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La maîtrise de la bataille politique, condition de la victoire du RHDP. (3ème partie.) et ( 4ème partie ) Par Alexis Dieth Rédacteur en chef / www.cedea.net

Spécial La maîtrise de la bataille politique, condition de la victoire du RHDP. (3ème partie.) et ( 4ème partie )  Par Alexis Dieth Rédacteur en chef / www.cedea.net

(3ème partie.)/

Comment répondre à la charge portée par l’opposition qui accuse le gouvernement d’avoir creusé la fracture sociale, de mener une politique plus soucieuse des intérêts sectoriels des multinationales que de la population ? Quelle réponse apporter à l’impatience d’une population qui désespère d’attendre les retombées sociales des fruits de la croissance ? Cette accusation partisane qui brode sur le thème de l’inhumanité d’un gouvernement « soumis » à « l’ordre marchand » et cette impatience de la population qui en appelle à une redistribution immédiate contestent tout bonnement la légitimité du choix gouvernemental qui donne la priorité à l’investissement économique sur la redistribution de type clientéliste. Ce choix qui ne sacrifie pas pour autant la redistribution de type économique doit donc être légitimé par la médiation de la démocratie de proximité. Expliquons-nous. L’une des problématiques fondamentales en démocratie représentative consiste à distribuer équitablement les ressources. Cette distribution qui commande le développement endogène est organisée par le couple investissement/redistribution du produit national.

Les économistes et les sociologues du développement insistent cependant sur le rapport dialectique subtil et délicat de ce couple. L’une des urgences qu’affrontent les démocraties naissantes africaines étant l’accumulation des ressources et la reconstruction des infrastructures, tâche nationale à laquelle ont failli la plupart des autocraties de l’après indépendance, la priorité revient naturellement à l’investissement. Le risque serait alors d’accorder un privilège excessif à cette dimension nécessaire du développement endogène au détriment de la redistribution. Ce déséquilibre met en danger la participation sociale et provoque des tensions qui risquent de conduire à la rupture du corps social. Inversement, une contre-offensive en direction de la redistribution peut affaiblir l’investissement, mettant alors en danger le développement. Grisée par l’euphorie du boom pétrolier qui l’avait incité à choisir accorder la priorité à la redistribution, augmentant de ce fait exagérément les salaires de la fonction publique, le Ghana vient d’en faire l’amère expérience (cf.http://economie.jeuneafrique.com/regions/afrique-subsaharienne/23073-crise-comment-le-ghana-en-est-il-arrive-la-.html. La problématique politique consiste pour cela à engager la population dans une démocratie participative, de telle sorte qu’elle fasse sienne cette tension des deux volets indispensables du développement. Elle est aussi de réussir à intégrer dans le projet national, les acteurs sociaux et les acteurs économiques qui ont des logiques différentes, les premiers désirant la redistribution, les seconds l’accumulation des ressources. En cet affrontement contradictoire des logiques, opposées mais complémentaires, de l’investissement et de la redistribution, la démocratie trouve sa raison d’être cardinale.

La démocratie de proximité doit être mise en œuvre pour résoudre le problème de l’intégration des acteurs économique et sociaux dans la politique de développement. La démocratie comme le souligne Touraine n’est en effet rien d’autre qu’un « système de gestion politique du changement social ». Le gouvernement opérera dans ce cas, comme acteur démocratique, en résolvant les crispations sociales par une politique d’attention aux particularités et à travers le dialogue social. Il opérera de même, comme acteur de développement, en gérant démocratiquement les tensions entre l’investissement économique et la participation sociale. Car le développement n’est aussi rien d’autre que « la gestion politique des tensions sociales entre l’investissement économique et la participation sociale ». Telle est en effet la fonction démocratique de la société politique. Son rôle est de médiatiser les tensions sociales par le dialogue et le compromis. En montrant ainsi que les tensions sociales et l’affrontement des intérêts sociaux et économiques sont la substance de la démocratie, il importe de souligner, que les adversaires du gouvernement ivoirien auraient grandement tort de prendre pour contestation révolutionnaire du nouveau pouvoir, les tensions sociales qui s’inscrivent dans la logique des mouvements de revendications sectorielles légitimes. A ces revendications démocratiques doivent donc être apportées des réponses politiques démocratiques et non pas sécuritaires et militaires.

Au temps du pouvoir FPI, ces manifestations, qui n’étaient que des mouvements sociaux frappés du sceau de la défense d’intérêts corporatistes légitimes, furent pourtant accueillies à coup de roquettes, de tirs blindés et de mitrailleuses lourdes. On déplora de nombreuses pertes inutiles en vies humaines, résultats de l’incompétence politique d’un pouvoir sans vision et sans programme, qui s’abîma dans le gouffre de la dictature. Le destin funeste du pouvoir FPI fut le résultat de son incapacité à inscrire le gouvernement dans la démocratie et à projeter le développement en articulant les deux termes de l’équation/investissement dans une logique de distribution des ressources en un monde de la rareté induit par la mondialisation des échanges. Ce destin funeste éclaire donc le problème politique que le pouvoir ivoirien actuel doit réussir à résoudre. Ce problème est celui de la méthode de gouvernement permettant de gérer démocratiquement la distribution des ressources. (A suivre 11 mai 2015 Alexis www.cedea.net

La maîtrise de la bataille politique condition de la victoire du RHDP en Octobre 2015. 4ème partie

A la différence de l’ex-pouvoir ivoirien dépourvu de vision et de clairvoyance économique et politique, la problématique centrale de la distribution des ressources a été clairement identifiée par le pouvoir ivoirien actuel. Le choix politique qu’impose cette problématique est allé à l’investissement. La question est alors de légitimer politiquement ce choix économique. Or cette légitimation ne peut se faire selon l’ancienne méthode de gouvernement des démocraties du passé qui consistait pour l’exécutif à administrer l’application verticale du choix technocratique d’un pouvoir central. Il importe au contraire de légitimer le choix du Pouvoir ivoirien conformément à la nouvelle méthode démocratique d’attention à la particularité. Celle-ci appelle les gouvernements à servir l’intérêt général en étant attentif aux situations individuelles et en traitant des cas particuliers.

Ce nouvel impératif de la démocratie de proximité intègre l’inclusion de toutes les parties prenantes et la discussion des règles justes au cœur des stratégies politiques du pouvoir. En Côte d’Ivoire l’équation de la distribution des ressources doit donc être politiquement résolue à travers la méthode démocratique d’attention à la particularité. Elle doit passer par le tamis de la discussion participative qui donne à chacun des partenaires sociaux et économiques l’impression d’avoir été entendu et écouté par un gouvernement proche et attentif aux vécus des populations. Le choix gouvernemental doit apparaître comme résultant des actes finaux d’un Pouvoir qui décide et choisi après avoir écouté et arbitré. Il faut faire entrer l’exécutif en démocratie. L’ancien pouvoir avait échoué à cette épreuve de la démocratie de proximité. Il en est resté à l’agitation brouillonne du populisme qui permet en réalité à un pouvoir démagogue de se tenir à distance des besoins réels du peuple. Le virage dictatorial de ce pouvoir démagogue ne fut que la chute du masque dont il s’était affublé pour tromper tout le monde.

Son opposition au pouvoir actuel demeure articulée par cette incapacité foncière. L’ancien pouvoir dénonce comme compromission l’inclusion et la participation politique partisane. Il continue de voir dans l’adversaire politique un ennemi! Fidèle en cela à son populisme natif, il échoue tout simplement à relever la gageure de la démocratie constructive, l’arc-boutant de la démocratie de proximité. Sa critique du pouvoir se mue en conséquence « en une stigmatisation compulsive et permanente des autorités gouvernantes jusqu’à constituer celles-ci en ennemies, radicalement extérieures à la société » comme le souligne Pierre Rosanvallon décrivant les formes pathologiques de la démocratie de surveillance. Il convient en cela de réunir, sous le registre du populisme, la série des critiques que les adversaires politiques du gouvernement, qui ont refusé jusqu’à ce jour de s’inscrire clairement dans la logique d’une opposition républicaine, mobilisent actuellement dans leur bataille politique leur unique carte contre le gouvernement ivoirien.

Nous avons déjà souligné, dans nos précédentes contributions sur ce sujet, que ce populisme, modulé sur les tempos de l’accusation de rattrapage ethnique, de la partialité de la CEI, de la dictature d’un gouvernement de l’étranger, était destiné à attaquer la légitimité politique du pouvoir actuel. La dernière offensive lancée par les évêques politiques ivoiriens, qui tendent à faire croire aux Ivoiriens qu’ils se trouvent en présence d’un Etat ennemi de Dieu et des lois primordiales du monde divin, constitue le sommet d’une offensive politique orientée vers la délégitimation temporelle et spirituelle du pouvoir actuel. Le gouvernement aurait tort d’ignorer la gravité d’une stratégie populiste qui montera crescendo jusqu’à la présidentielle en préparation à une contestation des résultats des urnes en cas de défaite. Face à cette attaque sournoise, le pouvoir ivoirien doit réussir à relever la gageure de la mutation démocratique de l’exécutif pour asseoir politiquement le choix du gouvernement quant à la combinaison du couple investissement/redistribution qui conditionne le succès du projet de développement endogène dans la durée. Mais en attendant, il devra parer efficacement la stratégie adverse de délégitimation politique.

Tel est le défi que le pouvoir actuel doit réussir à affronter. Il s’agit de réussir à instituer la politique de proximité comme culture de la démocratie ivoirienne. Pour y parvenir, il faut, en dépit d’une « opposition » qui se défausse, continuer obstinément à inclure politiquement toutes les composantes de la société civile, dans la diversité de leurs obédiences partisanes et idéologiques, dans une démocratie de proximité construite sur l’attention aux particularités. Cette mutation démocratique de l’exécutif consacrera la victoire politique du RHDP. Le pouvoir actuel apparaîtra, de ce fait, comme étant le contraire absolu d’un gouvernement technocratique indifférent au vécu réel du plus grand nombre. Il apparaîtra surtout comme étant l’antithèse radicale du populisme démagogique d’une oligarchie ventriloque qui réduit la proximité avec le peuple à son avalement pur et simple par l’Etat. (Suite et fin) 17 mai 2015

Alexis www.cedea.net Rédacteur en chef : Alexis Dieth

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Convention RHDP 2015
Dernière modification ledimanche, 17 mai 2015 16:01
Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

Site internet : www.addl-association.info
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