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Par / Pierre Aly SOUMAREY : Le PDCI de DAOUKRO (celui-ci n’a plus rien à voir désormais avec le PDCI-RDA d’Houphouët-Boigny dont il a trahi les principaux idéaux)

Spécial Par / Pierre Aly SOUMAREY :  Le PDCI de DAOUKRO (celui-ci n’a plus rien à voir désormais avec le PDCI-RDA d’Houphouët-Boigny dont il a trahi les principaux idéaux)

« Les derniers propos du Président Henri Konan Bédié interpellent notre conscience collective. »

J’ai longtemps hésité à réagir aux derniers propos du Président Bédié, parce que je ne souhaite pas participer à leur publicité. J’avais déjà dit précédemment qu’il s’était discrédité moralement et disqualifié politiquement en laissant prospérer au sein du PDCI de Daoukro (celui-ci n’a plus rien à voir désormais avec le PDCI-RDA d’Houphouët-Boigny dont il a trahi les principaux idéaux) un ensemble de discours de forme ethno-nationaliste, xénophobe et populiste.

Par ce silence approbateur et cette attitude compromettante, on pouvait le soupçonner d’adhérer à nouveau à la version politique de l’idéologie ivoiritaire dont il est l’initiateur du reste. Finalement, l’histoire le rattrape, en confirmant par des actes de langage positifs sa position à travers ses dernières déclarations. Emmuré dans un système de pensée qui s’oppose au rassemblement de tous les fils de la Côte d’Ivoire et dessert la paix, contrairement à l’humanisme social et à la philosophie politique du Président Houphouët-Boigny, le Président Henri Konan Bédié se trompe d’époque, de stratégie et de vision.

L’idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes ethniques en Côte d’Ivoire suivant l’antériorité de leur implantation sur son territoire, nie la dynamique de l’histoire des migrations et la sociologie de la carte culturelle des populations qui le peuplent, en la fixant artificiellement à la post-colonialité, aux seules populations présentes sur le territoire conformément au tracé des frontières coloniales, au moment du transfert des compétences de “souveraineté” auxdites populations (accession à l’indépendance). Cette compréhension est d’une part erronée, car l’histoire ne se fige pas à cette date, elle ne s’arrête pas à cet instant, et d’autre part, dangereuse, parce qu’elle inspire un comportement de mépris à l’endroit de certains groupes ethniques venus tardivement sur son territoire et nourrit un complexe de supériorité chez d’autres, alors qu’en réalité il n’en est rien objectivement sur un plan strictement scientifique.

Ce concept globalisant mal fondé, mal compris et surtout instrumentalisé par des politiques faillis, peut conduire des esprits faibles, ignorants et haineux, dans un pays comme la Côte d’ivoire, où le taux d’analphabétisme est encore très élevé (43 %) à fabriquer des préjugés, des stéréotypes et des rumeurs défavorables à l’égard des étrangers internes (allogènes) et externes (extra-nationaux), sur la simple base d’une différence de mœurs, d’appartenance politique, d’origine géographique, d’époque d’installation, ou encore d’une homonymie lexicale de patronymes, alors que la notion de nationalité est exclusivement juridique et que la notion d’identité est strictement culturelle.

L’identité d’un individu est celle définie sur sa Carte d’Identité Nationale, selon les mentions qui y figurent, et rien d’autre, et le caractère commun de toutes ces individualités est d’abord la nationalité Ivoirienne. Le lieu géographique de naissance (village comme on dit chez nous) et la filiation (de père et de mère ivoiriens) sont secondaires, pour parvenir à définir la nationalité d’un individu. (Exemple BOLI Basile, est né à Abidjan, appartient à l’ethnie Béthé, mais est Français).Toute autre définition de l’identité ivoirienne est inopérante, et le Code de la Nationalité, voté par la représentation nationale, prévoit plusieurs conditions et modes d’acquisition de la Nationalité.

Dès lors, les critères xénophobes de la nationalité sont très restrictifs, réducteurs et déformateurs de la réalité. Toute autre démarche constituerait la négation des autres liens (juridiques, culturels, géographiques et historiques) que nous pouvons avoir en commun avec ces personnes stigmatisées d'”étrangers”, et nierai notre histoire commune avec des peuples voisins, qui ne formaient naguère qu’une seule entité socio-culturelle. Exemple: un mongole d’origine mongolienne par filiation, né en Côte d’Ivoire, n’ayant du reste rien à voir avec la Mongolie, qui a acquis la nationalité ivoirienne, et qui a pour univers culturel et pour cadre de vie la Côte d’Ivoire, est Ivoirien au plan juridique, culturel, géographique et de son histoire, de notre histoire commune avec lui. 

Exemple Sam l’Africain, Barack Obama de père Kenyan, hier Duvallier en Haïti d’origine martiniquaise, ou encore plus près de nous, le nouveau ministre de la forêt du Gabon, Lee White, britannique d’origine, naturalisé gabonais en 2008. Nous avons changé d’époque et de monde. De nombreux Ivoiriens ont la nationalité d’autres pays. D’où nous vient notre réticence aux évolutions du temps, notre volonté passéiste et d’immobilisme.

De la même manière, le Baoulé en pays Wê n’est pas étranger, pourtant il connait aussi des conflits fonciers. Le Wê en pays Sénoufo n’est pas étranger, et vice versa et ainsi de suite. Un Coulibaly, un Koffi, un Doh ont des patronymes qu’on retrouve dans des pays voisins parce qu’ils ont la même histoire, la même culture, et peut-être la même origine lointaine. Il n’y a pas de début absolu en matière de migration et les peuplements se font à raison de ce mouvement continu. Preuve les Yacouba (venant de YACUB en langue sémitique, pour dire JACOB) ont une origine juive, en tant que afro-descendant de la tribu des Dan (dannite) ou encore l’existence d’une diaspora Africaine ou des Ivoiriens de l’étranger.

Au plan sociologique le concept de l’ivoirité dans sa version politique et populiste, est pernicieux et xénophobe en considération de son discours implicite et de son influence sur les instincts grégaires, qui tend ” …à désigner de façon injustifiée l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil et à le tenir à l’écart de celle-ci, que l’étranger soit au loin et ou susceptible d’y venir, ou y est déjà arrivé ou encore y soit depuis longtemps installé” (J. Valluy, “Rejet des exilés – Le grand retournement du droit de l’asile”, Éditions Du Croquant, 2009. P. 2.).

Autrement dit, ce discours véhicule techniquement dans le subconscient collectif des représentations implicites, des associations, des imaginaires et une charge psychologique qui entrainent des préjugés négatifs (idées d’agression, de dépossession, d’envahissement et de criminalité), des discriminations dans les actes quotidiens de la vie communautaire nationale (conflits inter-communautaires, réticences à des unions), des accusations infondées ( exemple il y a des Ivoiriens impliqués dans les activités clandestines de l’or et du diamant, en tant qu’acteurs et complices). 

En effet, cette situation est grave lorsque de tels discours sont tenus par des partis de gouvernement, des élites morales et intellectuelles, des leaders politiques et d’opinion dans un pays. Lorsque l’ethno-nationalisme et la la xénophobie deviennent les éléments centraux d’un discours politique, de la vie nationale, ils ouvrent la perspective d’un programme gouvernemental, plus ou moins avoué à mettre à place dans l’éventualité d’une élection gagnante. 

L’histoire nous a démontré l’existence effective de ces “pratiques et attitudes” en Côte d’Ivoire, sous différents gouvernements, notamment sous celui du PDCI de Daoukro et du FPI, aux fins d’un succès populaire, de conquérir ou de conserver le pouvoir. L’ostracisme et la catégorisation ethnique qui en découlent s’accompagne d’une dévalorisation symbolique des populations concernées. Ce sont celles-ci qui ont été contestées et ont permis à la révolte qui en a résultée de s’organiser sous la forme d’une rébellion armée. Ensuite, nous avons fait rentrer dans le champ politique toutes sortes de justifications intellectuelles et théoriques, pour tenter de justifier l’injustifiable, mais le tort était hélas déjà fait. 

C’est pourquoi nous ne devons pas jouer avec le feu, sinon les phénomènes dénoncés par le Président Bédié (l’orpaillage clandestin avec toute son économie mafieuse, ses méfaits sur les mœurs, l’écologie et la santé publique; ainsi que la fraude à la nationalité avec sa corruption, son commerce lucratif et ses implications politiques) sont réels, mais ne datent pas d’aujourd’hui, ni de 2011.

Pourquoi ne les a-t-il pas combattu ainsi que ses “alliés” d’aujourd’hui quand ils étaient au pouvoir ?

Pourquoi ne les a-t-il pas dénoncé quand il était le tout-puissant PCA du pays et au RHDP ?

Qu’est-ce qui explique objectivement que c’est toujours dans certaines configurations socio-historiques, socio-politiques, seulement que la xénophobie réinvestit le registre du langage politique ivoirien et tend à redevenir le point focal de la vie politique ?

Deux choses : la manipulation et la mauvaise foi.

Ces phénomènes sont plus complexes qu’il ne les décrit et ne sont pas le fait uniquement de l’étranger.

Pour finir avec cette thématique frelatée de l’ivoirité, il faut dire la nouvelle version politique qu’il introduit en cette circonstance, a le mérite de faire se rencontrer, frères jumeaux, le PDCI de Daoukro et le FPI-Canal historique. C’est une ligne de démarcation et un programme commun. 

Pour revenir à l’aspect juridique, qui me paraît essentiel dans le traitement de cette affaire, le Président Bédié affirme au moins cinq choses dans sa déclaration :

1) – L’entrée clandestine et le stockage d’armes de guerre sur le territoire national. 

2) – La volonté des étrangers de déposséder les Ivoiriens de leurs biens, notamment de leurs terres

3) – La distribution frauduleuse et massive de la nationalité à des non ayant-droits.

4) – La complicité ou l’implication du Gouvernement dans l’accomplissement de ces actes faisant courir un risque et une menace à la communauté nationale.

5) – L’invitation lancée aux Ivoiriens de ne pas accepter cela et de se tenir prêt à se mobiliser et à répondre à ses mots d’ordre le moment voulu, pour un soulèvement populaire en vue d’un changement par la force et le désordre public.

Premièrement, les propos xénophobes sont constitutifs d’une violation des droits de l’homme et réprimés, comme tels au même titre, que les attitudes racistes et discriminatoires, par la Loi Ivoirienne qui interdit toute forme de discrimination fondée sur la race, le sexe, la religion, l’origine ou l’ethnie (Cf. Constitution Art.4, mais également l’Art. au regard la reconnaissance de la personnalité juridique des individus. 

Par ailleurs, la déclaration et le programme d’action de Vienne admis par l’Assemblée générale des Nations unies en 1993, au visa de son Article 15, indique que « Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales sans distinction aucune est une règle élémentaire du droit international en la matière. Dès lors, l’éradication de ces comportements et propos est une tâche prioritaire de la communauté internationale qui invite instamment tous les gouvernements nationaux à prendre des mesures fermes et efficaces pour les prévenir et les combattre. 

A ce titre le Président Bédié, contre qui je ne nourrit aucune hostilité, devrait faire l’objet d’une procédure compte tenu de son statut, visant à l’entendre sur la responsabilité pénale des propos qu’il a tenu.

Deuxièmement, dans la mesure où les faits visés dans la déclaration du Président Bédié sont passibles de sanctions judiciaires de la part des commettants et de leurs complices, il s’agirait de dénonciations calomnieuses, si les faits étaient totalement ou partiellement inexacts.

Dès lors, le Gouvernement doit inviter l’intéressé à démontrer la véracité de ses déclarations, sous peine de plainte et de sanction, fusse-t-elle symbolique.

On ne peut pas accuser un Gouvernement de faits aussi graves sans en avoir la moindre preuve, et le Gouvernement ne peut pas se contenter seulement de taxer l’intéressé de xénophobe, sans s’expliquer sur l’inexactitude des faits qui lui sont reprochés, ou plus exactement sans démontrer à l’opinion publique, qu’il combat ces phénomènes et n’y est nullement associé, de près ou de loin. 

Troisièmement, l’incitation à la haine et au trouble à l’ordre public sont condamnés par notre Code Pénal. Certaines personnalités ont été poursuivies pour ces motifs.

La loi n’étant pas individuelle, sélective et variable, il convient de la mettre en œuvre dans le cas qui nous occupe. Il faut des symboles forts et des signaux clairs à envoyer à la société, pour bien montrer qu’il n’y aura pas d’impunité et d’irresponsabilité politique dans la perspective de 2020, afin que la dissuasion joue pleinement et que faute de raison, que les velléités incendiaires soient brisées très tôt pour préserver la paix publique.

Il est temps que la société politique soit responsabilisée, car nous avons connu une crise qui a fait près de 20.000 morts sans responsables au sens juridique du terme et cela doit s’arrêter. 

Il s’agit bien évidemment en ce qui concerne le Président Bédié d’envisager une procédure symbolique pour aboutir à un rappel à la Loi et calmer ses ardeurs, alors qu’il y sera représenté par son conseil. La haine, le désordre et la violence ne constituent pas un horizon viable pour un peuple. 

Pierre Aly SOUMAREY

Dernière modification lejeudi, 13 juin 2019 11:31
Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

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