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Interpellé sur le cas Michel Gbagbo – Jean-Philippe Kaboré, « Je n'ai pas d'influence sur des décisions de justice ou de police en Côte d'Ivoire » / « Cas Michel Gbagbo : Blé Goudé interpelle Henriette Diabaté et Jean Philippe Kaboré »

L’interpellation de Charles Blé Goudé sur le silence de la Grande Chancelière Henriette Dagri Diabaté et son fils Jean-Philippe Kaboré, au sujet de l’interdiction de sortir du territoire national de Michel Gbagbo le fils de l’ex-dirigeant ivoirien, fait réagir les mis en causes. Ce vendredi 11 mai, Jean-Philippe Kaboré répond à l’ex-leader de la galaxie patriotique.

 « Je ne suis pas un politique. Je n’ai pas l’intention de me laisser instrumentaliser à des fins politiques. Je ne vois pas l’influence que je pourrais avoir sur des décisions de justice ou de police en Côte d’Ivoire, notamment sur la situation de Monsieur Michel Gbagbo que, par ailleurs, je ne connais pas », réagit le fils de la Grande Chancelière, joint par Poleafrique.info.   Pour Jean-Philippe Kaboré, l’interpellation de Charles Blé Goudé, depuis sa cellule de la CPI à La Haye est une « surprise ».

Dans un courrier rendu public par voie de presse nationale dernièrement, Charles Blé Goudé en détention à la CPI interpelle l’actuelle présidente du RDR, Pr Henriette Dagri Diabaté et son fils Jean-Philippe Kaboré. Il dénonce « un silence complice » de ces derniers sur le cas Michel Gbagbo, qui est interdit de sortir du territoire ivoirien alors qu’il souhaite se rendre à la Haye pour visiter son père Laurent Gbagbo, en procès pour crime contre l’humanité.

Charles Blé Goudé, brandit comme preuve une rencontre fructueuse qu’a eue Jean-Philippe Kaboré en 2009 avec Laurent Gbagbo au palais présidentiel. « Je n’aurais jamais évoqué cette histoire si Jean-Philippe et sa maman ne se rendaient pas coupable d’un silence complice face à l’interdiction de sortir du territoire que le pouvoir Ouattara impose à Michel Gbagbo », explique l’ex-leader de la galaxie patriotique.

« La rencontre avec le Président Gbagbo en 2009, dont parle Monsieur Blé Goudé a bien eu lieu. Elle s’est faite dans un cadre strictement professionnel. Je venais, en tant que directeur général de la chaîne de télévision sur le satellite, Télé sud, informer le chef de l’Etat ivoirien, es-qualité, qu’un documentaire sur la Côte d’Ivoire allait être réalisé par mes équipes, et solliciter son appui. Rien de plus, rien de moins. La même démarche que j’avais engagée au Congo Brazzaville, au Gabon, en Guinée, et j’en passe », réplique le fils de Dagri Diabaté.

En revanche, le mis en cause Jean-Philippe Kaboré interpelle à son tour Charles Blé Goudé sur des sévices qu’il a subis en 2000 alors que sa mère était responsable politique de l’opposition. « Enfin, je n’ai aucune affinité particulière avec ceux qui, en 2000, m’ont arrêté et torturé pendant des jours et des jours, uniquement parce que je suis le fils d’une personnalité politique qui était dans l’opposition au Président Gbagbo. J’en porte encore aujourd’hui les séquelles. Je ne crois pas, alors, avoir beaucoup entendu Charles Blé Goudé. Il a dit quoi, il a fait quoi, quand ses amis me tapaient dessus? », conclut-il à Poleafrique.info.  ::::::: Richard

Yasseu Source : rédaction Poleafrique.info  - Pole Afrique.info 

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Cas Michel Gbagbo : Blé Goudé interpelle Henriette Diabaté et Jean Philippe Kaboré

« Le temps passe, repasse et s’efface, les souvenirs restent ! ». Ainsi chantait le célèbre Julio Iglésias.

2008-2018, cela fait 10 bonnes années. Le temps est passé, et pourtant, le souvenir de ma rencontre avec Jean Philippe Kaboré, le fils de la chancelière Henriette Diabaté, Présidente du RDR me revient. C’était dans la salle d’attente du palais Présidentiel au Plateau, à Abidjan. Nous nous sommes salués et avons échangé quelques mots de courtoisie, pour briser le silence. C’était la première fois que je le voyais, je pense que lui aussi. Ce jour-là, le fils d’Henriette Diabaté était venu voir le Président Laurent Gbagbo, son tonton, l’ami de sa mère, pour solliciter son aide dans le cadre de ses activités à la chaîne de télévision panafricaine Télé-Sud. Jean Philippe a été reçu et bien reçu par le Président Laurent Gbagbo. Il est sorti de cette rencontre satisfait et bien heureux. En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo est connu pour son humanisme et sa générosité, il ne confond pas adversaire politique et ennemi.

Je n’aurais jamais évoqué cette histoire si Jean Philippe et sa maman ne se rendaient pas coupable d’un silence complice face à l’interdiction de sortie du territoire que le pouvoir Ouattara impose à Michel Gbagbo. En effet, alors que Michel Gbagbo a manifesté à plusieurs reprises son désir de visiter son père en prison à La Haye, le pouvoir Ouattara dont Henriette Diabaté est une personnalité importante et influente, l’en a toujours empêché. Ce qui me révolte, c’est l’indifférence de la chancelière Présidente du RDR et de son fils Jean Philippe vis-à-vis de Michel Gbagbo, le fils du bienfaiteur d’hier. Priver Michel Gbagbo de son droit élémentaire de visiter son père en prison procure peut-être au pouvoir Ouattara du bonheur, mais cela ne lui fait guère honneur. Le temps passe, repasse et s’efface, les souvenirs restent.

Fait à La Haye, le 09 Mai 2018 Charles Blé Goudé, Homme politique en transit à La Haye

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Situation sociopolitique en Côte d’Ivoire - Djah Koné (Pdt de Marcoussis-Paris) : «Le Pdci doit se préoccuper de la stabilité et non de calcul politicien »

L'Association Marcoussis-Paris, dirigée par Koné Djah, après une série de rencontres à Paris, a tenu une conférence de presse, le dimanche 25 mars 2018, dans la capitale française. Elle a fait une analyse minutieuse de la situation sociopolitique et économique en Côte d'Ivoire, avant d'adresser un satisfecit au Chef de l'Etat, Alasane Ouattara, pour ses actions. Ci-dessous la déclaration.

Le Père de la Nation, le Président Félix Houphouët-Boigny, s’adressant aux différents partis politiques ivoiriens, sans exception, les exhorta en disant ceci : « quels que soient vos différends politiques, vous devez rester des adversaires et non des ennemis. L’intérêt de la Côte d’Ivoire doit prévaloir». Il soutint ensuite que c’est dans la paix et le dialogue, qu’on peut construire une nation et développer notre pays. L’Association Marcoussis-Paris rend hommage alors, au Président Alassane Ouattara qui a appliqué scrupuleusement cette pensée chère au père fondateur du Pdci-Rda.

 Considérant que le Président Alassane Ouattara a fait fi des antagonismes du passé, pour faire non seulement appel au Président Bédié et le Pdci, mais aussi aux autres partis politiques au sein du Rhdp; il a fait preuve d’humilité et de sagesse, au motif que le défi du retard économique qu’accusait notre pays suite aux crises socio-politiques successives, requiert un travail à l’unisson. L’intérêt de la nation recommandait qu’il travaille avec des adversaires politiques et non avec des ennemis. C’est fort de ce principe, que le Gouvernement du Président Alassane Ouattara, conduit par le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, a mis un dispositif de rapatriement volontaire des réfugiés de la crise post-électorale avec succès, afin que ceux-ci retrouvent leurs domiciles ; qu’une telle démarche traduit une volonté réelle d’apaisement vers une sérénité sociale.

Considérant que le Président Alassane Ouattara a présenté un Gouvernement de consensus regroupant les meilleurs cadres de chaque composante du Rhdp. À ce jour, l’Administration ivoirienne est taillée sur mesure, selon une gestion consensuelle des instances dirigeantes, aux couleurs de l’ensemble des «houphouétistes». Mieux, là où les esprits malins se focaliseraient dans un intérêt partisan, le Président Alassane Ouattara propose de fondre son parti politique dans une formation plus large, au nom de l’intérêt national, la paix sociale, pour une Côte d’Ivoire réconciliée et des Ivoiriens réunifiés. Là où des frondeurs évoquent l’alternance sans programme politique, ni leader objectif, le Président Alassane Ouattara profère la nécessité de l’unité nationale, afin de prévenir et d’éviter le chaos, la guerre tribale et le désordre, pour sa succession.

Considérant que la conquête du poste de Président de la République est un contrat entre une personne et un peuple; que celui-ci doit avoir un projet social convaincant au-delà des partis politiques pour répondre à l’adhésion du plus grand nombre. Et qu’une fois élu, le président doit être accompagné par tous les acteurs de la vie politique et la société civile, pour la mise en place de son projet de gouvernement.

Par conséquent, le Pdci doit s’appesantir sur la réalisation du projet présidentiel, auquel il est, lui-même, un partenaire essentiel. Comme un gage de confiance réelle, le Président Alassane Ouattara n’a pas hésité à confier à son partenaire, le Pdci, le ministère des infrastructures chargé de la réalisation des grands chantiers de développement énoncés pendant sa campagne électorale.

Un programme infrastructurel si bien piloté, que l’image d’après-guerre de la Côte d’Ivoire ne laisse aucune séquelle physique et visible de désolation, comparativement aux pays frères qui ont connu des périodes de troubles similaires. Aussi, faut-il rappeler au Pdci, de traduire la solidarité à l’exclusion de la division en son sein. Cette attitude serait un préalable à la paix pour toute la Côte d’Ivoire. Un Pdci divisé signifie un navire ivoire qui vacille. Le Pdci doit se préoccuper de la stabilité nationale, de la paix sociale et non de calcul politicien. Considérant qu’une alternance politique mal préparée dans un climat de tension socio-politique, est non seulement non souhaitable mais surtout détestable. C’est-à-dire en cas de péril en la demeure, il faut sauver la Côte d’Ivoire d’abord ! Telle est la remarque faite dans les grandes démocraties où les différents acteurs politiques s’entendent pour une nécessité nationale. C’est ce que souhaite actuellement le Président Alassane Ouattara. Bien entendu, avec le concours du Président Bédié, incompris et pris en otage par les siens, quant à la réalisation du projet de parti unifié, dans lequel les adversaires politiques d’hier parleraient d’une même voix.

Les frondeurs du Pdci doivent se rappeler de l’esprit de paix prôné par le père fondateur. Considérant qu’il faut reconnaître que la Côte d’Ivoire a eu de la chance d’avoir un leader aussi pragmatique que pacifiste, en la personne du Président Alassane Ouattara. Un leader qui sait que, pour créer une administration responsable, il faut des institutions efficaces. C’est fort de cette réalité, qu’il a opté pour la transformation de notre assemblée parlementaire monocamérale en chambre bicamérale, avec l’introduction du Sénat dans la nouvelle Constitution.

 Considérant que la nécessité du Sénat fut évoquée dans le programme des différents candidats aux élections présidentielles d’octobre 2010, que le Président de la République n’a fait qu’entériner par voie référendaire, ce que le corps électoral réclamait. Considérant que le Sénat, contrairement à la position des agitateurs qui le critiquent, est une institution à l’avantage de la démocratie parlementaire voire nationale. C’est-à-dire qu’il exprime un équilibre au niveau de l’adoption et de l’amélioration de nos textes législatifs. En effet, grâce au Sénat, les préoccupations des régions, des départements et des Ivoiriens résidant à l’extérieur du pays, seront bien au centre du débat national et du débat parlementaire. Par conséquent, la diaspora ivoirienne ne peut que saluer le Président Alassane Ouattara, quant à la désignation de sénateur au bénéfice de la diaspora. La Côte d’Ivoire ayant un statut particulier au sein de l’Uemoa, mérite d’avoir un Sénat digne de ce nom, en concurrence avec l’Assemblée nationale, pour avoir des normes législatives qui garantissent les investissements.

Considérant enfin, que les crises socio-politiques ont négativement impacté certains secteurs économiques, dont le transport public. Le transport public urbain abidjanais est devenu moins confortable et très onéreux quand on considère le rapport qualité-prix ; Ce n’est point de trop d’affirmer que les transports publics, en général, connaissent le même problème, tout simplement parce que le parc auto ivoirien s’est détérioré au fil des ans. Pour pallier cet handicap, le Gouvernement du Premier ministre Gon Coulibaly, avec la bénédiction du Président Alassane Ouattara, a commandé environ deux milles nouveaux autobus, pour que les usagers de ce service public renouent avec un plus grand confort. C’est aussi l’expression de l’augmentation du pouvoir d’achat des usagers abidjanais, avec au moins plus de 5000 emplois supplémentaires créés.

Considérant que les opportunités de création d’emplois dans le transport sont nombreuses. Le Gouvernement a donc mis en place des fonds pour aider les jeunes entrepreneurs ivoiriens, à disposer de véhicules neufs sur le marché ivoirien, à des prix compétitifs par rapport aux vieux véhicules ne garantissant ni conforts ni tenue de route. Considérant qu’il faut plutôt chercher à comprendre la mise à disposition de ces fonds, que de se laisser entraîner par la désinformation ; que c’est pour les jeunes entrepreneurs ivoiriens de tirer profit d’un système inédit dans la sous-région en particulier, pour ne pas dire en général en Afrique.

C’est donc avec une vive et grande ovation, que l’Association Marcoussis-Paris salue les actions du Président de la République, et le soutient pour l’exercice du premier mandat de la troisième République, au nom de la paix, la stabilité et le rayonnement de notre pays. Vive la Côte d’Ivoire, Vive la paix, Vive le Président Alassane Ouattara Fait a Paris le 25 mars 2018. Président de Marcoussis-Paris KONE Djah

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Le Président de la République n'a pas pouvoir constitutionnel d'interférer dans le domaine du Pouvoir Judiciaire ( séparation des pouvoirs) pour être comptable des décisions rendues par celui-ci.

Par Pierre SOUMARAY

Le Professeur émérite F. WODIÉ, par probité intellectuelle, a pris soin de préciser " Ecrivant les lignes qui suivent, c’est moins la raison que le cœur qui parle ! Et, moi, mon cœur saigne ". Dès lors, il pouvait livrer son sentiment personnel, exprimer son incrédulité et son émotion, sans que cette subjectivité ne puisse lui être reprochée, quant à la recherche d'une opinion objective sur le dossier qui motive, sa prise de position publique ( oublions son relatif devoir de réserve, en tant qu'ancien Président du Conseil Constitutionnel et la sélectivité de l'objet du propos: personne,époque.).

Cela a suffit à enflammer la toile et les médias, parce qu'elle exprimait les souhaits des uns et des autres, pour des raisons toutefois différentes. Le jugement d'autorité était trouvé, au regard de sa qualité. Donc, il pouvait être exploité diversement..

En effet, l'obligation d'impartialité et d'objectivité, aurait voulu que cette opinion, soit donnée après avoir énoncé des éléments précis, susceptibles de mettre en cause la décision de justice prétextée (violation du Droit, iniquité du Procès, atteinte aux droits de la défense ), et l'appareil judiciaire à qui est imputé la charge de conduire avec diligence, indépendance et compétence les procédures. En particulier celles relatives aux personnalités politiques. Or, il n'en est rien dans ses propos (dysfonctionnement grave dans l'administration de la justice). Il ne pouvait ni remettre en cause le Droit, notamment le Code Pénal (intime conviction des jurés dans les procès d'assises), ni la grande famille judiciaire à laquelle il appartient désormais.

Le Président de la République n'a pas pouvoir constitutionnel d'interférer dans le domaine du Pouvoir Judiciaire ( séparation des pouvoirs) pour être comptable des décisions rendues par celui-ci. Il ne dispose que du pouvoir de grâce. In fine, c'est celui-ci que son propos vise au principal, en parlant de rassemblement et de réconciliation. Cependant, sa comparaison au passé pointe une constante qui peut inquiéter. Faudrait-il alors qu'il en dise plus, pour aider à redresser la situation, car la grâce présidentielle ne règle pas la question. Il existe une demande forte de justice de la part des justiciables ordinaires, et la Loi ne saurait distinguer deux catégories de citoyens ( les forts, les puissants, les politiques et les autres les faibles, les anonymes), sans rompre le principe rigoureux et inflexible de l'égalité devant la Loi.

CONCLUSION :

La réconciliation et le rassemblement, oui. Mais attention à la façons dont on veut les faire. Sinon nous nous exposons à laisser se poursuivre dans notre société, certaines tares qu'il faut corriger (criminalité politique, atteinte à l'indépendance des juges, insuffisances de l'appareil judiciaire en ressources, non respect du Droit en fonction de nos affinités politiques et de nos relations personnelles) . Lorsqu'on est pas d'accord avec une décision de justice, on use des voies légales de recours, plutôt que de jeter l'opprobre sur les institutions de la République. Par ailleurs, nous avons l'obligation citoyenne de la respecter, quelle que soit notre opinion personnelle. C'est un principe républicain qui participe de l'autorité de la Justice et de l'État. Corrigeons la, en dénonçant de manière motivée et constructive ses faiblesses, mais ne la bafouons pas. C'est une attitude contre-productive et dangereuse.

Par Pierre SOUMARAY

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Prostitution: la nouvelle traite des noires en France /Pour signaler aux passeurs leur « valeur », les trafiquants les habillent en blanc quand elles traversent la Méditerranée

"La loi votée le 6 avril prévoit de pénaliser le client, et donne de nouvelles armes...

Ce matin est le premier du reste de sa misérable vie. Diana* vient d’atterrir en France. Elle a 18 ans, le gris de Paris l’émerveille. Elle se dit qu’elle a eu raison de quitter la pauvreté de Benin City, sa ville natale, immense et violente, dans le sud du Nigeria. Elle va devenir étudiante, la femme qui l’accompagne le lui a promis. « J’ai juré que je rembourserais le prix de mon passage en Europe sans savoir combien et en pensant que cela incluait le coût de mes études », explique Diana. Le taxi longe un grand boulevard, Barbès, le quartier de Château- Rouge, la rue des Poissonniers, une petite Afrique où les boutiques ressemblent à celle que son oncle tient au pays.

Soudain, tout s’assombrit. Diana se souvient de la minuscule chambre d’hôtel, du verrou qui se ferme et du premier mot de français qu’elle comprend : prostitution. Le jour se lève et ses rêves s’écroulent. La bienfaitrice devient la « mama », une mère maquerelle qui lui réclame 60 000 euros, le coût de son voyage en enfer. Au début, la mama suit sa « fille » sur le trottoir : c’est elle qui parle aux clients. « Je ne savais pas encore dire “20 euros la passe, 100 euros la nuit”. Alors elle traduisait », raconte Diana. La mama a deux alliés, une barre de fer et le « juju ». La magie noire est la clef de voûte de ce commerce humain transnational en pleine expansion. Quelques jours avant leur départ du Nigeria, la mama avait conduit Diana et d’autres jeunes filles dans la maison d’un sorcier, le « jujuman ».

La cérémonie comprend des scènes de transe, l’absorption de potions, le prélèvement de sang, de cheveux et d’ongles. Les futures prostituées sont convaincues qu’un sort leur est jeté : elles doivent obéir à la mama afin de préserver la sécurité de leur famille. Le sorcier leur a remis un objet : un cadenas entouré de ficelle, enfermé dans un sac en plastique et saupoudré de sang séché. Leur chaîne d’esclaves modernes. En France, le « juju » continue de s’exercer : philtres de docilité, d’invincibilité et de contraception. Dans ce cas, il est composé de vingt comprimés de paracétamol et de jus de citron. Les policiers de la brigade de répression du proxénétisme (BRP) constatent l’emprise de ces traditions détournées à des fins criminelles. Le commissaire divisionnaire Jean- Paul Mégret explique : « Il suffit que les mamas invoquent le “juju” pour que les filles entrent dans un état de peur panique et n’osent plus témoigner. » En région parisienne, il existe une dizaine de ces réseaux de traite, organisés au Nigeria par des gangs armés ultraviolents inspirés des Crips de Los Angeles. Ils sont reconnaissables à la couleur de leurs vêtements et se livrent à des guerres de territoires. La plupart des victimes sont recrutées dans les campagnes autour de Benin City. Elles sont jeunes, 20 ans au maximum, une garantie de docilité. Des hommes de main sont chargés de tabasser les parents des insoumises, voire de les exécuter. La terreur porte ses fruits, d’autant plus pourris qu’ils baignent dans le « juju ».

Pour signaler aux passeurs leur « valeur », les trafiquants les habillent en blanc quand elles traversent la Méditerranée

Récemment, les cinquante hommes de la BRP ont fait tomber un de ces réseaux, celui des Authentic Sisters. Comme les autres, il était organisé selon un système pyramidal que les hommes dirigent depuis le Nigeria. Pour gérer le trafic à Paris, ils envoient les mamas, anciennes prostituées qui ont remboursé leurs dettes. De victimes, elles deviennent bourreaux. C’est un vol Air France qui a mené Diana à son malheur, mais la plupart des Nigérianes empruntent les routes traditionnelles des migrants clandestins. La nouvelle traite des Noires suit le trajet d’un nouveau commerce triangulaire, de l’Afrique de l’Ouest à l’Europe, via le Maghreb. « Le phénomène est récent et important, explique Guillaume Lardanchet de l’association Hors la Rue. Certaines sont mineures, parfois de 12 à 14 ans, mais elles utilisent des faux papiers de majeures. » Voitures ou cars jusqu’en Libye, attente à Tripoli, passage en Italie par bateau. A bord, on leur remet des vêtements clairs qui les différencient des autres migrants et signalent leur « valeur » aux passeurs : ces derniers les placent au centre des embarcations, afin qu’elles ne risquent pas de tomber à l’eau…

Les précieuses marchandises patientent ensuite dans les camps, avant d’être conduites sur les trottoirs. Comme Diana, elles « travaillent » de jour et de nuit. L’eldorado qu’on leur avait promis, c’est la Goutte d’Or, près du métro Château-Rouge, « où les clients sont africains », précise Diana. Après, selon les aléas du commerce, elles sont déplacées au bois de Vincennes, « où les hommes sont blancs ». Leur secteur, aisé à trouver, est une allée mal éclairée où, la nuit, une quarantaine de camionnettes blanches stationnent en file indienne, suffisamment espacées pour que les clients puissent se garer. « Allez, viens bébé ! 20 euros, 20 euros… » entend-t-on constamment. Les automobilistes ralentissent, s’arrêtent ou passent à la suivante. Dans les cabines avant, les filles allument des lampes à pétrole ou des bougies, d’immenses cierges de couleur dont les flammes réchauffent. Leurs profils juvéniles se dessinent en clair-obscur ; on distingue leur maquillage pailleté, les strass de leur soutien-gorge, leur seul vêtement. Celles qui sont nues gardent une croix autour du cou, reste de culture chrétienne de leur Nigeria natal. Pour un camion, havre de fortune qu’elles partagent à deux ou trois, et à l’arrière duquel elles reçoivent les clients, il faut payer 1 000 euros aux mamas. Les plus jeunes, aux formes quasi enfantines, habillées en jeans et baskets comme des collégiennes, arpentent le bord de la route à pied.

Afficher l'image d'origine« Dans ces cas-là, on va dans les buissons, raconte Diana. Les voitures des clients, c’est trop dangereux. » Tous les dix jours, Diana devait verser 1 000 euros à sa mama. En trois ans, elle lui en a « remboursé » 30 000, sans toucher un centime. Dans certains réseaux, les filles cotisent dans une caisse commune, utilisée pour les soins médicaux, à condition de respecter les règles : la loyauté envers le collectif, l’obéissance des novices vis-à-vis des plus anciennes, le remboursement de la dette et le silence. Mais quand un client lui a cassé un doigt, Diana n’a jamais pu se faire soigner à l’hôpital. « Et en cas de grossesse, les avortements sont faits par les mamas, jamais elles ne voient de médecin », précise le commissaire Jean-Paul Mégret. Avant d’ajouter, dépité : « Cette prostitution d’abattage est un enjeu majeur pour nous. Je me demande qui sont les hommes qui sollicitent ces filles… Ils ne peuvent pas ignorer qu’ils participent à une exploitation de l’être humain. » La loi votée le 6 avril, qui prévoit de pénaliser le client, va, estime Mégret, lui donner de nouvelles armes : « Nous allons prendre des mesures qui auront un effet sur la prostitution visible, celle de la rue. Celle des Nigérianes, donc. La loi est votée, on l’appliquera. » Les syndicats de police interrogent : « Par quel moyen ? Qui va verbaliser les clients ? »

La loi votée le 6 avril prévoit de pénaliser le client, et donne de nouvelles armes

Stanislas Gaudon, du syndicat de police Alliance, est perplexe : « Il va falloir prendre le client sur le fait, donc le surveiller en civil… Ça va poser un problème d’effectifs. Peut-être faut-il créer de nouvelles unités. » A l’Unsa, mêmes inquiétudes. Le secrétaire général Philippe Capon insiste : « C’est une mission supplémentaire pour la police. » Pour l’instant, les policiers semblent absents du bois de Vincennes. Lors de nos cinq nuits de reportage, nous n’en avons croisé aucun. Les prostituées nigérianes n’ont qu’un secours, celui des associations qui tournent dans les bois parisiens et sur les boulevards extérieurs pour leur apporter café, biscuits, préservatifs. Ce sont elles qui préviennent la police de la présence de mineures. A Vincennes, les filles des camions connaissent les bénévoles d’« Aux Captifs, la libération », dont l’objectif est de créer un lien avec elles pour les aider. Jean-Marc Oswald, le porte-parole, reconnaît dans la nouvelle loi une « volonté d’éclaircir les choses. Elle permet de poser une norme pour changer les mentalités.

Certaines mesures sont positives si elles se concrétisent : facilitation de l’obtention du titre de séjour, aide à l’insertion. Mais le risque est de se cacher derrière ces petites mesures pour masquer la passivité politique et collective ». Yves Charpenel, président de la Fondation Scelles et procureur à la Cour de cassation, souligne : « En Suède, où cette loi existe, le marché est mort pour les proxénètes, les réseaux ont perdu 50 % de leur chiffre d’affaires. Il faut que la France devienne inhospitalière à ces trafics, d’autant qu’il y a collusion entre le crime, le terrorisme et la prostitution. » Diana, une des premières à s’en être sortie, ne sait pas quoi en penser. Après quatre ans de cet esclavage, elle n’est plus prostituée ; à 25 ans, elle fait figure d’aînée pour ses ex-compagnes de galère. Même si elle vit sous calmants pour atténuer les angoisses du « juju » qui l’a presque rendue folle. Elle a été accueillie dans un foyer grâce à l’association « Equipes d’action contre le proxénétisme », dont la présidente, Elda Carly, déclare : « Cette loi renforce le statut de victime des prostituées comme Diana, mais il faut plus de moyens et de policiers. » Cette femme souriante est la bonne fée de Diana. Grâce à elle, la jeune fille espère obtenir des papiers pour travailler, peut-être dans un restaurant. « Je ne veux pas retourner au Nigeria. J’aime la France. »

Source: msn

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