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La maîtrise de la bataille politique, condition de la victoire du RHDP en Octobre 2015

En dehors de tout parti pris idéologique ou affectif, le souhait  du  bon sens commun est que le candidat du RHDP remporte l’élection à la Présidentielle d’Octobre 2015 pour une raison toute simple : le bilan économique social et politique du FPI et de ses alliés en dix ans de pouvoir a été catastrophique et terrifiant. Battu dans les urnes en décembre 2010, le FPI a pourtant refusé de s’amender politiquement. Il a refusé de se livrer à une autocritique pour repenser et redéfinir ses objectifs politiques et économiques afin de les réorienter selon une perspective républicaine. Il a refusé de jouer sa partition dans la production du bien commun et du service de l’intérêt général. Il s’est arc-bouté sur un refus irrationnel global du gouvernement élu arguant jusqu’à ce jour, contre tout bon sens politique, avoir été exproprié d’une imaginaire victoire. Le FPI demeure, dans la mémoire de la majorité des Ivoiriens, comme un épouvantail effrayant auquel sont associées les images de violence, de guerre  de mort, de corruption, de brutalité, d’intolérance, de division, de  dictature, de régression économique, sociale et politique, de médiocrité et d’incompétence. Son prétexte d’avoir été empêché de gouverner et d’appliquer son programme par des rebellions et des séditions organisées par des puissances hostiles ne saurait nullement être reçu. Car confronté lui aussi, aux mêmes moments,  à des rebellions militaires et aux violentes manifestations de l’opposition, l’ex-président défunt vénézuélien Hugo Chavez, qui se réclamait lui aussi du socialisme, avait réussi contrairement au FPI, à mettre en œuvre une politique sociale dont les effets se firent ressentir sur l’accroissement du niveau de vie des populations les plus pauvres. Cette politique eut néanmoins ses limites en raison d’une redistribution clientéliste du produit national, d’un investissement problématique et quasi inexistant. Relativement à ce pedigree peu flatteur du FPI et de ses alliés réunis dans une coalition d’opposition, il est donc tentant de considérer que le bilan économique du nouveau gouvernement assurera sa victoire à l’élection présidentielle d’Octobre 2015. Ce serait une grave erreur. Car en démocratie électorale représentative, une élection est un choix subjectif  qui n’est pas seulement déterminé  par les intérêts bien compris des électeurs. L’élection est aussi guidée par leurs opinions, les représentations et les images qu’ils se font du pouvoir en place. L’avantage économique d’un camp n’assure donc guère sa victoire électorale dans une présidentielle, comme en témoigne la défaite cinglante inattendue de Lionel Jospin en France en 2002, malgré un bilan économique flatteur. La victoire électorale en démocratie résulte de l’addition de la victoire économique avec la victoire politique. Il faut maîtriser à la fois la bataille économique et la bataille politique. La maîtrise de ces deux termes de l’équation électorale est d’autant plus essentielle que dans l’habitus africain, à la différence de l’habitus occidental, le politique détermine l’économique et non le contraire. Telle est la raison fondamentale pour laquelle les adversaires du gouvernement s’attachent à récuser sa prétention à fonder sa légitimité sur son bilan économique. Telle est l’une des raisons pour lesquelles, ils  dénigrent les succès  économiques du gouvernement et transportent la compétition électorale de la présidentielle sur le champ politique. On pêcherait  ici gravement à croire que cette opposition cacophonique, confrontée comme au Togo à des querelles de leadership, chemine en ordre dispersé, sans cap. Tout laisse à penser, au contraire, qu’une idée directrice organise ses attaques. La stratégie du FPI et de ses alliés, réunis dans une coalition d’opposition, est de saper l’image politique du gouvernement relativement aux nouveaux réquisits de la démocratie, afin de redorer leur propre image pour reconquérir l’opinion publique. Ils ciblent la légitimité politique du gouvernement en vue de la détruire. Ils accusent, pour ce faire,  le gouvernement ivoirien de partialité, afin d’accréditer l’idée de sa faillite quant au réquisit d’impartialité, nouvel impératif démocratique. A ce travail de sape répond la mobilisation de la thématique de la justice partiale ; de la CEI favorable au pouvoir, d’une cour constitutionnelle instrumentalisée selon eux  en vue de l’élection présidentielle. Ils accusent le pouvoir d’avoir monopolisé les institutions pour accréditer l’idée de sa faillite quant au réquisit démocratique de pluralisation des lieux de décision. A ce travail de sape répond la mobilisation de la thématique du rattrapage ethnique, du monopole ethnique des postes de la haute administration et de l’armée. Ils accusent le gouvernement ivoirien d’être indifférent au sort des populations pour accréditer l’idée de sa faillite relativement à la nouvelle exigence démocratique de compassion. A ce travail de sape répond la mobilisation de la thématique de la cruauté et de l’inhumanité du pouvoir, thématique qui attaque sur ce registre, la réalisation économique phare du RHDP, le Pont Henri Konan Bédié. Ils accusent le Pouvoir d’être éloigné des préoccupations des populations pour accréditer l’idée de sa faillite quant au réquisit de proximité. A ce travail de sape répond la mobilisation de la thématique de la vie chère, du gouvernement de l’étranger et de la Présidence de l’Etat par un technocrate froid, délégué par les institutions financières internationales et à la solde des intérêts du capitalisme financier contre la Côte d’Ivoire profonde. Le FPI et ses affiliés accusent donc le gouvernement de désapproprier les populations ivoiriennes pour le mettre en porte-à faux avec l’exigence démocratique d’appropriation sociale des pouvoirs. Pour répondre à ce travail sournois de sape, qui joue sur le terrain de l’imaginaire en un registre où l’ex-régime dispose d’une expertise incontestable, à savoir celle de la manipulation de l’opinion par la propagande, la campagne présidentielle du RHDP doit donc être configurée de manière concrète, relativement à la thématique de l’appropriation sociale du pouvoir.

Comment répondre efficacement à un tel travail de sape ?

Il ne suffit pas d’opposer aux accusations d’inaccomplissements démocratiques proférées par le FPI et ses alliés envers le gouvernement, leurs propres inaccomplissements démocratiques attestés par la régression multiforme de la Côte d’Ivoire entre 2000 et 2010. Il ne suffit pas d’opposer l’incompétence économique et politique de l’ex-président et de son régime  à la compétence économique du Président actuel pour emporter le suffrage de la majorité des Ivoiriens. On tomberait dans un défaut contre-productif à célébrer les performances économiques du gouvernement comme réalisations d’un démiurge doté de pouvoirs surnaturels. Il faut abroger de la campagne présidentielle du RHDP le syndrome africain du culte de la personnalité, du démiurge aux pouvoirs surnaturels. Il faut éviter de réduire la campagne présidentielle du candidat du RHDP à la célébration griotique des pouvoirs démiurgiques d’une personne hors du commun. Cette tonalité accréditerait la stratégie du camp Gbagbo qui tente d’instiller dans l’opinion publique l’idée que la bataille électorale du candidat du RHDP est celle d’une personne désireuse conserver le pouvoir au moyen du tristement célèbre « On gagne ou on gagne » qui fut son propre leitmotiv en 2010. Que faire donc concrètement pour emporter, avec assurance, le suffrage de chaque électeur dans l’isoloir des bureaux de vote en Octobre 2015? (A suivre).

 Par  :Alexis Dieth, Docteur en philosophie de l’Université de Poitiers, est chercheurà Vienne (Autriche)Spécialiste de la philosophie morale et politique de Kant.

Rédacteur en chef  http://www.cedea.net

 

Dernière modification lemardi, 28 avril 2015 07:23
Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

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