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Adama Diomande

Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

URL du site internet: http://www.addl-association.info

"Le Président Alassane Ouattara a, à priori, parfaitement raison, de déclarer que la nouvelle Constitution l'autorise à se présenter à un nouveau mandat"

Par / SOUMAREY Pierre Aly /  (En l'absence de telles dispositions spéciales et expresses, le Président Alassane Ouattara a, à priori, parfaitement raison, de déclarer que la nouvelle Constitution l'autorise à se présenter à un nouveau mandat, dans le sens qu'elle ne s'oppose pas à une nouvelle candidature de sa part. C'est un fait incontestable qui résulte de l'analyse textuelle de la Constitution. Cette approche de la question est soutenue par la théorie selon laquelle la norme la plus récente abroge la plus ancienne. Dès lors, il n'y a plus renouvellement de mandat, mais nouveau mandat. Il peut donc se représenter en 2020 s'il le souhaite. La société Ivoirienne évolue. Ses exigences sont de plus en plus fortes. Cependant, il n'est ni dans l'intérêt des gouvernants qu'un discrédit général frappe les institutions, ni dans celui des gouvernés que l'insécurité gouverne les rapports juridiques. Il n'est pas bon non plus que la Constitution soit toujours au cour des crises en Côte d'Ivoire (insuffisance de clarté, subsistance de conflit entre les normes, pièges et volonté politique d'instrumentalisation). 

Ado peut-il se porter candidat à l'élection présidentielle de 2020? Pierre Soumarey - Publié le: 31-10-2019 - Mise-à-jour le: 31-10-2019 - Auteur: Pierre Soumarey

 *** 1 - L'article 183 relatif à la continuité législative ne fait pas obstacle aux dispositions de la Constitution elle-même. 

 Cet article stipule : «la législation actuellement en vigueur en Côte d'Ivoire reste applicable, sauf l'intervention de textes nouveaux, en ce qu'elle n'a rien de contraire à la présente Constitution ».La conservation par reconduction des lois n'entrant pas en contradiction avec la nouvelle Constitution, ne veut nullement dire conservation des anciennes dispositions constitutionnelles. La Constitution et la Loi appartiennent à des ordres et des domaines différents, consacrés par deux principes, d'une part la hiérarchie des normes qui organise l'état de droit à travers une conception qui hiérarchise les normes, et d'autre part, le principe de constitutionnalité en vertu duquel les dispositions constitutionnelles d'un État constituent la norme suprême au sein de son ordre juridique. Dès lors, les dispositions de l'ancienne et de la nouvelle Constitution ne sont pas concernées par cette disposition finale qui vise expressément dans son objet les Lois ordinaires et uniquement elles. On ne saurait outrepasser cet objet limitatif et précis. En effet, le régime d'éligibilité du Président de la République relève de la Constitution et non de la Loi ordinaire. Son respect obligatoire, s'impose non seulement à tous les sujets de droit (Citoyens, Institutions, Juges) en tant que norme au-dessus de toutes les normes dans la hiérarchie des normes, mais aux autres normes qui viennent y puiser leur légalité. Elle établit les règles qui organisent les Institutions, dont celle du Président de la République et de l'État. Or, la Loi visée par l'article 183 n'a pas compétence dans ce domaine. Dès lors, pour examiner cette possibilité d'un troisième mandat, il nous faut recourir au principe de la continuité de l'État, autrement dit aux matières traitées par la Constitution, à savoir l'organisation des pouvoirs, des institutions et de l'État. Il est convient enfin d'observer qu'en en adoptant par absurde l'argument d'un obstacle découlant de l'article 183, il est stipulé que dans le cas d'une intervention d'un texte nouveau, contraire au texte ancien, la continuité disparaît au profit du nouveau texte. Dès lors, nous avons affaire à l'entrée en vigueur d'un nouveau texte autonome, qui ne saurait être lié à l'ancien. C'est précisément le cas d'espèce puisque les conditions d'éligibilité du Président de la Républiques sont totalement différentes des dispositions précédentes : « ...Il choisit un vice-Président de la République, qui est élu en même temps que lui. Le candidat à l'élection présidentielle doit jouir de ses droits civils et politiques et doit être âgé de trente-cinq ans au moins. Il doit être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d'origine.». Aucune de ces dispositions de l'article 55, n'est identique à celles de l'article 35, qu'il remplace dans l'ancienne Constitution. Elles ne sont pas substituables. Dès lors, l'alinéa 1, ne saurait suffire pour s'en prévaloir au titre d'un prolongement ou d'une reconduction des effets de l'ancienne Constitution.

2 - La Constitution de 2016 instaure un nouvel ordre juridique qui s'oppose à la continuité de l'ancien ordre. 

 « Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct . Il n'est rééligible qu'une fois... ».Les dispositions de l'ancienne Constitution auront produit tous leurs effets et seront sorties de notre ordonnancement juridique en 2020. Autrement dit, elle ne sont plus aptes à en produire d'autres. Nous sommes dans la théorie selon laquelle la nouvelle norme abroge l'ancienne. La nouvelle constitution formellement adoptée par voie référendaire, conformément aux modalités prévues par l'ancienne Constitution au regard des matières qui y sont traitées (élection du Président de la République) ne saurait être une nouvelle constitution au sens matériel du terme, si toutes ses dispositions n'étaient pas effectivement appliquées. Or, elle est la volonté du constituant originaire, le seul organe dans une République, qui a compétence constitutionnelle. Autrement dit, aucun individu, aucune section du peuple, aucune Institution, ne peut aller contre la volonté du peuple, pris dans son ensemble , telle que exprimée à travers le corps électoral. Il y a eu changement formel du texte constitutionnel et non modification, dès lors, celui-ci entraîne un changement dans son application conformément aux nouvelles dispositions qu'il contient. Or, celles-ci disent clairement dans le régime d'éligibilité et inéligibilité du Président de la République, que celui-ci peut prétendre à deux mandats, sans prononcer d'exclusion ou de limitation ou encore de disqualification, par référence aux éventuels mandats qu'il aurait pu exercer antérieurement ou qu'il a effectivement exercé au titre de l'ancienne Constitution. 

3 - Le silence du régime d'éligibilité et inéligibilité et la portée des dispositions de l'Article 55. 

 L'article 55 est une disposition normative impérative et expresse, dont la « juridicité » et le caractère obligatoire ne sont point discutables. Dès lors, nous devons strictement nous en tenir à son énoncé, pour éviter de se retrouver dans le champ de l'indétermination. La Méthode consistant à interpréter le silence de cet article sur le passé (ordre juridique appartenant à l'ancienne Constitution) est un raisonnement juridique basé le plus souvent sur la subjectivité du sujet, plutôt que sur l'objectivité matérielle du texte. Il n'obéit pas à la rationalité juridique. Il ne s'agit pas de susciter, dans la mesure du possible, une adhésion à telle ou telle vision ou compréhension, mais de respecter tout simplement les termes univoques d'un texte explicite de caractère obligatoire. La question juste et rationnelle est: que dit exactement les textes ? Il ne s'agit ni d'opinion, ni de réaction, encore moins de sentiment et de souhait, mais de faits, seulement de faits.On peut lui opposer le principe de clarté, dont le défaut peut créer un désordre normatif, une crise socio-politique et une menace pour l'état de droit, en raison d'une crise de confiance institutionnelle et une crise de la loi. C'est la qualité de l'écriture du texte qui est en cause, mais pas la possibilité de briguer un troisième mandat. Il ne faut pas se tromper de débat. La critique doit porter sur un point de nature totalement différente : l'insuffisance du texte. En effet, celle-ci n'édicte pas dans ses conditions d'éligibilité et d'inéligibilité, ni que les personnes qui ont bénéficié précédemment de deux mandats continus, ne sont pas éligibles, ni qu'il est impossible pour une même personne d'assurer successivement sans discontinuité, plusieurs mandats au-delà de deux mandats. Il n'y a donc aucun rapprochement direct, aucun pont entre les deux normes sous cet angle. Elles sont totalement indépendantes, parce que la nouvelle norme ne prend nullement en compte le passé. Elle ne s'y réfère pas, et ne l'évoque aucunement. Autrement dit, elle ne se préoccupe pas de savoir si les candidats ont exercé ou pas plusieurs mandats sous la régime de l'ancienne norme, et les traite tous à égalité sans distinction. Dès lors, cette carence est confortée par la levée de la limitation d'âge, qui ouvrent de plus fort les portes à une nouvelle candidature du Président OUATTARA. Cependant qu'en est-il dans le régime transitoire ?   

4 - Le silence du régime transitoire et la règle de la continuité de l'État. 

Les dispositions transitoires ont vocation à remplir un double rôle : organiser la rupture entre l'ancienne norme et la nouvelle norme et garantir la sécurité juridique. On ne se débarrasse jamais de manière totale, des sédiments de l'ancien ordre juridique, dont hérite le nouvel ordre qui lui succède. Il existe un cordon ombilical, des passerelles, des amortisseurs dont les modalités sont organisées par la norme transitoire pour assurer le continuité de l'État sans bouleversement et sans friction . C'est la règle de la continuité de l'État.  Le régime transitoire a pour fonction d'assurer en amont la résolution des conflits qui pourraient apparaître dans le temps, du fait de l'existence de deux normes contradictoires ou concurrentes, et de résoudre les problèmes qui pourraient surgir du fait de la succession des ordres ou qui relèvent d'une situation exceptionnelle liée à l'un des ordres. C'est le cas de l'amnistie de la rébellion dans l'ancienne Constitution. Il existe plusieurs théories pour résoudre les conflits qui peuvent surgir lorsque deux normes portant sur le même objet, entrent en compétition ou s'excluent mutuellement. Or, on n'est pas en face d'un conflit entre normes, ni en face d'une rupture brutale de normes. Dès lors, le régime transitoire n'a pas jugé utile d'organiser la succession des normes, considérant qu'il sortait du champ traditionnel de son rôle. Il peut lui être reproché d'avoir omis de le faire, car il aurait pu ou du préciser, c'est selon, par exemple, que compte tenu que le mandat présidentiel issu de l'ancienne norme a été renouvelé, dans des termes identiques à celles de la nouvelle norme, qui prévoient toutes les deux la même limitation, il sera considéré exceptionnellement que celui-ci ayant consommé le bénéfice des dispositions de l'ancienne norme, qu'il ne serait pas équitable et conforme à la volonté populaire, qu'il puisse en bénéficier une seconde fois au titre de la nouvelle. Dès lors, la limitation prévue dans la nouvelle norme, s'applique à lui dans les mêmes conditions que l'ancienne. Peu importe la formulation ou la terminologie utilisée, c'est l'esprit et la portée qui importent ici.

Conclusion   En l'absence de telles dispositions spéciales et expresses, le Président Alassane Ouattara a, à priori, parfaitement raison, de déclarer que la nouvelle Constitution l'autorise à se présenter à un nouveau mandat, dans le sens qu'elle ne s'oppose pas à une nouvelle candidature de sa part. C'est un fait incontestable qui résulte de l'analyse textuelle de la Constitution. Cette approche de la question est soutenue par la théorie selon laquelle la norme la plus récente abroge la plus ancienne. Dès lors, il n'y a plus renouvellement de mandat, mais nouveau mandat. Il peut donc se représenter en 2020 s'il le souhaite. La société Ivoirienne évolue. Ses exigences sont de plus en plus fortes. Cependant, il n'est ni dans l'intérêt des gouvernants qu'un discrédit général frappe les institutions, ni dans celui des gouvernés que l'insécurité gouverne les rapports juridiques. Il n'est pas bon non plus que la Constitution soit toujours au cour des crises en Côte d'Ivoire (insuffisance de clarté, subsistance de conflit entre les normes, pièges et volonté politique d'instrumentalisation). En conséquence, la Constitution et les lois qui en découlent pour en assurer l'expression, doivent avoir pour vocation première d'enregistrer et de traduire la volonté nationale, en l'encadrant et en la codifiant fidèlement, pour éviter de renforcer le fossé entre la société politique et le peuple ou de creuser davantage le décalage entre la mentalité ou l'opinion majoritaire de la société et les lois qui la gouvernent. Pareille situation ne peut que déboucher sur des tensions sociales et politiques que le droit ne sera plus en mesure de résorber, en raison des inadéquations précitées. Mais alors pourquoi présumer de la volonté populaire ? Comment la mesurer et l'exprimer, sinon en lui donnant à nouveau la parole en 2020, pour lui permettre de préciser sa volonté dans l'urne. Si le peuple ivoirien dans sa majorité veut du Président Ouattara il votera pour lui, s'il n'en veut plus, il ne votera pas pour lui. Le suffrage universel est la seule source du pouvoir, et non le Droit, comme on a pris la mauvaise habitude pour y accéder ou le conserver en Côte d'Ivoire.

SOUMAREY Pierre Aly

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LE MINISTRE KOBENAN KOUASSI ADJOUMANI En venant au Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, il est vrai que j’ai une feuille de route claire, des orientations claires et des objectifs clairement définis par SEM Alassane Ouattara,"

LE MINISTRE MAMADOU SANGAFOWA COULIBAL Le jugement de l’histoire qui est le plus implacable, pour qu’il soit complet, il importe que les chantiers en cours soient conduits à leurs termes et que ceux achevés soient consolidés.
Monsieur le Ministre, c’est en cela que nous voudrions compter sur vous. Vous qui, fort heureusement, bénéficiez en ce moment d’une totale confiance du Président de la République et du Premier Ministre, aurez certainement les coudées franches pour accélérer la mise en œuvre de ces différents chantiers et consolider les acquis.

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Il s’agit de manière générale, du suivi de la mise en œuvre du Programme National d’Investissement Agricole -PNIA2 et plus spécifiquement:
- de la mise en œuvre du projet structurant des agropoles qui couvre tout le pays ;
- de la Bourse des Matières Premières Agricoles dont nous avions prévu, sous l’égide du Président de la République, l’ouverture en Avril prochain ;
- du projet de mécanisation accélérée de notre agriculture dont le lancement est prévu, sous la présidence de Son Excellence Monsieur le Président de la République, au prochain SARA avec la mise à disposition des filières de tracteurs ;
- de l’accélération de la mise en œuvre de la politique foncière rurale, maintenant que la loi sur le foncier rural a été modifiée, le cadre institutionnel réformé pour faciliter sa mise en œuvre et que les financements sont disponibles ;
- du projet SOJA en cours dont l’inauguration était prévue le week-end prochain ;
- du projet de réforme structurant de notre système de formation professionnelle agricole comportant des fermes du futur pour l’avènement d’une nouvelle génération de producteurs. Monsieur le Ministre,
La liste est loin d’être exhaustive.

LE MINISTRE KOBENAN KOUASSI ADJOUMANI En venant au Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, il est vrai que j’ai une feuille de route claire, des orientations claires et des objectifs clairement définis par SEM Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire et par le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly. Mais je voudrais aussi compter sur la disponibilité de tout un chacun, de tous les agents de la grande famille du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural. Car, c’est ensemble dans un esprit d’équipe et de collaboration franche que nous allons travailler, afin de toujours maintenir haut le niveau de l’agriculture dans la création de la richesse du pays.

Je ne suis certes pas ingénieur agronome, mais j’ai la chance de connaître le milieu agricole parce que, comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs, je suis fils de planteur et j’aime particulièrement le contact avec le milieu rural et agricole. 

Notre devoir est de réussir, nous avons un objectif bien précis. Nous devons nous mettre au service de tous les paysans de Côte d’Ivoire, afin de leur permettre de connaître un lendemain meilleur. Nous allons y travailler pour y arriver, j’en suis persuadé, parce que nous en avons la volonté et parce que le soutien du Président de la République et du Premier Ministre nous sont acquis.

C’est sur cette note d’espoir que je voudrais clore mon propos en réitérant, une fois de plus, mes remerciements au Ministre Mamadou Sangafowa, pour le travail abattu, ainsi qu’à la grande famille du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural. Je vous remercie !

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Le pouvoir, il le lui faut à tout prix. / "Pour en faire quoi ? "Mais surtout pour satisfaire son égo. Et se venger de l’autre. L’ancien petit frère".

Par Venance KONAN " 20 ans plus tard, n’ayant toujours pas digéré sa chute, il demande à nouveau à son peuple de se mettre encore à sa disposition. Il n’est pas compliqué, son peuple. Il lui suffit d’un peu de haine, de tribalisme et de beaucoup de xénophobie pour se mettre en branle. En tout cas, c’est pour le moment le seul programme proposé. Et cela suffit pour qu’on nous le présente comme le seul espoir de tout le peuple."

« Mettez-vous à ma disposition » avait-il exigé de son peuple le 7 décembre 1993, lorsqu’il accéda au pouvoir suprême. Non, ce n’était pas à lui de se mettre à la disposition de son peuple mais le contraire. Le pouvoir, il n’avait pas fait beaucoup d’effort pour l’avoir. Il s’était juste contenté d’attendre qu’il tombe entre ses mains. N’était-il pas l’héritier ? N’avait-il pas attendu treize longues années ? Et vous auriez voulu qu’il se mette à la disposition de son peuple ? Le peuple se mit donc à sa disposition et il régna en héritier, c’est-à-dire avec désinvolture. Il cassa la maison de son prédécesseur et la transforma pour s’y installer. Alors, avec la même désinvolture, il perdit le pouvoir un jour de ripailles. Alors que sa soldatesque en colère faisait tonner les armes dans sa capitale, il choisit d’aller faire bombance dans son village à la veille de la fête de la nativité. Il ne passa qu’une nuit, la dernière de son règne, dans son nouveau palais.

20 ans plus tard, n’ayant toujours pas digéré sa chute, il demande à nouveau à son peuple de se mettre encore à sa disposition. Il n’est pas compliqué, son peuple. Il lui suffit d’un peu de haine, de tribalisme et de beaucoup de xénophobie pour se mettre en branle. En tout cas, c’est pour le moment le seul programme proposé. Et cela suffit pour qu’on nous le présente comme le seul espoir de tout le peuple. Dans un pays où l’on croit qu’un pasteur peut ressusciter un mort, l’on peut tout à fait à 86 ans être l’espoir d’un peuple dont la majorité a moins de 30 ans. Il veut donc reprendre le pouvoir qu’il a imprudemment laissé filer entre ses doigts il y a 20 ans. C’est qu’il doit terminer le tunnel qui devait relier sa maison du village à celle de la ville. 20 ans que cela attend d’être terminé. Tout comme le palais des congrès inachevé de son bel hôtel qui se languit aussi depuis 20 ans. On avait commencé à creuser et à bétonner. L’on avait aussi posé les marbres du palais des congrès. Et puis ce funeste coup d’Etat du zozo est venu transformer les carrosses en citrouilles.

Il a patienté vingt ans. Et cela suffit maintenant. Car malgré les progrès de la médecine, le temps est en train de faire son œuvre. L’année prochaine est la dernière occasion pour pouvoir achever le tunnel et le palais des congrès. Sans oublier les villas des parents paysans des villages du royaume ancestral. Ne recevait-il pas assez d’honneurs de la part de celui qu’il avait contribué à couronner ? Si, mais il préfère être celui qui distribue les honneurs et les maroquins. Pas celui qui reçoit. Il est quand même prince et il a suffisamment rongé son frein comme ça.

L’année prochaine devrait être « l’année de son année » comme dirait le vieux de Mênêkrê. Il gagne ou il gagne. Tchoco-tchoco ! Alors, il ne lésine devant aucun moyen. Il faut se mettre à deux pour gagner dans ce pays ? Gbagbo mon frère, viens dans mes bras ! N’est-ce pas que tu as fait plus de 46% en 2010 ? Donne les moi et en échange je te donnerai quelques strapontins et honneurs. Tu seras l’un de mes suiveurs. Tu le sais bien, je n’ai pas d’amis, je n’ai que des suiveurs. Tu seras mon chef suiveur. Tu pourras amener ton Blé Goudé. Il aura lui aussi son strapontin et sera l’un de mes petits suiveurs. Soro, viens aussi dans mes bras et suis-moi. A trois c’est encore mieux. Je t’aime Soro, puisque tu n’aimes plus l’autre, mon ancien petit frère qui a osé ne pas vouloir me soutenir pour que je reprenne mon héritage. Je le renie. D’ailleurs je l’ai débaptisé. Voilà ! Je lui ai retiré le joli nom qu’on lui avait donné autrefois. Ouatra il est, Ouatra il restera.

 Le pouvoir, il le lui faut à tout prix. Pour en faire quoi ? Je vous l’ai dit plus haut. Mais surtout pour satisfaire son égo. Et se venger de l’autre. L’ancien petit frère. Mais comment parvenir à nouveau à ce pouvoir que l’ancien petit frère n’a pas voulu lui servir sur un plateau comme la première fois ? Les élections, c’est toujours risqué. L’idéal, c’est qu’il n’y en ait pas. Pourquoi pas une bonne transition où les cartes seront redistribuées ? Alors, on commence par récuser la Commission électorale. Quoiqu’il fera, on ne l’acceptera jamais. On fera des marches, ici, en Europe, partout, et on fera tout ce qu’il faut pour qu’il n’y ait pas de Commission électorale. En tout cas pas la sienne. Le président de la Commission de l’Union africaine le félicite ? O honte sur lui ! Honte sur quiconque soutiendrait cette Commission électorale ! Ce n’est qu’un début. Vous allez voir ce que vous allez voir.

Venance Konan

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Arafat DJ et la société ivoirienne / C ’est que dans ce pays où l’esprit magique prévaut chez bon nombre de nos concitoyens, rien n’est naturel.

Par Venance KONAN / « On ne devient pas riche par son travail, mais par des pratiques mystiques. On ne meurt pas d’un accident parce que l’on a peut-être trop bu et que l’on a fait des cascades avec sa moto sans casque, mais parce que des sorciers vous ont jeté un sort. »

Arafat DJ et la société ivoirienne
Qu’il me soit permis à mon tour, à présent que la passion commence à retomber, d’ajouter ma petite voix à toutes celles qui ont analysé et disséqué le phénomène Arafat DJ et tous les évènements qui se sont produits après son décès brutal. Parlons d’abord de sa vie.

Ses parents étaient deux artistes bien connus dans notre pays. Son père, Houon Pierre, un musicien que l’on appelait Wompi, est décédé le 31 octobre 2012 d’un arrêt cardiaque dans une chambre d’hôtel à Yamoussoukro lors d’une tournée. Le fils avait raconté que son père le battait chaque fois qu’il touchait à ses instruments. Etait-ce pour lui éviter de devenir plus tard artiste comme lui ? Sa mère, une chanteuse connue sous les noms de Tina Spencer, puis Tina Spendja et maintenant Tina Glamour, est beaucoup plus célèbre pour ses frasques et les différents scandales qu’elle provoque que pour ses qualités de chanteuse.

Faut-il s’étonner qu’à 14 ans leur enfant Ange Didier se retrouve à la rue ? A cette époque le phénomène du « coupé-décalé» commençait à poindre. Il consistait à gagner beaucoup d’argent par tous les moyens, surtout les plus malhonnêtes, et à le claquer de la façon la plus ostentatoire. Il ne s’agissait surtout pas de réaliser quelque chose avec, mais de le dépenser le plus vite possible, en s’achetant les vêtements les plus coûteux, en le gaspillant dans les boîtes de nuit, en faisant le plus de bruit. Une musique en naît, qui séduit une grande partie de la jeunesse. Le mouvement a ses héros qui fascinent cette jeunesse. A cette époque la Côte d’Ivoire est déchirée par la crise militaro-politique et l’on assiste à de massives violations des droits de l’homme, dans la plus totale impunité. Toutes les valeurs sont foulées au pied. Des grands criminels deviennent des stars, simplement parce qu’ils ont de l’argent.

Le seul dieu qui émerge et que la majorité des Ivoiriens commencent à adorer est le dieu argent. Argent qu’il faut gagner vite, par tous les moyens, et dépenser vite. Naissent alors ceux que l’on appelle les « brouteurs », que l’on accuse de pratiquer des sacrifices humains pour s’enrichir le plus rapidement possible. Et effectivement l’on assiste à des disparitions d’enfants et parfois des personnes sont arrêtées pour des crimes rituels.

Houon Didier Ange rêve de gloire et de richesse. Il y parvient par la musique, le « coupé-décalé », sous le nom d’Arafat DJ. Il sait communiquer sur les réseaux sociaux. Il a de nombreux fans. Il devient une star. Devient-il un modèle pour la jeunesse ? Certainement pas. Il vit une vie de star, avec ses frasques et ses excès. Rares sont les grands artistes qui vivent des vies rangées que l’on pourrait présenter comme des modèles à suivre. A-t-il fait avancer la musique ? Ce n’est pas mon point de vue. Et je sais que mes enfants ne partagent pas mon opinion. Comme de nombreux Ivoiriens de ma génération, j’étais incapable de fredonner un air d’Arafat DJ avant sa mort tragique.

 La musique qu’il faisait était pour moi juste du bruit. Mais je sais que les musiques que j’aime, reggae, rock and roll, blues, jazz, ont été ainsi qualifiées à leur naissance. Arafat DJ finit par mourir de ses excès, dans un accident de moto, une nuit d’août. Il est mort comme beaucoup de grands artistes dans le monde qui ont brûlé leur vie par les deux bouts. Ses nombreux fans sont inconsolables. Le gouvernement décide alors de lui organiser des funérailles grandioses. A-t-il eu raison ?

A chacun d’apprécier. Pour ma part, je pense que le gouvernement avait voulu faire plaisir à cette frange de la société trop souvent oubliée, et surtout veiller à ce que leur douleur ne dégénère pas en actes de vandalisme incontrôlés dans la ville. Mais c’est là que le malentendu s’installe. Plus le pouvoir en faisait pour l’artiste décédé, et plus il était suspecté. C’est que dans ce pays où l’esprit magique prévaut chez bon nombre de nos concitoyens, rien n’est naturel. On ne devient pas riche par son travail, mais par des pratiques mystiques. On ne meurt pas d’un accident parce que l’on a peut-être trop bu et que l’on a fait des cascades avec sa moto sans casque, mais parce que des sorciers vous ont jeté un sort. De nombreuses personnes qui semblent avoir la tête bien posée sur les épaules ont trouvé anormal que Arafat DJ meure ainsi. Puis un pasteur est venu annoncer qu’il pouvait ressusciter le mort. Et des personnes y ont cru. Il y a eu débat dans ce pays pour savoir s’il fallait laisser ce pasteur tenter sa résurrection ou non. Ensuite, des soi-disant religieux, « hommes de dieu » et autres farfelus ont annoncé urbi et orbi que les francs-maçons étaient venus chercher le corps de l’artiste, pour on ne sait quel œuvre satanique, qu’ils tenaient une réunion sous le stade au moment même de la cérémonie d’hommage. Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui à n’importe quel demi-analphabète d’énoncer des stupidités que d’autres demi-analphabètes prendront pour la vérité.

Des messes ont été organisées un peu partout pour contrer les prétendues actions mystiques de ces francs-maçons. Pour bon nombre de nos concitoyens, et pour de nombreux fans d’Arafat DJ, si le gouvernement en faisait autant pour lui, il y avait forcément anguille sous roche. Pourquoi s’étonner par la suite que les fans d’Arafat DJ aient voulu s’assurer que le corps de leur idole n’avait pas été subtilisé pour servir à des pratiques démoniaques ?

Qui sont-ils, ces jeunes qui ont profané la tombe de Houon Ange Didier ? Des enfants de la rue pour la plupart, sans aucune éducation, à qui personne n’a inculqué la moindre éthique morale, pour qui la vie humaine n’a aucune valeur, qui parfois tuent pour quelques billets de banque.

 Nous sommes scandalisés ? Mais pourquoi donc, dans ce pays où des personnes apparemment saines d’esprit croient qu’un pasteur peut ressusciter un mort, que les francs-maçons boivent du sang humain, que le meurtre d’un enfant peut rendre riche ?

La société ivoirienne est malade depuis longtemps. Mais elle refuse de se soigner, préférant attendre une guérison miraculeuse. Alors des malandrins se sont proclamés « hommes de Dieu » et font les poches à tous les malades naïfs qui tombent entre leurs mains.

Que faire pour ces jeunes ?

Rien. Comme le dit mon ami le docteur David Koffi, on ne peut pas redresser l’ombre d’un bâton tordu. Ces jeunes sont notre ombre. C’est nous qui devons être redressés. Et tant que nous ne chercherons pas sérieusement à soigner notre société, tant que notre obsession restera l’argent ou le pouvoir, nos enfants ne cesseront pas de nous étonner. Désagréablement. 

Par Venance KONAN 

 

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