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Devoir de mémoire (Le Jour 12/01/2005) / Adama Diomandé, depuis Paris : “La candidature de M. Ouattara va résoudre beaucoup de problèmes ”

Spécial Devoir de mémoire (Le Jour 12/01/2005) / Adama Diomandé, depuis Paris : “La candidature de M. Ouattara va résoudre beaucoup de problèmes ”

Président de l’Association pour la défense des libertés et de la démocratie (ADDL), Adama Diomandé est bien connu sur la scène parisienne pour ses prises de position très virulentes contre le régime en place en Côte d'Ivoire. Il nous livre dans cet entretien ses analyses sur l'actualité politique dans ce pays. 

Dans quel canevas situez-vous le combat de votre association ? 

Notre association a eu à prendre position maintes fois pour tout ce qui concerne les violations des Droits humains en Côte d'Ivoire. Notre combat était d'abord dirigé contre l'"ivoirité" sous le président Bédié. On a dénoncé ce concept jusqu'à l'avènement du général Guéï. Bien vrai que nous étions contre les coups d'Etat, mais nous nous sommes dits que ce coup d'Etat pouvait mettre les pendules à l'heure dans notre pays où la classe politique était enfermée dans cette idéologie ivoiritaire. Malheureusement cela n'a pas été le cas.

Le général Guéï a été trahi, il a été infiltré par le FPI. Quelle est votre analyse du rapport de l'ONU à propos des violations des Droits de l'Homme en Côte d'Ivoire depuis 2000 ? 

Le rapport prouve que la Côte d'ivoire est vraiment descendue bas. Ce qui me peine en tant qu'Ivoirien, c'est qu'il y a un pouvoir présidentiel qui se dit légitime et qui emploie les mêmes méthodes, voire pire qu'une rébellion ; et ça je le regrette amèrement. On ne peut pas se couvrir d'un drap démocratique et utiliser les mercenaires pour tuer sa propre population. Pour ces faits-là, le pouvoir présidentiel et son clan doivent rendre des comptes au Tribunal pénal international (TPI). Et je pense que la communauté internationale doit prendre toute sa responsabilité en Côte d'Ivoire, car il ne s'agit plus de menaces, de promesse ou de condamnation. Au niveau de la rébellion que le pouvoir a suscité par sa manière de gérer le pays, de catégoriser les Ivoiriens, je souhaite que ces actes soient condamnés. Parce qu'on ne peut pas s'abriter derrière le combat contre une injustice pour s'adonner aux même pratiques. Je condamne donc tous ce qui a été commis dans le sens des manquements des droits humains par cette rébellion.

Dans une semaine, le conseil de sécurité des Nations unies doit se prononcer pour des sanctions ciblées contre tous ceux qui font entrave à l'avancée de la paix sur le terrain. Selon vous, quel type de sanction serait à même d'être plus efficace dans le conflit ivoirien ?

Je pense qu'il faut faire appliquer toutes les sanctions annoncées et par l'ONU et par l'UA contre les dirigeants de ce pays, seuls responsables des souffrances quotidiennes de la population. Je pense que la rébellion, elle, agit par réaction. C'est le président qui doit montrer le chemin. S'il ne met pas la classe politique en confiance, ce n'est pas la rébellion qui va se sentir en confiance. On constate avec aisance que le pouvoir FPI, et le président Gbagbo font tout pour bloquer cette évolution vers la paix.Il est clair qu'on ne peut pas demander à une rébellion d'avoir les mêmes règles qu'une organisation socio-politique bien structurée. C'est parce que des hommes politiques ont failli à un moment donné à leur responsabilité que cette rébellion a vu le jour. Aujourd'hui, après deux ans d'existence, on voit toutes ses failles. Mais je n'ai pas d'excuse à leur donner pour ce qui concerne les violations des Droits humains qui leur sont imputées. Je pense qu’ils ont posé un acte courageux pour revendiquer une situation de dignité et il n’est pas raisonnable que ce soit eux-mêmes qui bafouent cette dignité. Le faire, c’est trahir les populations et tous ceux qui leur ont accordé un minimum de crédit.

Les autorités ivoiriennes accusent régulièrement les pays comme le Mali et le Burkina d’être les bases arrière de cette rébellion ? 

N’est-ce pas une accusation grave ? Je trouve ces accusations irresponsables. Si ces deux pays étaient réellement impliqués dans la crise, ce serait la balkanisation de la Côte d’Ivoire. Le pouvoir n’a aucun intérêt à élargir un conflit interne à des pays qui jusqu’à présent se sont retenus, malgré le massacre de leurs ressortissants. Tout le monde sait comment la Côte d’Ivoire a été construite. Et Gbagbo qui se dit historien doit en prendre conscience.

Pour la résolution de la crise ivoirienne, il y a eu beaucoup de médiation dont la dernière en date est celle du président Thabo MBéki. Que pensez-vous de cette dernière tentative ?

Je souhaite que cette médiation soit la dernière et qu’à l’issue du travail du président MBéki, un homme respectable qui a quitté son pays pour venir séjourner en Côte d’Ivoire pendant plusieurs jours. C’est cela la dignité de la fonction présidentielle. Malheureusement pour la Côte d’Ivoire, le président Gbagbo n’est pas à la hauteur de cette dignité dans sa fonction. Et cela est regrettable. Quand on n’a pas su maîtriser une rébellion au sein de sa propre armée, il faut accepter avec humilité les coups de mains extérieurs. On n’envoie pas les gens balader. Malheureusement, le président Gbagbo n’est pas à la hauteur de cette tâche. Il prouve au monde entier qu’il n’a pas de parole.

Le vote récent de l’article 35 par les députés ne constitue-t-il pas une source d’espérance d’une sortie de crise très prochaine ? 

Là aussi je souhaite, connaissant la méthode du Président Gbagbo et du FPI qui ont empoisonné la Constitution en y injectant des phrases-poison, qui empoisonnent toute la Côte d’Ivoire, il ne faut pas se réjouir très vite. Ils sont capables de trouver des artifices pour retarder encore les choses car ces gens-là ne souhaitent pas aller aux élections de 2005. Ils ne souhaitent pas une élection libre et transparente donc tout ce qui peut retarder ces élections-là, ils vont le faire. C’est donc à la majorité silencieuse de s’unir et d’avoir la volonté d’une alternance crédible en menant véritablement le combat, même si cette opposition a été traumatisée. Avec la sanglante répression des manifestations des 25 et 26 mars qui n’a pas été condamnée à sa juste hauteur par la communauté internationale. A ce propos, je déplore l’attitude du PS (Parti socialiste) français qui demande une commission d’enquête sur les événements malheureux de novembre dernier devant l’Hôtel Ivoire d’Abidjan-Cocody. Je n’ai pas souvenance qu’à l’époque, pour les massacres des 25 et 26 mars 2004, le PS ait demandé une commission d’enquête sur le comportement inhumain du pouvoir FPI. Or, on sait bien que ces jeunes patriotes sont conditionnés par le pouvoir qui a lui-même appelé les forces françaises en renfort. C’est là l’irresponsabilité du pouvoir présidentiel. Depuis 1994, nous ne cessons d’alerter le PS et les autorités françaises qui ne croyaient pas en nos signaux d’alarmes. Je dis aux membres du PS qui réclament maintenant la radiation du FPI que c’est depuis l’ “élection calamiteuse” de Gbagbo que ce dernier et son parti devaient être radiés.

Le président Gbagbo se présente de plus en plus comme un anti-colonialiste ?… 

La nouvelle posture politique de nationaliste panafricain et anticolonialiste de Gbagbo est une imposture politique comme l’a été son appartenance politique à l’International socialiste. Si non comment expliquer qu’un président qui se dit souverain offre un sac de millions a des margoulins politiciens qui fricotent avec l’Extrême droite française.

Octobre 2005, c’est pour bientôt. Etes-vous d’avis avec ceux qui comme le président Wade appellent au report de l’élection présidentielle et à la mise en place d’une transition pour évacuer les problèmes avant toutes élections ?

Je pense qu’il ne faut pas repousser les échéances. Il faut en avoir la volonté politique. Cela fait dix ans après la mort du président Houphouët-Boigny que la Côte d’Ivoire est dans une situation dangereuse politiquement et en repoussant les échéances, on risque de s’éterniser dans une situation peu enviable pour tous. Les successeurs d’Houphouët (je ne fais pas son éloge !!!) n’avaient comme tache que de corriger ses défauts en maintenant le niveau dans lequel il avait hissé le pays. C’est en cela que l’accession au pouvoir de Gbagbo est une espérance déçue, parce que tout un chacun avait cru en lui, du fait qu’il avait été un opposant farouche pour le Vieux et qu’il allait assurer une alternance démocratique réelle. Finalement, il a trompé tout le monde et c’est ce qu’il sait faire le mieux.

Certaines voix pensent que des nouveaux venus en politique peuvent relever le défi. Elles citent par exemple le gouverneur actuel de la Bceao, Charles Konan Banny. ? 

Sur ce point, je réponds qu'’en politique, il n’y a pas de génération spontanée. Prenez le cas de la France, les jeunes qui font de la politique et qui font l’actualité, je veux parler des Sarkozy, Holland et autres sont en politique depuis des années !!! On ne peut pas confier le destin politique de la Côte d’Ivoire actuelle à un jeune technocrate pour résoudre les problèmes. Le drame c’est qu’une classe politique veut réduire une autre classe politique, on veut catégoriser les citoyens, les classifier ; et cela la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui n’en a pas besoin. Il ne faut pas se voiler la face, il est indispensable que tous les ténors politiques actuels aillent aux élections.

D’aucuns exigent que tous les hommes politiques impliqués dans la crise se retirent de la course présidentielle. C’est de l’utopie et je disais tout à l’heure qu’il n’y a pas de génération spontanée en politique. On ne fait pas la politique derrière son ordinateur ou parce qu’on écrit dans les journaux. Ou encore parce qu’on est un haut fonctionnaire de la Bceao. Si la relève était prête, ce la fait plus de 5 ans que nous sommes dans une crise profonde et on n’a vu personne de la génération 40-50 émerger. Comment voulez-vous alors que quelqu’un qui sort politiquement de nulle part vienne résoudre une crise si aiguë  Le problème qui se pose actuellement concerne une génération politique. On parle toujours du problème Ouattara. Mais moi je dis que ce n’est pas l’individu Alassane Ouattara qu’il faut voir. C’est la catégorie d’Ivoiriens qu’il représente et qui se sont sentis exclus du débat politique et du pays même. S’il s’agissait d’un simple individu, le problème serait résolu. Mais les gens oublient que cet individu est le symbole d’une cause malgré lui ou malgré les personnes qui le soutiennent. Il est presque certain que la participation de M. Ouattara à des élections va résoudre beaucoup de problèmes. Maintenant quitte à gagner les élections cela est de son ressort et de celui de son parti politique. Mais lui fermer la porte des élections n’est pas démocratique. Il faut traiter tout le monde sur un pied d’égalité.

Votre point de vue sur l’alliance entre les “ frères ” ennemis d’hier, Bédié et Alassane Ouattara qui semble se consolider au fil des jours? 

Je suis heureux d’entendre de l’ancien président Bédié que l’ancien premier ministre Alassane Ouattara est son frère. On le dit souvent, il n’y a que les inconscients qui ne changent pas. Le président Bédié l’avait déjà prouvé en quittant le pouvoir sans effusion de sang. Il a prouvé au monde que la Côte d’Ivoire est plus importante que sa personne. Aujourd’hui, une alliance entre les deux hommes est à même de faire sortir le pays du gouffre. Surtout, cette entente doit faire prendre conscience à ceux qui s’accrochent encore au concept de l’ “ivoirité”, qu’il ne s’agissait que d’une erreur de l’Histoire. Les Ivoiriens doivent apprendre en toute circonstance à se donner la main et non à s’exclure inutilement. Moi je suis natif de la région de Zikisso (S/P de Lakota) et je puis vous dire que nos parents Dida ou Bété n’ont jamais eu de la haine contre les allogènes. La violence et la haine sont à mon sens le fait d’un groupuscule qui y tire tout son profit, au détriment de la majorité de la population. Même au sein du FPI, il y a nombre de personnes raisonnables qui ne partagent pas ces comportements d’exclusion et de xénophobie érigées en mode de pensée. 

Interview réalisée à Paris par Laurent Saki (Correspondance particulière) Directeur de Publication: KOUAKOU KOUAME - Redacteur en Chef: VICKY DELORE - - Contactez-nous Editeur: LES EDITIONS LE NERE, SARL au Capital de 5 000 000 Fcfa, Siège et rédaction: 2 Plateaux 25 BP 1082 Abidjan 25 Le Jour Plus. Copyright Le Jour

 

 Communiqué du 28 juillet 2005 

Qui va assumer, désormais, la responsabilité du devenir de la Côte d’Ivoire,

A trois mois d’une présidentielle annoncée, alors que dans quelques semaines cela fera trois ans que la Côte d’Ivoire est coupée en deux, rien ne laisse penser que notre pays avance dans la voie de la paix et de la réconciliation. Bien au contraire. Les médiations sous-régionales et internationales ont toutes échoué. La démobilisation des groupes armés est un mot d’ordre sans consistance. La France menace de se désengager du jour au lendemain. Les Nations unies sont impuissantes à imposer à Laurent Gbagbo la règle du jeu qu’elles ont définies en commun.

Il n’y a plus d’Etat en Côte d’Ivoire. Il n’y a même plus de République ivoirienne. Il ne reste qu’un pays à l’agonie qui, jour après jour, s’enfonce plus encore dans le chaos et où les populations vivent au mieux, dans la misère, au pire, dans la terreur. 

Puisque Gbagbo est là, chacun semble vouloir se laver les mains de ce qui se passe chez nous. Mais Gbagbo ne représente rien et ne contrôle rien. Si ce n’est une mafia économique et une milice armée. Le journal Libération, écrivait récemment que les“militaires français n’ont pas de mots assez durs pour qualifier les acteurs en présence”. Selon eux, écrit-il, “le régime Gbagbo est un régime fasciste, qui gouverne en s’appuyant sur la rue et les escadrons de la mort”. Alors, pourquoi laisser penser aux uns et aux autres que la communauté internationale peut encore négocier avec cet homme-là ? Le fascisme ne se négocie pas ; il se combat.

Fasciste et stalinien. Car Gbagbo, après être passé maître en falsification de l’Histoire, en montages grossiers, en provocations et autres manipulations comme on l’a vu avec les massacres de Duékoué puis les “attaques” contre Anyama et Agboville, n’hésite plus à liquider des citoyens ivoirien, des ressortissants de la sou-régions, exhibé a la télévision des prisonniers arraché a la prison d’Agboville comme des assaillants, ceux de ses généraux qui ne partagent pas sa vision d’une Côte d’Ivoire livrée aux exactions des “escadrons de la mort”. Il n’y a que le régime stalinien qui puisse liquider ainsi ses généraux ! A quand le goulag ?

Nous n’irons pas aux élections. Nous n’irons pas vers la paix. Nous n’irons pas vers la réconciliation. Nous allons, de plus en plus, en enfer, jour après jour, mois après mois, année après année. Notre dégringolade est inéluctable. Et alors que nous dégringolons plus vite encore, la “communauté internationale” est prête à nous abandonner aux mains meurtrières des “escadrons de la mort”. 

Tous ont échoué. La classe politique ivoirienne ; l’opposition ivoirienne ; la communauté ouest-africaine ; la communauté internationale. Il faut tirer les conséquences de ces multiples échecs. Et dire une fois pour toute à Gbagbo : assez, dégagez, nous allons mettre la Côte d’Ivoire sous tutelle internationale comme nous l’avons fait ailleurs, au Kosovo par exemple. Et si Gbagbo ne veut pas dégager, il faudra bien que quelqu’un s’en charge. Sinon, une fois encore, Paris, New York, Washington viendront pleurer sur un peuple martyr. Trop tard !

Diomandé Adama. Président de l’Association pour la Défense Démocratie et des Libertés (ADDL)

 

 

 

Dernière modification lejeudi, 21 avril 2016 16:00
Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

Site internet : www.addl-association.info
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