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Dr Kader Diaby, Président de la FADIV :« L’action actuelle de la diaspora n’est pas du tout efficace »Entretien Réalisé par Jean-Paul ORO à Paris

Spécial Dr Kader Diaby, Président de la FADIV :« L’action actuelle de la diaspora n’est pas du tout efficace »Entretien Réalisé par Jean-Paul ORO à Paris

Président sortant de la Fédération des associations de la diaspora ivoirienne en France (FADIV), et actuel représentant Europe de la Convention des organisations de la société civile ivoirienne, le Dr. Moussa Abdoul-Kader Diaby est l’un des leaders significatifs de la diaspora ivoirienne en Hexagone. Dans cet entretien, cet Ivoirien expert chez un constructeur automobile parle de ses choix politiques, de sa vision des actions de la diaspora, et de la réconciliation nationale ivoirienne.

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M. Jean Paul ORO : Vous êtes le représentant Europe de la Convention nationale des organisations de la société civile ivoirienne, et vous avez observé notamment le scrutin présidentiel ivoirien ici en France. Quelles conclusions avez-vous tirées de ce scrutin ?

Dr DIABY Kader : Effectivement, dans nos responsabilités de représentant Europe de la convention nationale des organisations de la société civile ivoirienne, nous avons observé que le scrutin s’est déroulé dans le calme et la sérénité. Il ne faut pas oublier que la dernière présidentielle ivoirienne de 2010 a débouché sur une crise qui a fait énormément de victimes. Celui-là était donc très attendu parce qu’il

y avait à la fois trois enjeux. Le premier, était que la dynamique lancée par le Président de la République suite à la crise postélectorale soit maintenue. A savoir garder la confiance des investisseurs qui sont venus en Côte d’Ivoire après la crise que nous avons vécue. Deuxième élément, poursuivre et garantir le processus de réconciliation nationale qui avait aussi été entamé au lendemain de la crise postélectorale. Et finalement poursuivre les actions qui allaient conduire la Côte d’Ivoire vers l’émergence. Trois enjeux majeurs pour lesquels il fallait que le scrutin du 25 octobre dernier se déroule de façon apaisée. Et nous retenons que ça été le cas, et tous les appels lancés par les organisations de la société civile pour un scrutin apaisé ont été suivis. Les hommes politiques sont restés également dignes. Nous avons vu les candidats perdants appeler le candidat gagnant pour le féliciter pour le bon déroulement du scrutin et pour sa victoire. C’est une page qui se tourne, et la Côte d’Ivoire est vraiment sur la voix de la démocratie.

JPO : Rappelons que vous êtes le président sortant de la fédération des associations de la diaspora ivoirienne, maintenant désigné représentant Europe de la convention nationale des organisations de la société civile ivoirienne ? Qu’est ce qui fait courir un jeune ivoirien, cadre chez Peugeot ?

KD : Vous savez, j’ai commencé à m’intéresser aux affaires de la communauté ivoirienne en France depuis 2005 par un passage au RDR. J’y étais le secrétaire à la jeunesse dans la section de la ville de Lille. Et c’est comme-ça que je prends contact avec mes compatriotes ivoiriens. Je participe à la plateforme de signature de la convention du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix : NDLR) dans la même année. Et depuis lors, l’engouement pour la vie publique ivoirienne naît en moi. Après mon doctorat à l’école polytechnique, bien que positionné chez PSA, je considère qu’il me fallait faire un retour d’expérience et d’acquis à mon pays d’origine qu’est la Côte d’Ivoire. C’est ainsi que des amis et moi avons mis sur pieds une association pour la promotion de la recherche en Côte d’Ivoire. Cette association a œuvré et continue de le faire dans l’appui à la recherche en Côte d’Ivoire. Et au niveau de la fédération des associations de la diaspora ivoirienne, je prends le pouls de l’action publique et communautaire au sens large du terme. C’est de cette façon-là que je m’investis jusqu’à en devenir le président en 2013 avec trois actions majeures. Une première action tournée vers la coopération économique, vers l’appui à l’investissement à travers la création du club économique et d’affaires de la diaspora ivoirienne. Un deuxième élément avec l’émergence des compétences techniques et scientifiques des compétences ivoiriennes qui sont en France par la mise en place d’une conférence des experts de la diaspora ivoirienne. Et finalement, un troisième axe qui est l’appui à la dynamisation de la vie associative. Aujourd’hui, la FADIV est présente dans les esprits de tous les Ivoiriens vivant en France et en Côte d’Ivoire. Il est donc temps pour moi d’aller voir vers d’autres horizons pour porter cette fois-ci les voix des populations ivoiriennes auprès des institutions privées et partenaires internationaux pour faire connaître les problématiques de nos populations.

Et c’est ce rôle-là que je joue au sein de la convention nationale des organisations de la société civile ivoirienne. Pour m’aider à cela, j’essaie d’acquérir encore un certain nombre de compétences dans le domaine des affaires publiques en préparant une deuxième thèse de doctorat à l’université de Paris-Dauphine.

JPO : Depuis un moment, des bruits se font de plus en plus pressant de la création d’un Haut conseil de la diaspora. Beaucoup de cadres issus de la communauté ivoirienne en France se rendent de plus en plus visibles. Est-ce que ce n’est ce Haut conseil de la diaspora qui vous fait courir ?

KD : Je ne répondrai pas en fuyant. Il est tout à fait légitime d’avoir des ambitions. Cela étant dit, ce n’est pas une question actuelle en ce moment. Pour l’instant, il n’est pas encore envisagé dans un futur proche de la création d’un siège de député pour la diaspora ou d’un Haut conseil dédié aux Ivoiriens de l’étranger. C’est vrai, le forum de la diaspora a permis d’arriver à la conclusion de la création d’un Haut conseil de la diaspora, mais les modalités de mise en œuvre et de désignation de ce Haut conseil ne sont pas encore définies. Je crois qu’il y a un débat à faire au sein de la communauté ivoirienne à l’extérieur comme en Côte d’Ivoire pour pouvoir définir le processus adapté de la représentation des Ivoiriens de l’extérieur. Ma conviction est qu’il faudra que les Ivoiriens se fassent représenter au parlement ivoirien à un moment donné, et je pense qu’un horizon de 5 ans me semble jouable. D’abord, parce qu’il nous faut une reforme constitutionnelle pour avoir un siège pour les Ivoiriens de l’extérieur. Et j’espère que la réforme de la Constitution que prévoit de faire le président de la république, il pensera à introduire la question d’au moins un siège pour les Ivoiriens de l’extérieur au parlement. Pour l’instant, la question de la création d’un Haut conseil de la diaspora n’est pas d’actualité. Je pense qu’à partir de 2020-2021, lorsque nous, acteurs de la communauté

ivoirienne à l’extérieur arriverons à rassembler les cœurs par nos actions sur le terrain, et arriverons à impacter sur l’économie de Côte d’Ivoire ; nous serons en droit d’avoir des représentants des Ivoiriens de l’extérieur au parlement.

JPO : Pour vous donc, l’impact de la diaspora n’est pas suffisamment démontré sur l’économie de la Côte d’Ivoire ?

KD : Le flux de cash des Ivoiriens de l’extérieur vers la Côte d’Ivoire est chiffré à un peu plus de 200 milliards de francs CFA par an. Mais comprenez que cet apport de cash n’est pas encore structuré. Cela veut dire que cet argent rentre essentiellement dans les 80% du tissu des actifs qu’est le secteur informel. Car, il faut le reconnaitre, 80% du monde actif ivoirien est dans l’informel. Cet apport financier de la diaspora aide sans doute au quotidien des destinataires, mais il sera difficile de démontrer réellement l’impact de l’action financière de la diaspora sur l’économie de Côte d’Ivoire. Mais je pense que le jour où des Ivoiriens qui sont chez Peugeot, Areva, Saint-Gaubin, EDF et autres arriveront à faire de sorte que ces grands groupes installent des centres de recherche et d’étude en Côte d’Ivoire, cela permettra de créer des milliers d’emplois. Ou par le réseautage et par leurs positions dans leurs différentes entreprises, puissent obtenir d’importants investissements pour notre pays. En ce moment-là, on pourra parler d’une diaspora utile, une diaspora dont l’action et l’impact est parfaitement visible. Nous serons ainsi sur des grands enjeux pour construire la Côte d’Ivoire de demain.

JPO : Vous êtes donc en train de dire contre de nombreuses personnes que l’action de la diaspora n’est ni utile ni efficace ? Est-ce à dire que seuls les cadres ivoiriens de l’extérieur peuvent agir efficacement pour le développement de la Côte d’ivoire ? Pensez-vous vraiment que ce discours que vous tenez peut rassembler la diaspora ?

KD : Malheureusement, c’est ce discours qu’il faut tenir. Mais regardons un peu les diasporas juive, indienne, chinoise et marocaine même. Prenez structurellement les Ivoiriens de l’étranger, ils ne sont pas créateurs d’emplois et de biens. C’est vrai que si nous cumulons l’ensemble de ce que nous faisons parvenir au pays, cela semble important. Mais au lieu de donner individuellement un euro chacun à sa famille chaque jour, si les centaines de milliers d’Ivoiriens de France, pour ne parler que de ceux-là, mutualisaient tous ces ‘’un euro’’ là, cela pourrait faire des centaines de milliers d’euro par jour à injecter dans des secteurs créateurs de richesses. Voici le type de modèle vers lequel nous devons aller. Et avec tous les niveaux de compétence dont nous disposons dans la diaspora, créer un Com-business en Côte d’Ivoire avec des partenaires que nous côtoyons au quotidien ici. Nous créerons ainsi des entreprises qui pourront à leurs tours embaucher les jeunes Ivoiriens. Voici comment la diaspora pourra se faire respecter à terme.

JPO : Pour vous donc, l’action actuelle de la diaspora est inefficace ?

KD : Clairement, l’action de la diaspora dans son modèle actuel n’est pas du tout efficace pour impacter sur l’économie de notre pays. Sinon, le président Alassane Ouattara n’aurait pas invité des centaines d’Ivoiriens de la diaspora à un forum à Abidjan pour réfléchir sur le comment nous impliquer dans le développement de la Côte d’Ivoire. S’il l’a fait, c’est qu’il y a un problème.

JPO : Vous êtes parmi les responsables associatifs ivoiriens qui émergent à côté de beaucoup d’autres, mais il semble qu’il y a des problèmes avec un autre leader de la diaspora qu’est Bémitian Ouattara. Pourtant vous êtes tous les deux des produits de la FADIV et appartenez au même camp politique.

KD : Bémitian Ouattara est une personne pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Comme vous l’avez indiqué, nous sommes tous les deux des produits de la FADIV. Et je le félicite pour les actions qu’il mène à l’endroit de la diaspora. Nous n’avons donc aucun problème en dehors de la différence de style.

JPO : De grâce, laissez la langue de bois à vos aînés. Tout le monde le sait, vos ambitions individuelles s’entrechoqueraient peut-être ?

KD : Si vous insistez sur votre question, j’insisterai sur ma réponse. Il n’y a aucun nuage entre Bémitian Ouattara et moi. Avec qui nous avons fondé la FADIV dont il a été le premier président.

JPO : Revenons sur vos responsabilités à la tête de la CNOSCI qui a été observateur lors du dernier scrutin. N’avez-vous pas créé les conditions d’un conflit d’intérêts quand on sait que vous êtes aussi à la tête de l’association des jeunes cadres du RHDP-France qui a appelé à la réélection du président Alassane Ouattara ?

KD : Vous savez, à un moment donné de sa vie, il y a des choix à faire. En 2005, j’ai fait le choix du RDR que j’assume d’ailleurs. Je suis membre de l’association des jeunes cadres du RHDP, mais cela ne m’a posé aucun problème pour assumer mes responsabilités à la CNOSCI durant le scrutin présidentiel

ivoirien ici à Paris.

JPO : Vous qui parlez de rassemblement de la diaspora, et qui agissez au nom de la CNOSCI en Europe, que dites-vous des revendications des partisans de Laurent Gbagbo qui exigent la libération de ce dernier aux fins de la réconciliation en Côte d’Ivoire ?

KD : Dans tous les pays du monde qui se revendiquent être des Etats de droit, il ne devrait pas y avoir de prisonniers politiques. S’il est avéré qu’il y a des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire comme semble l’évoquer certaines organisations, il faudra les libérer. Cependant la situation ivoirienne est assez complexe parce que les revendications politiques se sont faites dans la violence, dans les deux camps d’ailleurs. Et au-delà de la simple conviction politique, des crimes et exactions ont été commis. Si les personnes emprisonnées ont outrepassé les limites de la liberté d’expression pour commettre des crimes bien spécifiques, nous ne devons pas faire l’économie de la justice. Mais il serait bon que la justice ivoirienne accélère ses procédures.

JPO : Justement, pour parler de justice, une partie de la population ivoirienne estime que cette justice est faite uniquement contre les partisans de Laurent Gbagbo.

KD : Ce sont des faits qu’il nous faut dénoncer.

JPO : Pour certains, l’on pourrait libérer tout le monde, faire l’économie de la justice, et ainsi aller à la réconciliation.

KD : Vous savez, la réconciliation ne pourra pas se faire sans la justice. C’est quand la justice sera faite et aura établi les responsabilités, que nous pourrons imaginer une loi d’amnistie afin d’éponger les faits issus de la crise postélectorale. C’est quand la justice sera rendue que nous pourrons aller vers le pardon, et je parle de tous les bords politiques. En définitive, la case justice ne doit pas être opposée à la case réconciliation, les deux cases s’inscrivent dans le processus de réconciliation.

L’actualité brûlante est l’enregistrement d’une présumée écoute d’une conversation entre Guillaume Soro et le Burkinabé Djibril Bassolé.

JPO : Quelle lecture faites-vous de cette affaire ?

KD : J'ai deux éléments à dire sur cette affaire. Premièrement, c’est extrêmement bouleversant et inquiétant dans la mesure où il s'agit d'une question d'atteinte à la sûreté d'un Etat voisin, et que la personne mise en cause est une personnalité éminente de notre pays, ancien Premier ministre, et Président de l'Assemblée nationale, c’est-à-dire, la 2ème personnalité de la Côte d'Ivoire. Cette affaire va donc affecter indéniablement et de façon négative les relations entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, deux pays amis et historiquement liés. Cela dit, ne nous précipitons pour porter un jugement quelconque, sans élément plus solide. L'enregistrement n'a pas été authentifié et la présomption d'innocence est valable pour tous. Attendons donc que toute la lumière soit faite. Néanmoins, nous avons intérêt à ce que cet enregistrement soit faux pour la consolidation de la paix dans notre pays et pour une entente cordiale et durable entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso.

Réalisé par Jean-Paul ORO à Paris

 

Dernière modification levendredi, 27 novembre 2015 13:12
Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

Site internet : www.addl-association.info
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