pays profite à leur bien-être, dans le temps.

Des acteurs de la société civile disent que souvent, même lorsque sont mises en place des institutions de lutte contre la corruption, eh bien ces institutions sont, en quelque sorte, instrumentalisées à des fins politiques pour éliminer des opposants ou pour servir les intérêts des partis ou des personnes au pouvoir. Est-ce que ce sont des faits ou bien des problématiques qui vous sont rapportés à Transparency International ?

Absolument. Dans bon nombre de pays en Afrique - surtout, encore une fois, en Afrique de l’Ouest, voire du Centre - les institutions chargées de la lutte contre la corruption ne jouissent pas toujours d’une indépendance de l’exécutif. Ces institutions émargent des budgets, soit de la présidence de la République soit d’autres institutions comme la justice, ce qui fait qu’elles ne sont pas toujours aussi efficaces qu’on le voudrait. Par exemple, au Niger où la Haute Autorité de lutte contre la corruption et infractions assimilées répond à la présidence de la République, eh bien elle ne peut pas toujours avancer sur certains cas. Nous avons aussi la Côte d’Ivoire où la Haute Autorité pour la bonne gouvernance n’a pas forcément cette indépendance totale.

Il ne s’agit pas d’un jugement sur la compétence de ceux qui animent ces institutions mais il faudrait que les résultats soient au rendez-vous car en effet, en l’absence de la rencontre de tous ces critères, il serait difficile de renverser le constat qui nous avons fait à savoir que nous avons des lois ainsi que des institutions mais les citoyens ne sentent pas que la corruption connaît un recul dans les faits.

Pour répondre à cette problématique ou à ce défi, vous préconisez un renforcement du rôle des sociétés civiles ou en tout cas des citoyens, dans la lutte contre la corruption.

Nous estimons que la lutte contre la corruption n’est pas le seul apanage des pouvoirs publics. Les sociétés qui sont mieux quottées et donc perçues comme les moins corrompues et les plus intègres, sont des sociétés où il y a cette transparence et où les citoyens peuvent avoir accès à l’information et, le cas échéant, demander des comptes à leurs responsables publics, à tous les niveaux de l’Etat.

 Le fait que chaque citoyen puisse avoir accès à l’information et soit en mesure de demander des comptes à son conseiller municipal, aux responsables et même aux administratifs des municipalités, nous pensons que cela pourrait faire reculer considérablement les cas de corruption et même faire en sorte que, ceux qui voudraient s’engager dans des pratiques de corruption y réfléchisse à deux fois, parce qu’il y aurait toujours une société civile vigilante qui pourrait, à tout moment, dénoncer et obtenir des comptes.

 Clémentine Pawlotsky

RFI / Diffusion : samedi 24 février 2018

Abidjan et Lisbonne renforcent leur coopération dans le domaine de la défense maritime

A l'occasion de sa visite de travail à Abidjan le week-end dernier, le ministre portugais de la défense José Alberto Azeredo Lopes et son homologue ivoirien, Hamed Bakayoko, ont évoqué le renforcement de la coopération de leur deux pays en matière de défense. Cette intensification devrait permettre aux pays de faire face au défi de la sécurité maritime.

 La sécurité maritime est aujourd'hui un grand défi pour tous les pays dont une bonne partie de l'activité économique transite par la mer. Face à la montée des menaces sur les eaux, les liens se renforcent de plus en plus entre les Etats. Ce week-end, profitant d'un séjour de 48 heures en Côte d'Ivoire d'une délégation portugaise, les ministres de la défense portugais, José Alberto Azeredo Lopes et ivoirien Hamed Bakayoko, ont décidé d'intensifier les liens de coopération entre leurs deux pays dans les domaines de la défense. « Nous avons pu à l'occasion de nos échanges décider d'intensifier notre coopération dans le domaine de la défense », a confié le ministre ivoirien. Selon lui, ce nouvel engagement des deux parties fait suite à la visite du président ivoirien Alassane Dramane Ouattara au Portugal en septembre 2017.

 « Le Portugal a une grande tradition de politique maritime et aujourd'hui la sécurité maritime est un vrai défi pour nos États

Nos deux chefs d'État-major de la marine vont établir un calendrier de travail qui va nous permettre d'ouvrir des axes dans le cadre de la formation, des échanges d'informations et des échanges sur la protection de l'environnement », a ajouté Hamed Bakayoko. Le responsable a indiqué que son pays profitera de l'expérience et l'expertise portugaises dans le domaine de la défense et a assuré que les échanges qu'il a eu avec son homologue portugais constituent le point de départ de leur ''coopération renforcée''.

Du côté portugais, on est convaincu que la Côte d'Ivoire joue un rôle majeur en matière de la sécurité maritime. « Nous reconnaissons que la Côte d'Ivoire est l'un des États qui s'est le plus engagé dans cette question de sécurité maritime qui est fondamentale pour notre sécurité commune », a souligné le ministre portugais de la défense, expliquant que « la mer fait autant partie du destin des portugais que de celui des ivoiriens ». Il a indiqué avoir transmis une ''invitation formelle'' à son homologue ivoirien pour une visite au Portugal.

 A l'issue des échanges, les deux responsables ont effectué un déplacement sur le port autonome d'Abidjan où ils ont visité un patrouilleur de la marine portugaise de passage à Abidjan.

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2018, année du recentrage politique pour Emmanuel Macron ?

Le gouvernement fait sa rentrée, mercredi à l'Élysée, avec un conseil des ministres suivi d'un séminaire consacré aux chantiers prioritaires du début de l'année. Emmanuel Macron et Édouard Philippe rappelleront leurs objectifs à chacun des ministres.

 Emmanuel Macron a prévenu les Français lors de ses vœux : c’est "avec la même force et le même rythme" que "les transformations profondes" vont se poursuivre en 2018. Le président de la République, qui n’a de cesse de rappeler son envie de continuer à réformer la France, réunit son Premier ministre et ses ministres, mercredi 3 janvier, pour un séminaire dont le but sera d’organiser l’action gouvernementale des prochaines semaines, avec un maître-mot : rassembler les Français.

Après sept premiers mois au pouvoir durant lesquels il s’est vu affubler de l’étiquette de "président des riches", le chef de l’État souhaite, en effet, faire de la "cohésion" du pays son leitmotiv pour l’année à venir. "Nous avons besoin de repenser un grand projet social pour notre pays, que je déploierai durant l'année", a-t-il affirmé dimanche soir.

La "flexibilité" et la "libération" de l’économie française ayant été mises en œuvre grâce à la modification du Code du travail et au vote du budget 2018, Emmanuel Macron compte maintenant s’attaquer au volet "protections" de son programme présidentiel. ::::::::: Les réformes de l’assurance-chômage, de la formation et de l’apprentissage, toutes trois au stade de la concertation avec les partenaires sociaux, marqueront ainsi le premier semestre 2018. Le président attend beaucoup de ces trois réformes pour signer un recentrage politique et mettre l’accent sur la fraternité. Un investissement conséquent de 15 milliards d’euros sur l’ensemble du quinquennat sera notamment consenti pour former, durant six à neuf mois, deux millions de chômeurs à faible qualification et jeunes "décrocheurs".

L'exécutif espère surtout que les premiers résultats de sa politique seront visibles en 2018. Tous les signaux sont en tout cas au vert : avec une cote de popularité qui est repassée au-dessus des 50 %, une croissance soutenue, un chômage en baisse, un moral des ménages en hausse et une opposition politique toujours aphone, Emmanuel Macron semble avoir les coudées franches pour appliquer son programme.

Décision attendue sur Notre-Dame-des-Landes : Le gouvernement aura toutefois des rendez-vous périlleux à négocier en ce début d’année.

À commencer par une décision, attendue avant la fin du mois de janvier, sur la construction ou non de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes.

"On réfléchit toujours sur la façon dont les choses doivent se passer", a indiqué, mardi 2 janvier, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, sur Europe 1. Mais on sera peut-être "obligé à un moment donné d'employer la force" pour évacuer le site, partiellement occupé par des opposants à l'aéroport, a-t-il averti.

L'exécutif devra aussi se prononcer en janvier sur un autre sujet controversé : l'abaissement de la vitesse maximale à 80 km/h au lieu de 90 km/h sur les routes nationales et départementales. La Sécurité routière estime à plus de 200 le nombre de vies sauvées par an grâce à cette mesure, dénoncée avec force par les associations d'automobilistes qui y voient surtout un moyen pour l'État de "remplir ses caisses" avec l'augmentation du nombre de conducteurs "flashés".

Le débat s'annonce également épineux sur le projet de loi sur l'immigration et le droit d'asile, prévu en février, qui devra respecter une "ligne d'humanité et d'efficacité", selon Emmanuel Macron.

Enfin, parmi les autres réformes prévues en 2018, figurent celles de l'État, présentée comme "une priorité", et de la Constitution qui vise à supprimer la Cour de justice de la République et à réduire d'un tiers le nombre de parlementaires.

http://www.france24.com/fr/20180103-direct-voeux-emmanuel-macron-presse-live-elysee?ref=fb_i

Première publication : 03/01/2018 © Étienne Laurent, Pool, AFP | Emmanuel Macron, samedi 30 décembre 2017, à l'Élysée. Texte par Romain BRUNET Dernière modification : 03/01/2018

 A lire aussi "Fake news" : Macron annonce un projet de loi pour renforcer le contrôle de l'information

Emmanuel Macron a annoncé, mercredi 3 janvier, lors de ses vœux à la presse, un projet de loi visant à lutter contre la diffusion de fausses informations sur Internet, en particulier en période électorale.

 Dans une allusion à peine voilée aux médias russes RT et Sputnik, Emmanuel Macron a fustigé "cette propagande articulée avec des milliers de comptes sur les réseaux sociaux" qui, "en un instant, répandent partout dans le monde, dans toutes les langues, des bobards inventés pour salir un responsable politique, une personnalité, une figure publique, un journaliste". Pour contrer ce phénomène, "les plates-formes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés, afin de rendre publique l'identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent, mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus", a-t-il ajouté. 

Les explications de notre journaliste Bruno Daroux 

Jusqu'au blocage du site Internet 

"En cas de propagation d'une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé, permettant, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l'accès au site Internet", a-t-il poursuivi.

La France ne sera pas le premier pays à légiférer contre les "fake news" : l'Allemagne a adopté une loi permettant d'imposer de fortes amendes (jusqu'à 50 millions d'euros) aux réseaux sociaux s'ils ne retiraient pas rapidement les fausses informations de leurs plateformes.

Un projet de loi sur l’audiovisuel public avant la fin de l’année 

Le président français a aussi confirmé la présentation en Conseil des ministres, "avant la fin de l'année" 2018, d'un projet de loi sur l'audiovisuel public. "À la fin du premier trimestre 2018, des propositions partagées, chiffrées et structurées, construisant un scénario de transformation à mettre en oeuvre, seront rendues par la mission sur laquelle s'appuie la ministre de la Culture", Françoise Nyssen, a-t-il déclaré.

Ces propositions "seront la matière d'un débat que nous voulons large avec l'ensemble des professionnels" et "permettront ainsi de mettre, avant la fin de l'année, un projet de loi pour l'audiovisuel public sur la table du Conseil des ministres".

"Ce travail doit être le fruit, non seulement du groupe interministériel constitué de la concertation en cours avec les sociétés audiovisuelles placé sous l'autorité de la ministre, mais également de ce débat extrêmement large qui nous permettra de comparer les différents modèles européens et internationaux, parfois retenus et qui peuvent utilement nous inspirer", a expliqué le chef de l'État.

Ludovic Marin, AFP | Emmanuel Macron s'est adressé, mercredi 3 janvier, à la presse.

Vidéo par FRANCE 2 Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 03/01/2018 Première publication : 03/01/2018

Six pays font leur entrée au Conseil de sécurité de l'ONU

Six pays, la Côte d'Ivoire, la Guinée équatoriale, le Koweït, les Pays-Bas, le Pérou et la Pologne ont fait formellement mardi leur entrée comme membres non permanents au Conseil de sécurité de l'ONU, afin de "faire la différence", selon son président en exercice.

 "La paix et la sécurité sont difficiles à obtenir", a souligné Kairat Umarov, ambassadeur du Kazakhstan, qui assure en janvier la direction tournante du Conseil de sécurité. "Vous allez avoir une réelle chance de faire la différence" lors des recherches de consensus, a-t-il jugé, lors d'une cérémonie inédite organisée à son initiative au siège de l'ONU.

L'un après l'autre, les ambassadeurs des six nouveaux pays au Conseil - cinq hommes et une femme, l'ambassadrice polonaise Joanna Wronecka -, ont ensuite installé leur drapeau parmi ceux des neuf autres membres de l'instance suprême des Nations unies à l'entrée de leur salle de réunion habituelle.

Le Conseil de sécurité compte quinze membres, dont cinq permanents ayant un droit de veto lors de l'adoption de ses résolutions: Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni.

Trois femmes et douze hommes figurent parmi les quinze ambassadeurs qui seront réunis autour de la grande table en forme de fer à cheval trônant au milieu de leur salle de réunion. Outre les ambassadrices américaine Nikki Haley et polonaise Joanna Wronecka, le Royaume-Uni doit accueillir courant janvier une nouvelle représentante en la personne de Karen Pierce.

 Les six pays ayant quitté le Conseil de sécurité au 31 décembre sont le Japon, l'Egypte, le Sénégal, l'Ukraine, l'Uruguay et l'Italie. prh/faa

L’ ivoirien Tidjane Thiam est l’africain le plus influent du monde!

Tidjane Thiam est désigné comme l’africain le plus influent du monde par l’agence Bloomberg devant les grands hommes d’affaires et de milliardaires africains tels que le nigérian Aliko DANGOTE ou le soudanais Mohammed IBRAHIM. Respectivement 23ème ,41ème, et 48ème dans le classement mondial de la liste, ces trois africains sont les seuls du continent à figurer dans ce célèbre classement et considérés par la célèbre agence, comme ceux ayant eu le plus d’impacts économiques et financiers sur le monde en 2015

Soulignons que déjà en 2012,L'ancien CEO du Britannique Prudential et actuel CEO de Crédit Suisse était le premier Africain à intégrer ce classement. 

Tiodjane THIAM devenait le premier africain à intégrer ce classement Bloomberg des 50 personnalités les plus influentes du monde économique. En effet, Tidjane Thiam est un expert financier. Son parcourt est exceptionnel.

Il a le don d’intégrer des milieux considérés comme inaccessibles aux personnes de race noire. Il se fait connaître pour la toute première fois lors de son entrée à la célèbre École Polytechnique de France.

En octobre 2009, il devient le premier noir à prendre les commandes de Prudential Finance, la célèbre compagnie d’assurance anglaise, avant de prendre six ans après la direction générale de l’une des plus influentes institutions financières du monde, le Crédit suisse.

Tidjane fait ses premiers pas dans le cabinet McKinsey et Company en qualité de consultant en management de 1986 à 1994 après de brillantes études effectuées à l’École polytechnique et à l’École des mines de Paris. 

Il y supervisera de grands projets et renforça l’image de référence mondiale et de marque de ce Cabinet. Il se fait véritablement découvrir aux yeux des ivoiriens comme technocrate qu’à partir de 1994, année où il prend la direction du Bureau National d’Études Techniques et de Développement.

Il fut d’ailleurs le premier ivoirien à diriger cette structure étatique donc la mission consiste à mettre en œuvre les importants chantiers de développement d’infrastructures du pays. Il est nommé ministre de la Planification en Côte d’Ivoire sous la présidence de la République d’Henry Konan BEDIE en 1998.

Il est désigné la même année par le World Economic Forum de Davos, comme l’un des 100 leaders mondiaux de demain (Global Leaders for Tomorrow). Il est également élu, un an plus tard, membre du Dream Cabinet. Crée en 1990, l’agence Bloomberg est spécialisée dans l’information financière et économique. Son classement des hommes les plus riches et les plus influents du monde est très célèbre et très crédible aux yeux des experts. Cette année, le podium mondial revient à Janet YELLEN (1ère), présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed), au président chinois Xi JINPING (2ème) et à Tim Cook, le patron d’Apple.

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DAVOS 2017 17 Janvier 2017 Tidjane Thiam prédit une amélioration sur les taux en 2017 PAR AWP "2017 sera meilleur que 2016", a déclaré le patron de Credit Suisse Tidjane Thiam sur l'environnement des taux. Le directeur s'avère confiant quant au développement de la banque d'affaires. Les élections en Europe, le Brexit et l'arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis constituent autant de facteur d'insécurité pour M. Thiam. (Crédits: Keystone) Previous Next Facebook 11 Twitter Linkedin 0 L'environnement des taux devrait s'améliorer cette année, selon le directeur général (CEO) de Credit Suisse, Tidjane Thiam. "2017 sera meilleur que 2016", a-t-il déclaré mardi à "Bloomberg TV", en marge du Forum de Davos.

Le patron de CS s'avère confiant quant au développement de la banque d'affaires. "2016 a été une année de transition dans un environnement de marché difficile. Nous devions établir une nouvelle stratégie et avons réalisé énormément en douze mois", a affirmé M. Thiam. En termes de fonds propres, la banque aux deux voiles peut également revendiquer des progrès, affirme-t-il. La conclusion d'un accord avec le Département américain de justice (DoJ) dans l'affaire des titres adossés à des hypothèques résidentielles constitue un autre pas en avant important réalisé l'année dernière. "Cela flottait au-dessus de nos têtes comme un nuage menaçant et pénalisait également le cours de l'action." Les élections en Europe, le Brexit et l'arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis constituent autant de facteur d'insécurité pour M. Thiam, qui souligne l'importance d'obtenir des conditions concurrentielles équitables sur le Vieux et le Nouveau continents, ainsi qu'en Grande Bretagne. Le site londonien de Credit Suisse ne devrait pas être affecté à court terme par le Brexit. Il est encore trop tôt pour prévoir les conséquences de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, selon le CEO.

POINT DE VUE / Par Achille Mbembé et Felwine Sarr / « Africains, il n’y a rien à attendre de la France que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes ! »

Avant le discours du président Macron à Ouagadougou, les philosophes Achille Mbembé et Felwine Sarr estiment que la France reste un problème pour le continent.

Emmanuel Macron accueillis à l’aéroport de Ouagadougou par le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kabore, le 27 novembre. Fermons un instant les yeux sur ces spectacles d’un autre âge que nous offrent les chefs d’Etat africains accueillant parfois jusqu’à l’obséquiosité le locataire de l’Elysée du moment. Figure obligée et sempiternelle de telles cérémonies : la foule massée au bord des routes, haute en couleur et tambours battant, attendant des heures sous un soleil de plomb ; certains pays allant même jusqu’à fermer leurs écoles pendant quarante-huit heures pour honorer comme il se doit cet invité de marque au nom d’une hospitalité africaine de légende. Fermons-les encore sur cette autre scène : ces sommets France-Afrique ou Afrique-France, où un chef d’Etat d’une puissance moyenne réunit une cinquantaine de ses homologues africains et leur administre des leçons de démocratie, de sécurité, d’économie, de droits humains et de bonne gouvernance, quand il ne les rabroue pas purement et simplement.

Que les Africains et ceux qui les dirigent se le tiennent pour dit. Ils sont sur le point d’en recevoir une énième. Le dernier locataire de l’Elysée, que la presse de son pays surnomme Jupiter, s’apprête en effet à prononcer son discours sur l’Afrique à Ouagadougou, mardi 28 novembre. Comme il l’a d’ores et déjà montré s’agissant des Africains, il a la condescendance facile.

Aversion, lassitude et appels à la rupture.

Tout cela, oublions-le un instant. Mettons de côté les éventuels malentendus, les affects colériques, voire l’indignation. Un fait néanmoins demeure : la relation avec la France a été et reste problématique pour les Africains.

A ce titre, elle doit faire l’objet d’un examen sans complaisance, d’une réflexion approfondie et indépendante tournée vers le futur. En effet, plus d’un demi-siècle après les indépendances, la France n’est-elle pas, de tous les Etats occidentaux, celui dont les interventions dans ses anciennes colonies, multiformes et répétées, prêtent le plus à controverse ?

N’est-elle pas, de toutes les grandes et moyennes puissances, celle qui subit de plein fouet l’aversion d’une part importante de l’opinion africaine ?

Au demeurant, ne l’accuse-t-on pas de tout et de son contraire, ce qui ne la condamne guère a priori, mais ne la disculpe en rien non plus ? Sa présence sur le continent constituerait, dit-on, une menace pour l’autonomie de nos peuples et leur soif d’autodétermination. Tantôt elle entraverait le rythme et la direction que devraient prendre les transformations dont nous avons tant besoin, tantôt elle imprimerait, de par ses actions, un cours paroxystique à ce processus, comme ce fut le cas hier lors du génocide des Tutsi au Rwanda, et comme cela risque d’être le cas demain, à la faveur de ce qui se trame en ce moment dans la bande sahélo-saharienne.

Puissance parasitaire, elle vivrait sur le dos de l’Afrique et ne devrait son rang dans le monde qu’au rapport d’extraction scellé avec les élites locales au moment de la décolonisation – rapport sans cesse reconduit sous des formes qui ne trompent plus personne. D’où, au sein des classes éduquées et de la jeunesse politisée, lassitude, raidissement et appels stridents à la rupture et au désengagement. Vieux fond négrophobe.

Il y en a qu’étonne encore cette perception négative. L’arrogance inconsciente du mépris aidant, d’autres nient l’existence même d’un problème et préfèrent tout balayer du revers de la main.

Le recul est pourtant indubitable, et de veau d’or, il n’en est plus. L’aversion, récemment, ne s’est-elle pas cristallisée sur le franc CFA, précipitant des mobilisations transnationales contre cette monnaie désormais prise dans les mailles d’un procès en illégitimité qui n’est pas prêt d’être clos ? Devons-nous, par ailleurs, faire semblant de ne point entendre la clameur qui monte, s’agissant du rôle qui lui est imputé dans la destruction de l’Etat libyen, laquelle aurait accéléré les dynamiques de désagrégation dans l’espace sahélo-saharien ? Ou encore les dénonciations répétées de sa politique migratoire et l’établissement de centres de triage humain à l’intérieur même des frontières de pays africains formellement souverains ?.

« DANS QUELLE MESURE L’EXTERNALISATION DES FRONTIÈRES DE L’EUROPE A-T-ELLE TRANSFORMÉ LES ETATS MAGHRÉBINS EN GARDE-CHIOURMES DE L’OCCIDENT ? ».

Plus grave encore, dans quelle mesure l’externalisation des frontières de l’Europe a-t-elle transformé les Etats maghrébins en garde-chiourmes de l’Occident, attisant par là même le vieux fond négrophobe et non interrogé de leurs sociétés, puis canalisant et détournant leur propre ressentiment contre le mauvais objet, les Négro-Africains que ces Etats enferment dans des camps de fortune, dont ils se débarrassent en plein désert à la manière de déchets, lorsqu’ils ne les exposent pas à des pogroms et aux trafics d’un autre âge ?

Très nombreux, ces griefs ne sont donc pas que symboliques et tout ne se ramène pas a une affaire d’affects contrariés. Dans la plupart des cas, c’est l’ordre géopolitique sorti tout droit de la colonisation et la place subalterne qu’y occupe l’Afrique qui sont remis en cause. L’on ne saurait comprendre autrement la dénonciation des accords secrets et inégaux qui autorisent l’implantation de bases militaires chez nous et ratifient l’immixtion de la France dans les affaires internes de ses ex-colonies. Dans d’autres cas, la condamnation porte sur le soutien forcené qu’apporte le pays des Lumières aux potentats les plus obscurantistes de la région.

Pour le reste, grossie, déformée ou non, la présence française en Afrique fait l’objet d’une dispute objective et il ne sert a rien de prétendre le contraire.

Ne pas se tromper de diagnostic Que disent les Africains sinon que certaines modalités de l’action de la France sur le continent créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent ? Qu’en règle générale, ce sont les Africains qui paient le prix le plus élevé de ces aventures ? Et que cela doit cesser si tant est que le projet consiste à se frayer des chemins nouveaux ?

 Reste à savoir pourquoi il en est ainsi et pourquoi, plus d’un demi-siècle après la décolonisation, il est si difficile d’infléchir cette logique.

Encore faut-il ne pas se tromper de diagnostic.

 Un antagonisme caricatural voudrait faire passer la France pour un ennemi du continent. Comme d’autres puissances, elle y défend ses intérêts. En auraient-ils, il appartient aux Africains de définir clairement les leurs et de les défendre avec la même détermination, chez eux comme partout ailleurs dans le monde, en France y compris. Mais en ont-ils la volonté et s’en donnent-ils les moyens ? Sauront-ils convoquer toute l’intelligence nécessaire à cette fin et s’organiser collectivement ?Dans la poursuite de ses intérêts en Afrique, la France a, depuis l’époque coloniale, clairement choisi ses alliés locaux. En règle générale, il s’agit non pas des peuples eux-mêmes ou encore des sociétés civiles, mais de potentats souvent cruels et sanguinaires

« LES NOUVELLES GÉNÉRATIONS D’AFRICAINS REPROCHENT À LA FRANCE D’AVOIR LIÉ SON SORT À CELUI DE CLASSES DIRIGEANTES QUI N’HÉSITENT PAS À SPOLIER L’ESSENTIEL DE CE DONT LEURS PEUPLES ONT BESOIN POUR ENTRETENIR LES CONDITIONS DE LEUR DIGNITÉ »

Entourés d’une caste servile déterminée à se reproduire indéfiniment au pouvoir, il s’agit, dans la plupart des cas, de tyrans disposés à traiter les leurs comme des captifs de guerre.

L’un des procès les plus significatifs intentés contre la France par les nouvelles générations d’Africains est d’avoir lié son sort à celui de classes dirigeantes qui n’hésitent pas à spolier l’essentiel de ce dont leurs peuples ont besoin pour créer et entretenir, chez eux, les infrastructures d’une vie humaine libre de toute humiliation, qu’il s’agisse des richesses de leurs sols et sous-sols, des ressources nécessaires à la production artistique et symbolique, ou des conditions anthropologiques de leur dignité.

Que, sur la longue durée, la politique française de puissance en Afrique ait été un bric-à-brac de militarisme, de mercantilisme et de paternalisme n’est point pour les rassurer, encore moins la cohorte de ceux qui, n’ayant strictement rien à perdre, sont prêts à prendre toutes sortes de risques avec leur vie et celle des autres.

Héritière directe de l’ère du protectionnisme, de l’expansion coloniale et du racisme conquérant, cette politique aura surtout servi, depuis le XIXe siècle, de béquille au pirate, à l’aventurier et au bon samaritain, pour ne rien dire de la caravane armée et du chasseur d’hommes, du trafiquant d’esclaves et des compagnies concessionnaires aujourd’hui repeintes aux couleurs du jour.

Du coup, elle n’aura jamais été loin du crime, disposée comme elle l’aura sans cesse été, à fermer les yeux, chez nous, sur ce qu’à la vérité nul ne tolérerait dans le reste du monde.

 Alors que le capitalisme financier continue sa mue, ne laissant souvent derrière lui qu’un vertigineux champ de ruines et des milieux inhabitables et hostiles à toute vie, le grand risque pour l’Afrique est que, sous couvert de la rhétorique de l’entrepreneuriat, de la paix et de la sécurité, l’organisation de l’économie ne devienne inséparable d’activités guerrières, extractives et finalement prédatrices. Enfermés dans le giron linguistique francophone.

Ne pas se tromper de diagnostic signifie aussi ne point faire de la France le bouc émissaire de tant de malheurs que nous aurions pu éviter, mais que, plus que de coutume, nous nous auto-infligeons.

Ne pas se tromper de diagnostic signifie, par ailleurs, ne pas lui octroyer davantage de pouvoir qu’elle n’en a véritablement dans nos affaires. Du reste, libérer notre imaginaire de ce fardeau mental exige de reconnaître qu’elle ne dispose guère de la capacité de nous faire faire n’importe quoi, et surtout contre notre gré.

 Elle aura beau régner grâce à la crainte et à la corruption, la France n’a, dans ses ex-colonies d’Afrique, aucune puissance intrinsèque hormis celle que nous lui avons cédée. Tant que, dans ce rapport, nous lui permettrons de mettre chaque fois la plus grande part de son côté, rien ne changera.

 « LA FRANCE N’A, DANS SES EX-COLONIES D’AFRIQUE, AUCUNE PUISSANCE INTRINSÈQUE HORMIS CELLE QUE NOUS LUI AVONS OCTROYÉE. TANT QUE, DANS CE RAPPORT, NOUS LUI PERMETTRONS DE METTRE CHAQUE FOIS LA PLUS GRANDE PART DE SON CÔTÉ, RIEN NE CHANGERA ».

Etablir un bon diagnostic suppose finalement de prendre acte d’événements culturels majeurs dont on ne mesure pas encore toutes les implications pour le futur des relations franco-africaines.

Et d’abord, à supposer qu’elle se soit jamais retrouvée dans cette position, la majorité des Africains n’attend plus, aujourd’hui, grand-chose de la France. Il reste à faire le pas suivant, c’est-à-dire comprendre qu’il n’y a rien à attendre du reste du monde que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes.

De façon plus décisive encore, il n’existe plus, en Afrique, de base sociale assez large et susceptible d’octroyer une légitimité à la politique française de puissance. Le modèle qui consistait à engranger le soutien de potentats sanguinaires et à se passer de l’assentiment des peuples a atteint ses ultimes limites.

Pour son fonctionnement, ce modèle présupposait l’existence, par le haut, d’un bloc clientéliste franco-africain opérant sur la base d’un échange intensif de bons procédés, au sein d’un réseau asymétrique de protection.

Par le bas, une rente de la circulation (visas, bourses, possibilités d’aller et de venir et autres facilités) permettait aux couches moyennes et aux classes éduquées de participer à ce bloc hégémonique. Deux pilliers, le franc CFA et la langue française, en assuraient la fluidité. 

Or, en partie à cause de l’aveuglement de la France elle-même, la base sociale sur laquelle s’appuyait ce dispositif n’a cessé de se fragiliser. Le nombre de ceux qui jadis bénéficiaient de cette rente s’est drastiquement amenuisé. Attirés par d’autres horizons, intellectuels, artistes, professionnels en tout genre, étudiants et classes moyennes font désormais défection. Une bifurcation culturelle s’esquisse parmi les élites. Elle oppose désormais ceux qui sont enfermés dans le giron linguistique francophone à ceux qui en sont sortis. Ces derniers parlent d’autres langues (l’anglais notamment) et s’inscrivent désormais dans d’autres faisceaux d’intérêt et de sens. 

Rejet de toutes les expressions d’un colonialisme latent .

Mais, par-dessus tout, les nouvelles générations ont pris conscience que les rapports franco-africains postcoloniaux reposent sur très peu de valeurs que la France et l’Afrique auraient en partage. Dans un contexte de tarissement des rentes de la circulation, cette vacuité morale et le défaut de légitimité qui s’ensuit expliquent, plus qu’on ne l’a laissé entendre, le recul de l’influence française en Afrique. 

Plus que leurs aînés, les jeunes Africains savent que la survie de l’Afrique ne dépend pas de la France, tout comme la survie de la France ne devrait guère dépendre de l’Afrique. Elles ont compris que le fait d’avoir eu, à un moment donné, un passé en commun ne nous condamne pas à envisager un futur ensemble, surtout si ce futur doit se construire à notre détriment. 

Entre nous, il ne saurait donc y avoir de relation que mutuellement consentie. 

Il s’ensuit que l’histoire nonobstant, la relation entre la France et l’Afrique est purement contingente. Rien ne nous empêche d’y mettre un terme. Encore faudrait-il prendre la pleine mesure de ce que cela coûte. .. Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir à un moment où le processus de décolonisation de l’imaginaire africain est en phase d’accélération. Désormais, des pans entiers de la jeunesse rejettent viscéralement les survivances du pacte colonial et toutes les expressions d’un colonialisme latent. 

« DES PANS ENTIERS DE LA JEUNESSE REJETTENT VISCÉRALEMENT LES SURVIVANCES DU PACTE COLONIAL ET TOUTES LES EXPRESSIONS D’UN COLONIALISME LATENT ».

Les structures fondamentales de cette décolonisation se donnent le mieux à voir dans la production artistique et esthétique et dans le renouveau de la pensée critique. 

Les grands déplacements culturels susceptibles de marquer durablement le paysage mental dans les années qui viennent s’articulent autour du désir irrépressible de mobilité, du refus des frontières et de la revendication, y compris transgressive, d’un droit inaliénable à la circulation. 

Voudrait-il sortir la politique africaine de la France des marais du militarisme, du mercantilisme et du paternalisme, le nouveau chef de l’Etat français dispose d’une fenêtre de tir historique. Saura-t-il faire preuve de la puissance intellectuelle et de la force morale requises ?.

Car, pour y parvenir, affairisme et économisme ne suffiront guère. Ils ne sont, ni l’un ni l’autre, des concepts. C’est, littéralement, à un autre imaginaire en gestation qu’il faut se greffer. 

Les arts du XXIe siècle seront africains .

A supposer, comme nous le croyons, qu’il y a encore quelque chose à sauver de cette relation, de quoi s’agit-il et à quel prix ? .

Nul doute, d’abord de la densité des rapports humains, de la somme des vies communes, des visages d’hommes et de femmes, tissées au long de quelques cycles de cohabitation, et qui pourraient constituer un terreau possible de coalitions fécondantes. 

Comment oublier, d’autre part, la langue, ce bien commun et en supplément, qu’il s’agit à la fois de dénationaliser et de dé-francophoniser afin d’en faire une langue-monde, la manifestation vivante de l’universalité que prône, aujourd’hui, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne ? .

Que dire par ailleurs de la production artistique et de la création esthétique ? Puisque les arts du XXIe siècle seront africains, comment ne pas s’en servir pour faire éclore, ensemble, de nouvelles virtualités ? 

« LA GRANDE QUESTION PHILOSOPHIQUE, ESTHÉTIQUE ET CULTURELLE, MAIS AUSSI POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE DU SIÈCLE EN COURS EST CELLE DE LA MUTUALITÉ, DE LA MOBILITÉ ET DE LA CIRCULATION » La réinvention des rapports entre la France et l’Afrique n’a de sens que si ces rapports contribuent à une nouvelle imagination du monde et de la planète. La grande question philosophique, esthétique et culturelle, mais aussi politique et économique du siècle en cours est celle de la mutualité, de la mobilité et de la circulation. 

Réinventer la relation avec l’ex-puissance coloniale exige de remplacer le colonialisme par de nouveaux rapports de mutualité, de réciprocité et d’égalité. Le vieux lien colonial a pour socle la reproduction structurelle de multiples asymétries – économiques, politiques, symboliques. 

Emmanuel Macron raccompagne le président guinéen Alpha Condé après une réunion à l’Elysée, le 22 novembre 2017. Pour construire ces nouveaux rapports fondés sur le respect et la mutualité, il faudra en finir avec l’ensemble des dispositifs symboliques qui assignent aux Africains une position de subalternité que l’on cherche ensuite à faire passer pour naturelle.

Dans le domaine économique, il s’agit d’en finir avec la relation d’extraction et de prédation des ressources naturelles et matières premières du continent.

Afin d’inverser un rapport économique structurellement défavorable aux pays africains, la question des flux financiers illicites rapatriés par les multinationales françaises, des exonérations fiscales indues, des contrats miniers ou pétroliers léonins imposés aux Etats africains, de l’effectivité des transferts de technologies doit être mise sur la table et faire l’objet de transparence

Un rêve d’apartheid s’est emparé du monde Au-delà des jeux de puissance, la seule discussion d’avenir avec la France, le seul débat philosophique digne d’intérêt avec ce pays qui a significativement contribué à la vie de l’esprit, c’est celui-là : comment assurer la durabilité de ce monde, le seul que nous avons en partage.

Cette durabilité exige la redistribution la plus équitable possible du droit universel à la mobilité et à la circulation. Cette politique de la circulation planétaire, il nous revient d’en imaginer les fondements éthiques, à l’heure où le rêve d’apartheid semble s’être à nouveau emparé du monde. 

Cette conversation, c’est à nous de la conduire, au-delà de la politique des Etats, avec ceux qui, des deux côtés de la Méditerranée et du Sahel-Sahara, ne sont pas satisfaits de la manière dont nos gouvernements respectifs organisent le cloisonnement des mondes et la reconduction des tutelles anciennes dans les conditions contemporaines. Achille Mbembé et Felwine Sarr dirigent Les Ateliers de la pensée de Dakar. Ils ont coédité Ecrire l’Afrique-monde (Paris, Philippe Rey, 2017).

Le Monde Afrique / En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/27/africains-

 

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