Bannière

Log in
Adama Diomande

Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

URL du site internet: http://www.addl-association.info

Par : Venance KONAN / L’art de mal poser les problèmes "On a vu ce que ce genre de propos a produit en Afrique du sud où de véritables pogroms ont été organisés contre les étrangers africains, accusés de tous les maux qui minent le pays de N Mandela"

Mon premier reportage sur l’orpaillage en Côte d’Ivoire date de 1994. C’était dans les environs d’Odienné. Un peu avant cela, j’en avais réalisé un au Burkina Faso.

Depuis cette date il y a eu beaucoup de reportages sur l’orpaillage dans nos journaux. Ces dernières années, Fraternité Matin a consacré de nombreuses pages à cette activité qui est source de nombreux problèmes dans nos régions.

Non seulement elle détruit les terres agricoles, pollue les cours d’eau, mais elle entraîne aussi dans son sillage la prostitution et toutes sortes de criminalités. Dans la région de Daoukro par exemple où cette activité est très présente, de nombreux cas de viols et d’agressions sur les biens des populations sont régulièrement signalés. Et il est vrai qu’il y a beaucoup d’armes sur les sites d’orpaillage. Là où l’on cherche de l’or, il y a toujours des aventuriers et des armes, sous tous les cieux. Parce qu’il y a toujours des personnes qui veulent voler leur or à ceux qui en trouvent, et ces derniers ne veulent pas se laisser voler.

 Le phénomène de l’orpaillage existe partout où l’on soupçonne la présence de l’or, à savoir, dans notre région ouest-africaine, au Burkina Faso, au Mali, en Guinée, au Ghana, partout.

 Les différents reportages que nous avons réalisés sur ce sujet visaient à attirer l’attention, non seulement de nos autorités, mais aussi des populations et des forces de l’ordre qui souvent, pour un peu d’argent, se rendent complices de ces orpailleurs.


Peut-on pour autant dire que des personnes ont fait venir ces orpailleurs pour préparer un hold-up sur la Côte d’Ivoire, une guerre ou quelque chose de ce genre ?

C’est à voir. Doit-on en parler ?

 Bien sûr ! Mais sereinement.

 Y a t-il un trafic sur les pièces d’identité ivoiriennes ?

De nombreux journaux en ont plusieurs fois fait état. Et depuis très longtemps. Depuis la réinstauration du multipartisme pour être plus précis.

Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) avait été accusé d’organiser ce genre de trafic lorsqu’il était au pouvoir, et aujourd’hui c’est au tour du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) qui est au pouvoir d’en être accusé. Il est certain qu’en raison de nos mentalités, de certaines tracasseries policières et du sésame que la nationalité ivoirienne représente dans de nombreuses situations, on ne peut douter qu’il existe un tel trafic.

 Cela se passe-t-il seulement à Abobo ?

 On peut en douter. Est-ce pour fausser nos futures élections ?

 La question alimente beaucoup de fantasmes. Mais un observateur a fait remarquer que depuis que l’on agite le chiffon rouge des étrangers qui s’enrôleraient sur nos listes électorales, on n’a pas constaté un accroissement significatif des électeurs au fil de nos différents scrutins. Selon lui, si des gens cherchent à acquérir illégalement la nationalité ivoirienne, c’est surtout pour circuler et vivre sans subir des tracasseries, pour des raisons administratives ou économiques, ou simplement pour émigrer.

 Mais il n’est pas impossible que des fraudeurs participent aussi à nos élections. Doit-on en parler ?

 Bien sûr ! Mais sereinement.

 Il y a aussi la très vieille question des travailleurs étrangers dans nos plantations. Cette question a été le sujet de trois de mes livres, à savoir « Robert et les Catapila », publié en 2005, « les Catapila ces ingrats » et « Catapila chef du village » qui a obtenu le prix Rabelais en France. La question des terres ne concerne pas que les étrangers.

 Elle touche aussi aux relations entre Ivoiriens ayant émigré dans certaines parties du pays et populations du terroir. Elle provoque régulièrement des conflits parfois meurtriers entre populations dites autochtones et celles appelées allogènes ou allochtones. Tous les pouvoirs depuis Houphouët-Boigny ont tenté de trouver des solutions définitives à ces conflits, mais le problème persiste.

 Y aurait-il actuellement des étrangers qui tenteraient d’arracher leurs terres à des Ivoiriens en les agressant ?

 C’est à voir. Doit-on en parler ?

 Bien sûr, mais sereinement.

Lorsque dans un discours de quelques minutes l’on aligne les problèmes évoqués plus haut les uns après les autres en accusant à chaque fois les étrangers, et que l’on conclue que tout est fait pour que les Ivoiriens se sentent étrangers chez eux, on veut clairement livrer les étrangers à la vindicte populaire.

 On a vu ce que ce genre de propos a produit en Afrique du sud où de véritables pogroms ont été organisés contre les étrangers africains, accusés de tous les maux qui minent le pays de Nelson Mandela.

On en a vu un aspect dans notre pays durant la crise postélectorale de 2010-2011. Nous avons eu beaucoup de chances à cette époque. Il n’est pas certain qu’une seconde chance nous soit accordée si nous embouchons à nouveau la même trompette qui nous avait conduits à cette situation. Mais ce qui est intéressant à noter est que celui qui boit du petit lait en ce moment est le Front populaire ivoirien (FPI). Pendant qu’il tente de résoudre ses contradictions internes, à savoir les dissidences et antagonismes entre différents courants (courant Affi, courant Assoa Adou, courant Simone Gbagbo, courant Don Mello qui pointe le bout du nez), les palabres entre les différents foyers du grand chef, la question de son retour, le FPI a trouvé quelqu’un pour porter son message.

« Comme tu es très occupé et que je tiens à faire alliance avec toi, prête moi ta palabre. » C’est ce que le PDCI semble avoir dit au FPI. Et ce dernier compte les points en soufflant de temps en temps sur les braises allumées par le PDCI.

 En attendant de ramasser la mise. Le PDCI n’a pas encore compris que si le FPI l’aide à faire tomber le pouvoir actuel, ce ne sera certainement pas pour l’y installer. Affaire à suivre.

Venance Konan

  • 0

Par / Pierre Aly SOUMAREY : Le PDCI de DAOUKRO (celui-ci n’a plus rien à voir désormais avec le PDCI-RDA d’Houphouët-Boigny dont il a trahi les principaux idéaux)

« Les derniers propos du Président Henri Konan Bédié interpellent notre conscience collective. »

J’ai longtemps hésité à réagir aux derniers propos du Président Bédié, parce que je ne souhaite pas participer à leur publicité. J’avais déjà dit précédemment qu’il s’était discrédité moralement et disqualifié politiquement en laissant prospérer au sein du PDCI de Daoukro (celui-ci n’a plus rien à voir désormais avec le PDCI-RDA d’Houphouët-Boigny dont il a trahi les principaux idéaux) un ensemble de discours de forme ethno-nationaliste, xénophobe et populiste.

Par ce silence approbateur et cette attitude compromettante, on pouvait le soupçonner d’adhérer à nouveau à la version politique de l’idéologie ivoiritaire dont il est l’initiateur du reste. Finalement, l’histoire le rattrape, en confirmant par des actes de langage positifs sa position à travers ses dernières déclarations. Emmuré dans un système de pensée qui s’oppose au rassemblement de tous les fils de la Côte d’Ivoire et dessert la paix, contrairement à l’humanisme social et à la philosophie politique du Président Houphouët-Boigny, le Président Henri Konan Bédié se trompe d’époque, de stratégie et de vision.

L’idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes ethniques en Côte d’Ivoire suivant l’antériorité de leur implantation sur son territoire, nie la dynamique de l’histoire des migrations et la sociologie de la carte culturelle des populations qui le peuplent, en la fixant artificiellement à la post-colonialité, aux seules populations présentes sur le territoire conformément au tracé des frontières coloniales, au moment du transfert des compétences de “souveraineté” auxdites populations (accession à l’indépendance). Cette compréhension est d’une part erronée, car l’histoire ne se fige pas à cette date, elle ne s’arrête pas à cet instant, et d’autre part, dangereuse, parce qu’elle inspire un comportement de mépris à l’endroit de certains groupes ethniques venus tardivement sur son territoire et nourrit un complexe de supériorité chez d’autres, alors qu’en réalité il n’en est rien objectivement sur un plan strictement scientifique.

Ce concept globalisant mal fondé, mal compris et surtout instrumentalisé par des politiques faillis, peut conduire des esprits faibles, ignorants et haineux, dans un pays comme la Côte d’ivoire, où le taux d’analphabétisme est encore très élevé (43 %) à fabriquer des préjugés, des stéréotypes et des rumeurs défavorables à l’égard des étrangers internes (allogènes) et externes (extra-nationaux), sur la simple base d’une différence de mœurs, d’appartenance politique, d’origine géographique, d’époque d’installation, ou encore d’une homonymie lexicale de patronymes, alors que la notion de nationalité est exclusivement juridique et que la notion d’identité est strictement culturelle.

L’identité d’un individu est celle définie sur sa Carte d’Identité Nationale, selon les mentions qui y figurent, et rien d’autre, et le caractère commun de toutes ces individualités est d’abord la nationalité Ivoirienne. Le lieu géographique de naissance (village comme on dit chez nous) et la filiation (de père et de mère ivoiriens) sont secondaires, pour parvenir à définir la nationalité d’un individu. (Exemple BOLI Basile, est né à Abidjan, appartient à l’ethnie Béthé, mais est Français).Toute autre définition de l’identité ivoirienne est inopérante, et le Code de la Nationalité, voté par la représentation nationale, prévoit plusieurs conditions et modes d’acquisition de la Nationalité.

Dès lors, les critères xénophobes de la nationalité sont très restrictifs, réducteurs et déformateurs de la réalité. Toute autre démarche constituerait la négation des autres liens (juridiques, culturels, géographiques et historiques) que nous pouvons avoir en commun avec ces personnes stigmatisées d'”étrangers”, et nierai notre histoire commune avec des peuples voisins, qui ne formaient naguère qu’une seule entité socio-culturelle. Exemple: un mongole d’origine mongolienne par filiation, né en Côte d’Ivoire, n’ayant du reste rien à voir avec la Mongolie, qui a acquis la nationalité ivoirienne, et qui a pour univers culturel et pour cadre de vie la Côte d’Ivoire, est Ivoirien au plan juridique, culturel, géographique et de son histoire, de notre histoire commune avec lui. 

Exemple Sam l’Africain, Barack Obama de père Kenyan, hier Duvallier en Haïti d’origine martiniquaise, ou encore plus près de nous, le nouveau ministre de la forêt du Gabon, Lee White, britannique d’origine, naturalisé gabonais en 2008. Nous avons changé d’époque et de monde. De nombreux Ivoiriens ont la nationalité d’autres pays. D’où nous vient notre réticence aux évolutions du temps, notre volonté passéiste et d’immobilisme.

De la même manière, le Baoulé en pays Wê n’est pas étranger, pourtant il connait aussi des conflits fonciers. Le Wê en pays Sénoufo n’est pas étranger, et vice versa et ainsi de suite. Un Coulibaly, un Koffi, un Doh ont des patronymes qu’on retrouve dans des pays voisins parce qu’ils ont la même histoire, la même culture, et peut-être la même origine lointaine. Il n’y a pas de début absolu en matière de migration et les peuplements se font à raison de ce mouvement continu. Preuve les Yacouba (venant de YACUB en langue sémitique, pour dire JACOB) ont une origine juive, en tant que afro-descendant de la tribu des Dan (dannite) ou encore l’existence d’une diaspora Africaine ou des Ivoiriens de l’étranger.

Au plan sociologique le concept de l’ivoirité dans sa version politique et populiste, est pernicieux et xénophobe en considération de son discours implicite et de son influence sur les instincts grégaires, qui tend ” …à désigner de façon injustifiée l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil et à le tenir à l’écart de celle-ci, que l’étranger soit au loin et ou susceptible d’y venir, ou y est déjà arrivé ou encore y soit depuis longtemps installé” (J. Valluy, “Rejet des exilés – Le grand retournement du droit de l’asile”, Éditions Du Croquant, 2009. P. 2.).

Autrement dit, ce discours véhicule techniquement dans le subconscient collectif des représentations implicites, des associations, des imaginaires et une charge psychologique qui entrainent des préjugés négatifs (idées d’agression, de dépossession, d’envahissement et de criminalité), des discriminations dans les actes quotidiens de la vie communautaire nationale (conflits inter-communautaires, réticences à des unions), des accusations infondées ( exemple il y a des Ivoiriens impliqués dans les activités clandestines de l’or et du diamant, en tant qu’acteurs et complices). 

En effet, cette situation est grave lorsque de tels discours sont tenus par des partis de gouvernement, des élites morales et intellectuelles, des leaders politiques et d’opinion dans un pays. Lorsque l’ethno-nationalisme et la la xénophobie deviennent les éléments centraux d’un discours politique, de la vie nationale, ils ouvrent la perspective d’un programme gouvernemental, plus ou moins avoué à mettre à place dans l’éventualité d’une élection gagnante. 

L’histoire nous a démontré l’existence effective de ces “pratiques et attitudes” en Côte d’Ivoire, sous différents gouvernements, notamment sous celui du PDCI de Daoukro et du FPI, aux fins d’un succès populaire, de conquérir ou de conserver le pouvoir. L’ostracisme et la catégorisation ethnique qui en découlent s’accompagne d’une dévalorisation symbolique des populations concernées. Ce sont celles-ci qui ont été contestées et ont permis à la révolte qui en a résultée de s’organiser sous la forme d’une rébellion armée. Ensuite, nous avons fait rentrer dans le champ politique toutes sortes de justifications intellectuelles et théoriques, pour tenter de justifier l’injustifiable, mais le tort était hélas déjà fait. 

C’est pourquoi nous ne devons pas jouer avec le feu, sinon les phénomènes dénoncés par le Président Bédié (l’orpaillage clandestin avec toute son économie mafieuse, ses méfaits sur les mœurs, l’écologie et la santé publique; ainsi que la fraude à la nationalité avec sa corruption, son commerce lucratif et ses implications politiques) sont réels, mais ne datent pas d’aujourd’hui, ni de 2011.

Pourquoi ne les a-t-il pas combattu ainsi que ses “alliés” d’aujourd’hui quand ils étaient au pouvoir ?

Pourquoi ne les a-t-il pas dénoncé quand il était le tout-puissant PCA du pays et au RHDP ?

Qu’est-ce qui explique objectivement que c’est toujours dans certaines configurations socio-historiques, socio-politiques, seulement que la xénophobie réinvestit le registre du langage politique ivoirien et tend à redevenir le point focal de la vie politique ?

Deux choses : la manipulation et la mauvaise foi.

Ces phénomènes sont plus complexes qu’il ne les décrit et ne sont pas le fait uniquement de l’étranger.

Pour finir avec cette thématique frelatée de l’ivoirité, il faut dire la nouvelle version politique qu’il introduit en cette circonstance, a le mérite de faire se rencontrer, frères jumeaux, le PDCI de Daoukro et le FPI-Canal historique. C’est une ligne de démarcation et un programme commun. 

Pour revenir à l’aspect juridique, qui me paraît essentiel dans le traitement de cette affaire, le Président Bédié affirme au moins cinq choses dans sa déclaration :

1) – L’entrée clandestine et le stockage d’armes de guerre sur le territoire national. 

2) – La volonté des étrangers de déposséder les Ivoiriens de leurs biens, notamment de leurs terres

3) – La distribution frauduleuse et massive de la nationalité à des non ayant-droits.

4) – La complicité ou l’implication du Gouvernement dans l’accomplissement de ces actes faisant courir un risque et une menace à la communauté nationale.

5) – L’invitation lancée aux Ivoiriens de ne pas accepter cela et de se tenir prêt à se mobiliser et à répondre à ses mots d’ordre le moment voulu, pour un soulèvement populaire en vue d’un changement par la force et le désordre public.

Premièrement, les propos xénophobes sont constitutifs d’une violation des droits de l’homme et réprimés, comme tels au même titre, que les attitudes racistes et discriminatoires, par la Loi Ivoirienne qui interdit toute forme de discrimination fondée sur la race, le sexe, la religion, l’origine ou l’ethnie (Cf. Constitution Art.4, mais également l’Art. au regard la reconnaissance de la personnalité juridique des individus. 

Par ailleurs, la déclaration et le programme d’action de Vienne admis par l’Assemblée générale des Nations unies en 1993, au visa de son Article 15, indique que « Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales sans distinction aucune est une règle élémentaire du droit international en la matière. Dès lors, l’éradication de ces comportements et propos est une tâche prioritaire de la communauté internationale qui invite instamment tous les gouvernements nationaux à prendre des mesures fermes et efficaces pour les prévenir et les combattre. 

A ce titre le Président Bédié, contre qui je ne nourrit aucune hostilité, devrait faire l’objet d’une procédure compte tenu de son statut, visant à l’entendre sur la responsabilité pénale des propos qu’il a tenu.

Deuxièmement, dans la mesure où les faits visés dans la déclaration du Président Bédié sont passibles de sanctions judiciaires de la part des commettants et de leurs complices, il s’agirait de dénonciations calomnieuses, si les faits étaient totalement ou partiellement inexacts.

Dès lors, le Gouvernement doit inviter l’intéressé à démontrer la véracité de ses déclarations, sous peine de plainte et de sanction, fusse-t-elle symbolique.

On ne peut pas accuser un Gouvernement de faits aussi graves sans en avoir la moindre preuve, et le Gouvernement ne peut pas se contenter seulement de taxer l’intéressé de xénophobe, sans s’expliquer sur l’inexactitude des faits qui lui sont reprochés, ou plus exactement sans démontrer à l’opinion publique, qu’il combat ces phénomènes et n’y est nullement associé, de près ou de loin. 

Troisièmement, l’incitation à la haine et au trouble à l’ordre public sont condamnés par notre Code Pénal. Certaines personnalités ont été poursuivies pour ces motifs.

La loi n’étant pas individuelle, sélective et variable, il convient de la mettre en œuvre dans le cas qui nous occupe. Il faut des symboles forts et des signaux clairs à envoyer à la société, pour bien montrer qu’il n’y aura pas d’impunité et d’irresponsabilité politique dans la perspective de 2020, afin que la dissuasion joue pleinement et que faute de raison, que les velléités incendiaires soient brisées très tôt pour préserver la paix publique.

Il est temps que la société politique soit responsabilisée, car nous avons connu une crise qui a fait près de 20.000 morts sans responsables au sens juridique du terme et cela doit s’arrêter. 

Il s’agit bien évidemment en ce qui concerne le Président Bédié d’envisager une procédure symbolique pour aboutir à un rappel à la Loi et calmer ses ardeurs, alors qu’il y sera représenté par son conseil. La haine, le désordre et la violence ne constituent pas un horizon viable pour un peuple. 

Pierre Aly SOUMAREY

  • 0

On peut pardonner à nos enfants et petits frères de moins de quarante ans de ne pas savoir où ils mettent les pieds en engageant aujourd'hui ce débat nauséabond, mais certainement pas toi, Bédié !

Par Venance KONAN /

En avril 2011, c'est-à-dire il y a environ huit ans, prenait fin ce qui ressemblait à une guerre civile dans notre pays. Au finish, l'Onu a dénombré trois mille morts. Je ne sais plus combien de blessés il y a eu, combien de maisons ont été détruites, et quelle est l'ampleur des blessures psychologiques. Sur le plan économique, nous savons tous que notre pays a fait un formidable bond en arrière à cause de cette crise qui avait duré plus de dix ans. 

Aujourd'hui nous avons oublié comment toute cette histoire est arrivée et nous avons recommencé à agiter des foulards rouges pour exciter des sots. Essayons de faire un devoir de mémoire. A la mort de Félix Houphouët-Boigny, le premier président de notre pays, M. Henri Konan Bédié devint son successeur. 

On prêta à M. Alassane Ouattara qui était le Premier ministre d'Houphouët-Boigny d'avoir voulu conserver le pouvoir en dépit de la constitution qui prévoyait qu'en cas de décès c'était au président de l'Assemblée nationale, en l'occurrence M. Bédié, que devait revenir le pouvoir. M. Ouattara partit travailler au Fonds monétaire international (FMI) en faisant toutefois savoir qu'il pourrait revenir briguer le pouvoir plus tard. M. Bédié fit alors adopter une loi qui réservait la présidence aux Ivoiriens nés de père et de mère eux-mêmes Ivoiriens de naissance. M. Ouattara était soupçonné d'avoir un de ses parents originaire d'un autre pays. 

Dans le même temps se développa un concept appelé ivoirité qui se voulait un concept culturel pour désigner ce qui était spécifiquement ivoirien. Mais ce concept, et cette loi se télescopèrent, se fondirent, se mélangèrent pour donner quelque chose qui fit que nous commençâmes à nous distinguer entre « vrais » et « faux » Ivoiriens, entre Ivoiriens de « souche multiséculaire » et Ivoiriens « de circonstance », entre Ivoiriens « 100% » et autres Ivoiriens, etc. Et de fil en aiguille, on en vint à faire la chasse aux populations du nord, accusées globalement de venir d'ailleurs, mais surtout de soutenir M. Ouattara.

On les accusa d'avoir des papiers falsifiés, d'avoir fraudé sur la nationalité. Ils étaient harcelés à tous les barrages de police et certains virent leurs papiers déchirés par des policiers. Il y eut des conflits intercommunautaires un peu partout, dans les zones forestières, sur les lacs Kossou et Ayamé. On parla de ces étrangers qui voulaient voler notre belle nationalité et nos si riches terres.

Chacun sortit son anecdote sur tel pan de notre économie occupé par tel groupe d'étrangers, et sur tel pays où l'Ivoirien n'avait même pas le droit de conduire un taxi. On parla de ces gens que l'on enrôlait pour fausser notre élection, et aussi de ces hommes armés que l'on convoyait chez nous. Dans la région de Tabou, l'on chassa des dizaines de milliers de paysans Burkinabé, Lobi et d'autres ethnies assimilées à des Burkinabés, au motif que l'un des leurs aurait tué un autochtone. Et qu'une loi tribale prescrivait le bannissement du coupable pendant sept ans. Là, on choisit de punir toute une collectivité pour un crime imputé à une seule personne, et l'Etat ne réagit pas. 

C'est à cette époque que l'on connut les mots autochtone, allogène, allochtone. Notre pays se trouva divisé. Des amis arrêtèrent de se parler parce que l'un soutenait l'ivoirité et l'autre pas. La haine se répandit dans tout le pays. De nombreuses personnes nous mirent en garde contre la destruction de notre nation que nous étions en train d'orchestrer ; mais nous étions devenus sourds et aveugles. Et un jour de Noël, il y a vingt ans, un coup d'Etat balaya le pouvoir de M. Bédié. Il n'y eut pas grand monde à l'extérieur pour le regretter. Le général Guéï qui prit le pouvoir fustigea l'ivoirité dans un premier temps, puis l'endossa lorsqu'il décida de conserver le pouvoir. Nous avons oublié tout cela aujourd'hui.

Laurent Gbagbo balaya le général Guéï en 2000, mais continua d'appliquer l'ivoirité sans employer le mot. Deux ans après son avènement, une rébellion éclata au nord. De nombreux jeunes gens qui s'estimaient exclus par l'ivoirité la rejoignirent. Elle dura huit longues années et s'acheva après l'élection présidentielle de 2010 qui fut suivit d'une guerre. Une guerre qui nous coûta au moins trois mille morts. Nous avons oublié tout cela ! Ô peuple amnésique, quel sera ton châtiment ? Celui qui ne tire aucune leçon de sa propre histoire se condamne à la revivre. Oui, plus de vingt ans après, nous voici en train de rééditer la même histoire. Le même Bédié, celui qui inventa l'ivoirité, nous parle à nouveau de hold-up sur la Côte d'Ivoire.

Il nous parle sans avancer le moindre élément de preuve, de personnes à qui l'on confectionnerait des papiers dans la commune d'Abobo, certainement pour fausser notre future élection. Il nous parle également de ces étrangers que l'on a fait venir dans nos plantations et qui se sont installés à leur propre compte et agressent même les planteurs ivoiriens à qui ils disputent la propriété des terres. Et il conclut en affirmant que l'on fait en sorte que l'Ivoirien soit étranger chez lui, ce que les Ivoiriens « n'accepteront jamais ».

Pauvre peuple de Côte d'Ivoire qui ignore que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Les mêmes débats d'il y a plus de 25 ans ont refait leur apparition sur les réseaux sociaux.

On nous ressort les mêmes vieilles histoires pour nous démontrer que les autres pays sont pires que nous en matière de xénophobie. Notre pays est à nouveau en train de se diviser, et la haine pointe encore une fois le bout de son nez.

Des conflits intercommunautaires éclatent à nouveau un peu partout. Pauvres de nous !

On peut pardonner à nos enfants et petits frères de moins de quarante ans de ne pas savoir où ils mettent les pieds en engageant aujourd'hui ce débat nauséabond, mais certainement pas toi, Bédié !

On peut pardonner à ceux qui avaient mené ce débat il y a vingt-cinq ans de n'avoir pas su où il allait conduire le pays. Aujourd'hui personne ne peut dire qu'il ne le sait pas.

Venance Konan

  • 0

PDCI-RDA / Un véritable souci de méthode. Je m’attendais à quelque chose de plus costaud et carré pour un potentiel candidat à la magistrature suprême. Mais bon…

Source : Yves Roger Claver / Lu pour vous sur un forum du PDCI : La Conférence de Presse du PDCI / CR d’un néophyte. J’ai pris la conférence de presse en cours. J’avais essayé de la suivre via le net. Quasi impossible. Son exécrable. Pensais trouver mieux sur place. Malheureusement ce ne fut pas le cas.

Le premier sentiment qui se dégage c’est à priori une sorte de grande précipitation quant à l’organisation de cette conférence de presse. La conséquence immédiate était une piètre qualité d’écoute. Pour un sujet aussi important, c’était me semble-t-il, une des premières choses à gérer convenablement. Même installé à l’intérieur de salle de conférence, entendre ce qui était dit, relevait de l’exploit.

Pourquoi un tel rush qui se ressentait tant, dans l’organisation de cette conférence ?

À mon arrivée, une projection sur un écran se faisait. Le sujet l’orpaillage. Je reconnu des éléments de F24 que j’avais vus sur les réseaux. Un extrait du rapport de l’ONU sur l’orpaillage datant de 2014 ou 2015 fut également en projection. Ces infos, je les avais déjà lues et vues sur les réseaux sociaux. A priori rien de bien nouveau. Après la diffusion de ce rapide reportage, la parole fut donnée aux journalistes présents. 

 

Que pouvons-nous retenir ? 

L’orpaillage clandestin ?

Je ne sais pas si nous pouvons véritablement parler de clandestinité de cette activité dans la mesure où les installations vues à l’écran pour cette activité sont de l’ordre du visible. Du très visible. Du matériel fabriqué pour je crois, nettoyer les retours de terre ramenée des orpailleurs, pour sans doute séparer la matière première voulue de celle à rejeter. 

Des installations en file indienne. Difficile que des autorités locales, toutes confondues, n’en soient pas informées. On pourrait même penser que cela se fait forcément avec un certain aval.

Aval de qui?

Je ne saurai vous le dire. Certainement pas clandestin. Sur ces terrains d’exploitation du minerai, il semblerait qu’il y ait aussi bien des acteurs locaux que des non-locaux pour ne pas dire non-ivoiriens. Ces groupes seraient armés et instaureraient leurs propres règles. D’après les conférenciers, lorsque les populations locales ne sont pas armées, ce sont des groupes que nous appellerons ici étrangers qui étaient les véritables maîtres terriens. 

En usurpation. Une expropriation selon les règles du maquis. Ces expropriations, toujours d’après les conférenciers, se révèleraient plus délicates ou difficiles lorsque les populations locales étaient armées. Imaginez les conflits possibles et leur déroulé. Brrrrrr.... 

J’avoue être resté un peu perplexe quant à la banalisation des armes à feu sur ces territoires du pays. Notre pays. De la part aussi bien des groupes étrangers que des populations locales. Un peu comme on le verrait dans des westerns américains d’époque. La ruée vers l’or avec ses règles particulières. Aucun élément de preuves de ces assertions n’a été cependant fourni aux personnes assistant à la conférence. A priori ce serait un phénomène su de tous. Pas par moi à priori.

Les propos de HKB sur « les ivoiriens qui ne se retrouveraient plus chez eux », d’après les conférenciers faisaient référence à ces expropriations forcées.

Quid de la fraude sur la nationalité ? 

Je n’aurais pas appris grand-chose sur le sujet. Pas d’éléments de preuve fournis. D’après ce que j’ai pu comprendre, il y aurait des dénonciations de l’ONI sur le sujet. J’ai peut-être raté cette partie de l’intervention. Nous le saurons assez vite avec les retours qui seront faits. 

Le PDCI souhaiterait-il remettre en question les accords de la CEDEAO quant à la libre circulation et l’installation des populations étrangères? A priori non. Simplement, le PDCI voudrait un strict respect de ces accords. Je passe volontairement sur les questions relatives aux raisons de ces dénonciations aujourd’hui par le PDCI. Les réponses données étaient d’un grand flou. Politiciennes, je les qualifierai. Me suis éclipsé avant la fin de cette conférence de presse. Nous tournions visiblement en rond sur les raisons véritables de cette convocation de la presse. Pour résumer, le PDCI selon les conférenciers à le droit d’évoquer le vocable « étranger » sans pour autant être taxé de xénophobe ou être accusé de détester les étrangers. 

J’avoue avoir été surpris lorsque Mr Billon a laissé clairement entendre que le gouvernement devrait s’occuper des vrais problèmes des ivoiriens.

L’augmentation du prix de la viande de bœuf, du chômage est... au lieu de vouloir détourner le débat en taxant le PDCI de xénophobe ou nationaliste outrancier, pour résumer. Comme si, le lièvre qu’avait levé le président HKB était de moindre importance.

Permettez-moi de penser qu’une élection présidentielle truffée d’électeurs non nationaux ne paraît pas un simple petit problème.

Il fausse les volontés des nationaux d’un pays. Un pays dans lesquelles il faut une autorisation pour être porteur d’une arme à feu, ne peut logiquement pas laisser des groupuscules s’armer impunément. Il en va de notre sécurité à tous. Je trouve personnellement cette façon de vouloir minimiser ces sujets de la part du PDCI et de ses représentants à cette conférence, un peu incohérente. 

Pour être franc, je suis sorti cette conférence un peu dépitée. Comme si les vraies questions liées à l’acquisition frauduleuse de la nationalité ivoirienne, la sécurité des populations et aux éventuelles propositions du PDCI sur ces sujet, avaient été éludées. 

Pour quelles raisons? 

Insuffisance voire absence de preuves formelles?

Distraction?

Je n’en sais trop rien. Je garde de la part de Mr Billon et accessoirement d’une dame métisse ( casting métis pour casser l’idée d’un nationalisme exacerbé) dont j’ignore l’identité, avec qui se tenait cette conférence, un grand sentiment d’impréparation et d’amateurisme.

Un véritable souci de méthode. Je m’attendais à quelque chose de plus costaud et carré pour un potentiel candidat à la magistrature suprême. Mais bon, ça c’est moi avec mes idées de conférences de presse rondement menées et travaillées de la Maison Blanche ou de l’Élysée. Vues à la télé.

 

  • 0
S'abonner à ce flux RSS

30°C

Abidjan

Partiellement nuageux

  • 11 Avr 2016 32°C 27°C
  • 12 Avr 2016 32°C 27°C

Banner 468 x 60 px