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Trafic d'êtres humains : les Libyens réagissent au tollé général /La responsabilité des pays d'origine interpellée /L'ineptie des richesses inexploitées pointée du doigt.

Spécial Trafic d'êtres humains : les Libyens réagissent au tollé général /La responsabilité des pays d'origine interpellée /L'ineptie des richesses inexploitées pointée du doigt.

"Ainsi, Othaman al-Marimi (42 ans et rédacteur de contrat et défenseur des droits de l'homme) a estimé que ''le problème de ces migrants n'a absolument pas commencé en Libye, mais dans leurs pays respectifs qui ferment les yeux aux activités des bandes locales de trafiquants d'êtres humains.

Trafic d'êtres humains : les Libyens réagissent au tollé général (1) Interrogés par Panapress, de nombreux Libyens doutent de l'authenticité de la vidéo diffusée sur CNN et appellent les pays émetteurs de migrants et la communauté internationale à prendre leurs responsabilités.

C'est peu de dire que les Libyens ne veulent aucunement endosser la responsabilité de ce qui se passe dans leur pays à propos du trafic d'êtres humains mis au grand jour par une vidéo diffusée sur CNN et déjà dénoncée par Le Point Afrique en novembre 2016 à travers un entretien avec le photoreporter mexicain Narcisio Contreras. Ainsi, dans une déclaration faite mercredi à l'agence Panapress, Salem Mazen, professeur d'université et chercheur en sciences sociales, estime que ''les sentiments d'indignation exprimés par certains chefs d'État ne militent pas en faveur de la situation des centaines de milliers de migrants qui font face à des situations tragiques dans leurs pays d'origine d'abord, et en Libye comme pays d'accueil et de transit ensuite, mais aussi dans l'Eldorado européen, sur la rive nord de la Méditerranée, enfin''. ''Ceux qui versent aujourd'hui des larmes après la diffusion de la vidéo CNN étaient, depuis cinq ans au moins, parfaitement au courant de ce que subissent les migrants, mais aussi les citoyens libyens à cause des pratiques des milices armées et des différentes organisations terroristes qui se sont emparées de la Libye après l'insurrection de 2011, à l'origine de la chute du régime de Muammar Kadhafi'', a-t-il ajouté.

Pour certains Libyens, une tentative de diaboliser leur pays La chaîne américaine CNN, rappelle-t-on, avait diffusé mercredi une enquête télévisée sur ce qu'elle a intitulé ''la vente des esclaves et les souffrances des migrants subsahariens en Libye''. L'enquête met en exergue des scènes filmées par caméra cachée d'une durée de 20 secondes et montre des migrants de couleur noire et des voix parlant arabe proposant aux enchères des personnes destinées à travailler dans des fermes. De nombreux observateurs en Libye estiment que ceux qui ont diffusé la vidéo sur la vente des migrants quelque part en Libye ont atteint leur objectif qui est de diaboliser la Libye, plongée dans le chaos, l'anarchie et l'insécurité et confrontée à la circulation des armes dans tout le pays. Ils ont aussi porté tort à l'image de milliers de migrants qui avaient opté de travailler en Libye pour aider leurs familles et n'ont jamais pensé à traverser la Méditerranée pour aller sur l'autre rive. ''Les manifestations organisées dans certaines capitales africaines et européennes pour dénoncer les crimes subis par les migrants en Libye ne donneront pas une seule miche de pain aux milliers de migrants dont la majorité vient des pays africains au sud du Sahara et vit dans la totalité des villes libyennes'', ajoutent les observateurs.

La responsabilité des pays d'origine interpellée Ainsi, Othaman al-Marimi (42 ans et rédacteur de contrat et défenseur des droits de l'homme) a estimé que ''le problème de ces migrants n'a absolument pas commencé en Libye, mais dans leurs pays respectifs qui ferment les yeux aux activités des bandes locales de trafiquants d'êtres humains, indiquant qu'il existe des documents prouvant l'implication des agents de la sécurité et des militaires de ces pays dans le trafic. Cette vidéo pourrait illustrer le proverbe ''à quelque chose malheur est bon'', si les autorités libyennes saisissaient l'occasion pour porter la crise libyenne au-devant de la scène internationale après que tous les responsables de la situation actuelle en Libye, ont plié bagages et tourné le dos à ce pays de l'Afrique du Nord, a dit al-Marimi.

''La crise de la migration révèle clairement l'échec des ''pays post-coloniaux'' et l'incompétence des dirigeants et élites et la présence de la corruption, du pillage des capitaux publics et l'échec des programmes de développement lancés depuis des décennies pour le développement de l'Afrique, a-t-il soutenu.

L'ineptie des richesses inexploitées pointée du doigt Pour lui, ''le continent africain dispose de ressources considérables, des énergies nouvelles et renouvelables, des richesses minières, des réserves importantes de pétrole, de gaz, des ressources hydrauliques et de grandes surfaces de terre pour l'agriculture, mais toutes ces ressources sont inexploitées ou pillées par des sociétés multinationales, citant l'exemple du fleuve Congo qui perd ses eaux dans l'océan.

Le fleuve Congo, au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), est le deuxième plus long fleuve en Afrique après le Nil, le premier concernant la surface de son bassin. Il est le deuxième fleuve au monde en termes de flux hydraulique après l'Amazone et verse annuellement plus de 1 000 milliards de mètres cubes dans l'océan Atlantique; même les eaux douces s'étendent sur 30 kilomètres à l'intérieur de l'océan. Ce fleuve peut, à lui seul, s'il était exploité de façon scientifique, fournir des centaines de milliers d'emplois et assurer la sécurité alimentaire aux Africains, tout en fournissant à l'ensemble du continent l'énergie électrique, sans compter l'irrigation des terres et les eaux potables.

Accusation : un agenda caché derrière la diffusion de la vidéo de CNN ? (2)

Le rédacteur en chef du journal libyen ''al-Wassat'', Bachir Zoaib, sur sa page Facebook, a écrit que certains migrants étaient effectivement victimes d'abus et de violations des droits de l'homme en Libye et ce, à cause essentiellement de la situation exceptionnelle que vit le pays où l'Etat n'existe plus, provoquant l'anarchie, l'insécurité et l'impunité, estimant que cette situation a encouragé la survenance de ces cas de violation touchant les Libyens eux-mêmes, victimes d'enlèvements, de tortures et d'assassinats.

''Ce n'est pas tout ce que diffuse la chaîne CNN ou d'autres chaînes qui doit être pris comme parole divine dont on ne doit pas douter. Mais cela doit être confirmé par d'autres sources indépendantes'', a-t-il dit. ''La manière dont la chaîne a fait son reportage nous pousse à intégrer la probabilité d'une exagération méthodique pour faire la pression pour l'adoption du plan de sédentariser les migrants en Libye sous la protection internationale, conformément à la demandé publiquement présentée par des responsables européens dont le Premier ministre hongrois, Orbán Viktor.

Le journaliste libyen estime qu'''on ne doit pas accepter de traiter la Libye comme si elle était le pays responsable de la migration clandestine et lui faire porter le poids de la tragédie que vivent les migrants en Libye. La Libye est une victime au même titre que les pays du nord, mais elle porte un fardeau supplémentaire, dans la mesure où si les pays du nord accueillent les migrants, la Libye, elle, est à la fois un pays de transit et d'accueil.

Mettre la pression sur les pays émetteurs Il a appelé à la nécessité de mettre la pression sur les pays exportateurs, affirmant que ''de nombreux rapports indiquent l'implication des responsables de ces pays dans la facilitation des crimes de la mafia des trafiquants d'êtres humains en leur fournissant des aides logistiques permettant aux migrants d'arriver aux frontières libyennes sous protection armée. ''La Libye a besoin réellement d'aides pour faire face aux vagues de migrants. Parmi ces aides figurent notamment le respect des pays du nord de leurs engagements d'aider économiquement les pays au sud du Sahara (exportateurs) et la nécessité de doter les services de sécurité libyens de moyens pour apporter une solution réelle à la question des migrants clandestins'', a-t-il dit.

Sous le titre ''que l'enquête soit inclusive et que s'ouvre le dossier de la mafia de la migration'', le journaliste libyen a écrit qu'''il a l'impression, en suivant la vidéo de CNN, que la migration est une invention libyenne que le monde vient juste de découvrir''. ''Nous devons faire face à toutes les violations des droits de l'homme quelles que soient la nationalité des victimes, leur religion et ethnie et nous devons exiger la poursuite des acteurs juridiquement. Mais arrêtons nous un peu d'abord à l'élément timing car la question des migrants a été suscitée au moment où des enquêtes ont révélé l'implication des Italiens et Maltais dans l'assassinat de la journaliste maltaise, Daphne Galizia, dont des responsables de la mafia du trafic et de la corruption en Libye. Tous ces responsables sont impliqués dans ce qu'on a appelé ''le grand scandale'' dont le traitement dans la presse européenne s'est subitement arrêté et les yeux tournés vers la vidéo de CNN qui survient une semaine avant le Sommet euro-africain axé sur la migration.

Appel à l'ouverture d'une "enquête inclusive" Le rédacteur en chef du journal al-Wassat a demandé que l'enquête sur la vidéo soit inclusive avec la participation des enquêteurs internationaux qui doivent interroger des centaines de migrants pour leur demander comment ils ont fait pour arriver en Libye et qui les a aidés à y parvenir. Il a appelé les responsables libyens à refuser les tentatives des autres de mettre la Libye au banc des accusés, la poussant à se défendre des crimes qu'elle n'a pas commis, surtout que la Libye et les Libyens eux-mêmes sont victimes de la migration clandestine qui a violé leurs frontières et utilisé le pays au profit de la mafia composée de trafiquants d'êtres humains.

La Libye, selon lui, est devenue un passage et un lieu pour des centaines de milliers de migrants. Les responsables libyens, a-t-il ajouté, doivent refuser la tentative des pays exportateurs de fuir leurs responsabilités en poussant leurs ressortissants vers la migration, à cause de ce qu'ils vivent dans leurs pays en termes de chômage, de misère et de frustrations face à l'incapacité de leurs gouvernements à leur fournir des emplois pour une vie digne, a encore soutenu le journaliste libyen. Il a ajouté que le président nigérien qui s'est dit choqué en suivant la vidéo de CNN, et a demandé d'intégrer la ''vente aux enchères des migrants comme esclaves en Libye'' dans l'agenda des travaux du prochain sommet Union africaine-Union européenne, est accusé par certaines informations d'être impliqué dans la mafia de la migration clandestine en fournissant la protection des vagues de migrants du Niger qui arrivent aux passages frontaliers libyens. "Cette vidéo a causé du tort à la Libye, mais cela peut se retourner contre les auteurs si les autorités libyennes parvenaient à poser une question simple à la Communauté internationale : qu'est-ce qu'on peut faire, loin des sentiments de désolation, des dénonciations, des manifestions, des campagnes de presse et des renvois de balles entre les différentes capitales ?", a-t-il conclu, cité par la Pana.

PAR LE POINT AFRIQUE Publié le 24/11/2017 à 12:32 | Le Point Afrique

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