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INVITÉ AFRIQUE (RFI) A. Ouattara: «Nous avons commencé à rapatrier les Ivoiriens de la Libye dès 2015»

INVITÉ AFRIQUE (RFI) A. Ouattara: «Nous avons commencé à rapatrier les Ivoiriens de la Libye dès 2015» Pourquoi est-ce que vous maintenez ce suspens sur votre candidature ou non-candidature en 2020 ?

***Non, je n’ai pas maintenu de suspens. J’ai dit qu’en 2020 on verra. Je donnerai ma décision***

Au lendemain du 5ème sommet UA-UE à Abidjan, l'invité d'Afrique Matin est son hôte le président ivoirien Alassane Ouattara. Son pays, la Côte d’Ivoire, est particulièrement concerné par les questions migratoires qui furent au centre des débats du sommet et qui ont abouti à la création d'une «Task Force» pour venir au secours des migrants victimes de réseaux esclavagistes en Libye. Alassane Ouattara répond aux questions de notre correspondant permanent en Côte d'Ivoire.

Rfi : Monsieur le président, on arrive à la conclusion de ce sommet Union africaine-Union européenne avec beaucoup d’annonces et une annonce phare, en relation à cette question de la migration: la création d’une force d’intervention. Ça, c’est la solution immédiate et d’urgence. Mais comment résoudre le problème à sa racine ?

Alassane Ouattara : La question de la migration a été introduite en plus, à cause de la situation en Libye. Des solutions ont été proposées. Mais ce que j’aimerais dire de manière plus précise, c’est que la Côte d’Ivoire a commencé à faire ce qui a été demandé. Nous avons, depuis 2015, rapatrié près de 1 000 Ivoiriens, ces trois dernières semaines. Avant même que le film de CNN ne passe, nous avions pris la décision de faire rentrer 550 Ivoiriens de Libye. Au total, d’ici le mois de mars, nous aurons fait rentrer 1500 Ivoiriens sur les 4 000 qui sont en Libye. Et les autres, nous sommes prêts à les faire rentrer quand ils le voudront. Nous condamnons ce qui se passe. Je l’ai dit, c’est choquant. C’est inacceptable, c’est ignoble. Maintenant, nous devons prendre nos responsabilités, aussi bien au niveau des Etats que des institutions. Au-delà de la Côte d’Ivoire, tous les pays africains, pour la plupart, ont des croissances économiques importantes.

Et malgré cette prospérité, les Africains en général continuent à aller chercher ailleurs du bien-être et de la richesse. Est-ce qu’il y a un problème de redistribution de cette richesse de la croissance économique ?

Chaque pays a sa particularité. En Côte d’Ivoire nous essayons, non seulement que la croissance soit inclusive, nous investissons dans l’éducation, dans la santé, nous améliorons les conditions de vie des paysans, nous investissons dans les infrastructures… Alors, je suis préoccupé par ce qui se passe en Côte d’Ivoire et surtout par rapport aux Ivoiriens. Sur cela, nous avons commencé à donner le maximum d’informations à nos jeunes. Egalement, essayé de traquer les passeurs et de les mettre en prison, parce qu’il y a des gens qui en font un commerce. Ceci est inacceptable. Quant aux raisons, elles sont diverses. Et la migration normale n’est pas quelque chose d’interdit. C’est d’ailleurs une très bonne chose pour le monde en général. Et la Côte d’Ivoire est en l’exemple.

L’Union européenne bloque les migrants en Libye ?

Oui, mais vous savez, ce que l’Union européenne fait concerne l’Union européenne.

Et là vous avez pu en discuter avec eux, vous étiez au sommet ?

Nous en avons discuté. Je crois qu’ils ont compris. Ils ont un problème d’opinions nationales. Vous savez, nous avons une crise ici à dix-quinze ans à cause de la faiblesse de la croissance économique et de l’exploitation politique [du fait] qu’il y avait des étrangers ici et là. Donc ça arrive dans tous les pays. Mais la maltraitance n'est pas acceptable. Monsieur le président, l’un des autres sujets qui étaient abordés à ce sommet, en bilatéral notamment, c’était la question de sécurité. Vous avez rencontré le président Macron. Il a aussi été question de la création d’une école pour former les Forces spéciales.

Cette école serait créée d’ici la rentrée de 2018 ?

On espère le milieu de l’année prochaine. Vous savez, la lutte contre le terrorisme demande des Forces spéciales. Et la Côte d’Ivoire a été choisie pour accueillir cette école, qui sera une école d’excellence pour la formation des Forces spéciales, pas seulement de Côte d’Ivoire, mais également des pays de la sous-région. Je considère que c’est nécessaire, parce que ces attaques terroristes deviennent traumatisantes pour nos populations. Et je remercie le président Macron d’avoir choisi la Côte d’Ivoire pour implanter cette unité de formation.

Le président Macron a également dit qu’il ferait tout pour faciliter l’extradition de François Compaoré. Tout d’abord, un commentaire là-dessus: qu’est-ce que vous en pensez ?

Non, ce qu’il a dit concerne les relations entre la France et le Burkina. Je n’ai pas de commentaires. Mais c’est un ressortissant qui vit ici de temps en temps, à Abidjan. Il fait des voyages entre Abidjan et Paris.

Est-ce qu’on a des raisons d’être un peu surpris de cette libre-circulation, alors qu’il a un mandat d’arrêt international ? 

Pour le moment c’est un problème entre le Burkina et la France. Je ne ferai pas de commentaires. 

Ces questions liées au Burkina Faso, le fait que Blaise Compaoré vive ici, qu’il est de nationalité ivoirienne, est-ce que ça n’empoisonne pas durablement les rapports entre les deux pays, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ?

Ce n’est pas mon sentiment, parce que les Burkinabè sont les bienvenus ici. Nous avons 3 à 4 millions de Burkinabè, qui vivent bien en Côte d’Ivoire, qui sont intégrés, qui contribuent au développement de ce pays. Il y a également des Ivoiriens qui vivent au Burkina et les choses se passent très bien au niveau des populations. Maintenant, le président Compaoré est en Côte d’Ivoire et les uns et les autres savent dans quelles circonstances. Je pense que c’est une bonne chose pour le Burkina qu’il soit en Côte d’Ivoire. Je considère que cela n’entache en rien nos bonnes relations avec le Burkina et notamment avec mon ami et frère, le président Roch Marc Christian Kaboré.

Est-ce qu’il est légitime que les Burkinabè demandent un langage de vérité et de justice par rapport à certaines histoires du passé ?

Mais ça c’est l’affaire des Burkinabè. Ce n’est pas mon affaire ! 

Monsieur le président, une ou deux questions de politique intérieure. Concernant ces affaires de caches d’armes dont on n’a pas cessé de parler dans la presse – des caches d’armes retrouvées chez le chef du protocole de Guillaume Soro ­–: depuis un certain nombre d’années, la Côte d’Ivoire dit que le processus DDR - Désarmement-Démobilisation-Réinsertion - a fonctionné et on trouve six tonnes d’armes chez un particulier, et qui plus est, un commis de l’Etat. Est-ce que vous trouvez normal que l’on retrouve six tonnes d’armes cachées dans une maison à Bouaké ?

Ah non. Mais écoutez, ce n’est pas un dysfonctionnement. Nous avons trouvé des armes chez un particulier. Cela n’est pas normal et la justice a mis cette personne sous mandat de dépôt et les choses se feront normalement, selon le processus judiciaire. Mais ce particulier n’est pas n’importe qui. C’est un commis de l’Etat. Et on dit que d’autres caches d’armes existent encore en Côte d’Ivoire. Pour moi, tous ces particuliers sont des Ivoiriens. Je traite à égalité tous les Ivoiriens. Quel que soit leur bord, quel que soit leur rang. Et, par conséquent, je n’ai pas du tout à protéger ou à punir qui que ce soit. La justice fait son travail et nous continuons de rechercher les caches d’armes. Effectivement, cette découverte nous a donné l’impression que peut-être il y a d’autres caches d’armes. Et si c’est le cas, nous allons les retrouver. Six tonnes d’armes c’est beaucoup. Six tonnes d’armes, c’est excessif. 

Concernant la perspective de 2020, vous avez donné une interview il y a quelque temps à nos confrères, concernant une hypothétique candidature en 2020. Vous avez dit : « A priori je ne me présenterai pas ». Pourquoi est-ce que vous maintenez ce suspens sur votre candidature ou non-candidature en 2020 ?

Non, je n’ai pas maintenu de suspens. J’ai dit qu’en 2020 on verra. Je donnerai ma décision. Donc il y a suspens, on n’est pas certain. Quand on s’était vus en 2015, lors de la campagne présidentielle, vous avez dit que vous ne vous présenteriez pas pour un troisième mandat.

Est-ce que les choses ont changé depuis ?

On connaîtra ma décision en 2020. Pourquoi est-ce que vous êtes moins catégorique aujourd’hui que vous ne l’étiez il y a trois ans ? En 2020 vous connaîtrez ma réponse.

Par Frédéric Garat (RFI)

En visite en Afrique de l'Ouest, Emmanuel Macron veut rompre avec ses prédécesseurs "les réponses du Président MACRON ont été bien appropriés"

Quand on est en dernière année formation d'ingénierie qu'on prend pour responsable le Président de la FRANCE du dysfonctionnement des normes de la construction dans son propre PAYS , je trouve cela triste et humiliant pour son PAYS et son President present. Quand le chef d'État Français promet de doter votre université d'une unité de savoir. vous lui demandez comment l'alimenter en électricité au même moment ce chef d'État va inaugurer la plus grande centrale d'énergie solaire de l'Afrique de l'Ouest dans votre PAYS. C'est qu'on a une mentalité profonde de colonisé.Donc on n'a rien compris de THOMA SANKARA. Pour moi les réponses du Président MACRON ont été bien approprié  / DIOMANDE Adama.

À lire aussi Emmanuel Macron a prononcé, mardi à Ouagadougou, un discours très attendu sur sa politique africaine, où il s'est adressé à la jeunesse et a assuré les Burkinabè de son amitié

.Retour sur les temps forts de son discours. Pendant plus de 2 h 45, Emmanuel Macron a tenté de séduire 800 étudiants de l'université de Ouagadougou venus l’écouter, mardi 28 novembre, à l’occasion de son premier "grand oral" africain.

En visite en Afrique de l'Ouest, Emmanuel Macron veut rompre avec ses prédécesseurs

• Au début de son discours, le chef de l’État français a brièvement évoqué la grenade qui a visé, deux heures avant son arrivée, des soldats français dans le nord de Ouagadougou, sans vouloir y donner de l'importance. Cette attaque, qui a fait trois blessés parmi les riverains, n'a pas été revendiquée.

• Le président a martelé qu’il n’était pas venu pour dispenser des leçons, mais proposer "avec humilité d’inventer ensemble une amitié. Une amitié pour agir". Son discours se voulait en rupture avec les interventions passées des précédents présidents français. Il s'est présenté devant la jeunesse burkinabè comme le représentant d'une génération pour laquelle "les crimes de la colonisation européenne sont incontestables", tout en relevant qu'il y avait eu aussi "des grandes choses et des histoires heureuses" dans ce passé.

• Le chef de l’État a annoncé vouloir frapper les passeurs qui exploitent les migrants en Libye. Il a également annoncé "un soutien massif à l'évacuation des personnes en danger" en Libye, qualifiant de "crime contre l'humanité" la vente de migrants comme esclaves.

• Sur la question des femmes, Macron s'est posé en défenseur de l'émancipation des femmes africaines, déclarant vouloir que "partout en Afrique une jeune fille puisse avoir le choix de ne pas être mariée à 13 ou 14 ans".

• Lors d’une séance de questions-réponses détendue avec l’assistance, Emmanuel Macron s'est ensuite déclaré totalement ouvert sur la question de l'avenir du franc CFA, son périmètre, son nom et son existence même. "La France accompagnera la solution qui sera portée par vos dirigeants."

• Il a par ailleurs invité une étudiante, à travers une question critique vis-à-vis de la France, à "rompre avec cette habitude de toujours [lui] reprocher ce qui se passe mal ici".

• Il a enfin balayé les thèmes de la culture du sport et de la langue française. "Notre langue est aujourd’hui autant africaine que française. Elle a parcouru le monde entier et nous unit. Elle a un avenir, il se joue ici."

À lire aussi : "Burkina Faso : Macron promet de déclassifier tous les documents sur l'assassinat de Sankara"

Emmanuel Macron a débuté sa tournée africaine en annonçant mardi matin que la France allait déclassifier "tous les documents sur l'affaire Sankara", du nom de l'ancien président burkinabè assassiné en 1987.

Le président français Emmanuel Macron a promis, mardi 28 novembre, à l'issue d'un entretien avec le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré à Ouagadougou, que tous les documents français concernant l'assassinat de l'ancien président burkinabè Thomas Sankara en 1987 seraient "déclassifiés".

"Les archives sont aujourd'hui disponibles et ouvertes à la justice burkinabè, sauf pour les documents classifiés et couverts par le secret défense. J'ai pris un engagement clair et je viens de le dire au président Kaboré : ces documents seront déclassifiés pour la justice burkinabè, qui aura accès à tous les documents sur l'affaire Sankara", a déclaré le président français lors d'un point presse.

La mort de Thomas Sankara, devenue une figure panafricaine, était un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de l'ancien président Blaise Compaoré, qui a succédé au "père de la révolution".

Blaise Compaoré, qui vit en exil en Côte d'Ivoire depuis 2014, est soupçonné d'avoir participé au complot par de nombreux Burkinabè, qui y voient aussi la main de la France, ancienne puissance coloniale qui aurait été gênée par la politique anticolonialiste de Sankara.

Avec AFP Alexander Joe, AFP Texte par FRANCE 24

BURKINA FASO EMMANUEL MACRON Réactions en Afrique sur les réseaux sociaux après le discours d'Emmanuel Macron Par RFI Publié le 28-11-2017 Modifié le 29-11-2017 à 00:03 La jeunesse africaine était au coeur du discours prononcé par le président français Emmanuel Macron mardi 28 novembre à Ouagadougou. « Burkina Fiasco » pour les uns, espoirs de sortir du franc CFA pour les autres, les réactions sont mitigées

 Avalanche de réactions sur la Toile avec, d'abord, cet hommage à Thomas Sankara, « une première pour un président français », note un internaute sur Facebook. Un autre, originaire du Cameroun, y voit au contraire un « leurre pour les Africains naïfs ». « Le meilleur hommage à rendre à Sankara - écrit-il - c'est de reconnaître le rôle de la France dans son élimination ». 

Les réactions sont très variées sur Twitter, comme l'on peut s'en douter. Une internaute, Olivia Nlogo, insiste sur le fait que la jeunesse était « davantage dans la rue que dans cet amphithéâtre » où Emmanuel Macron s'est exprimé. .

Dans une vidéo, un Burkinabé dit son ras-le-bol de la politique « france-africaine » et il ajoute : « s'il y a un défi qu'Emmanuel Macron doit relever, c'est de nous faire sortir du franc CFA ». 

Un avis que ne partage par forcément Gbadé, un internaute guinéen. « Les Africains pensent que leur malheur se trouve dans le franc CFA. Plusieurs pays africains n'ont pas le CFA et sont plus pauvres ». 

Autre sujet très commenté, ce moment où Emmanuel Macron explique que ce n'est pas à lui de s'occuper de l'électricité dans les universités burkinabè. Roch Marc Christian Kaboré en profite pour s'absenter quelques minutes et du tac-au-tac Emmanuel Macron lance : « Il est parti réparer la climatisation ». 

Vous me parlez comme si j'étais toujours une puissance coloniale, mais moi je ne veux pas m'occuper d'électricité dans les universités au Burkina Faso ! C'est le travail du président (...) [rires, applaudissements, tandis que le président Kaboré s'absente momentanément] Du coup il est parti réparer la climatisation... Emmanuel Macron à l'université Ouaga1 28-11-2017 - Par Pierre Pinto .

Des propos jugés familiers et arrogants par beaucoup d'internautes, comme Philo Makiésé du Congo qui parle d'une humiliation. Une humiliation « bien méritée » selon elle pour des présidents africains qui se comportent « comme des sous-fifres face aux Occidentaux ». D'autres enfin n'hésitent pas à parler de cette visite comme d'un « Burkina Fiasco ». 

Le discours d'Emmanuel Macron à Ouagadougou : Edition spéciale 19h30-20h00 28-11-2017 - Par Marie Casadebaig

VIDÉO / Discours de Macron à Ouagadougou (REPLAY )

À travers la jeunesse Burkinabé nous venons de vivre directement l’immaturité de cette jeunesse Africaine souvent par leurs questions immatures car ils pensent que la FRANCE les colonise encore toujours, ils ont oublié leurs propres devoirs et ont oublié la responsabilité de leurs gouvernants. Bravo! au Président MACRON d'avoir dépoussiéré le discours de la FRANCE . DES réponses sans tabou sur le CFA et l’immigration sur les vendeurs trafiquants Africains de leurs semblables.

POINT DE VUE / Par Achille Mbembé et Felwine Sarr / « Africains, il n’y a rien à attendre de la France que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes ! »

Avant le discours du président Macron à Ouagadougou, les philosophes Achille Mbembé et Felwine Sarr estiment que la France reste un problème pour le continent.

Emmanuel Macron accueillis à l’aéroport de Ouagadougou par le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kabore, le 27 novembre. Fermons un instant les yeux sur ces spectacles d’un autre âge que nous offrent les chefs d’Etat africains accueillant parfois jusqu’à l’obséquiosité le locataire de l’Elysée du moment. Figure obligée et sempiternelle de telles cérémonies : la foule massée au bord des routes, haute en couleur et tambours battant, attendant des heures sous un soleil de plomb ; certains pays allant même jusqu’à fermer leurs écoles pendant quarante-huit heures pour honorer comme il se doit cet invité de marque au nom d’une hospitalité africaine de légende. Fermons-les encore sur cette autre scène : ces sommets France-Afrique ou Afrique-France, où un chef d’Etat d’une puissance moyenne réunit une cinquantaine de ses homologues africains et leur administre des leçons de démocratie, de sécurité, d’économie, de droits humains et de bonne gouvernance, quand il ne les rabroue pas purement et simplement.

Que les Africains et ceux qui les dirigent se le tiennent pour dit. Ils sont sur le point d’en recevoir une énième. Le dernier locataire de l’Elysée, que la presse de son pays surnomme Jupiter, s’apprête en effet à prononcer son discours sur l’Afrique à Ouagadougou, mardi 28 novembre. Comme il l’a d’ores et déjà montré s’agissant des Africains, il a la condescendance facile.

Aversion, lassitude et appels à la rupture.

Tout cela, oublions-le un instant. Mettons de côté les éventuels malentendus, les affects colériques, voire l’indignation. Un fait néanmoins demeure : la relation avec la France a été et reste problématique pour les Africains.

A ce titre, elle doit faire l’objet d’un examen sans complaisance, d’une réflexion approfondie et indépendante tournée vers le futur. En effet, plus d’un demi-siècle après les indépendances, la France n’est-elle pas, de tous les Etats occidentaux, celui dont les interventions dans ses anciennes colonies, multiformes et répétées, prêtent le plus à controverse ?

N’est-elle pas, de toutes les grandes et moyennes puissances, celle qui subit de plein fouet l’aversion d’une part importante de l’opinion africaine ?

Au demeurant, ne l’accuse-t-on pas de tout et de son contraire, ce qui ne la condamne guère a priori, mais ne la disculpe en rien non plus ? Sa présence sur le continent constituerait, dit-on, une menace pour l’autonomie de nos peuples et leur soif d’autodétermination. Tantôt elle entraverait le rythme et la direction que devraient prendre les transformations dont nous avons tant besoin, tantôt elle imprimerait, de par ses actions, un cours paroxystique à ce processus, comme ce fut le cas hier lors du génocide des Tutsi au Rwanda, et comme cela risque d’être le cas demain, à la faveur de ce qui se trame en ce moment dans la bande sahélo-saharienne.

Puissance parasitaire, elle vivrait sur le dos de l’Afrique et ne devrait son rang dans le monde qu’au rapport d’extraction scellé avec les élites locales au moment de la décolonisation – rapport sans cesse reconduit sous des formes qui ne trompent plus personne. D’où, au sein des classes éduquées et de la jeunesse politisée, lassitude, raidissement et appels stridents à la rupture et au désengagement. Vieux fond négrophobe.

Il y en a qu’étonne encore cette perception négative. L’arrogance inconsciente du mépris aidant, d’autres nient l’existence même d’un problème et préfèrent tout balayer du revers de la main.

Le recul est pourtant indubitable, et de veau d’or, il n’en est plus. L’aversion, récemment, ne s’est-elle pas cristallisée sur le franc CFA, précipitant des mobilisations transnationales contre cette monnaie désormais prise dans les mailles d’un procès en illégitimité qui n’est pas prêt d’être clos ? Devons-nous, par ailleurs, faire semblant de ne point entendre la clameur qui monte, s’agissant du rôle qui lui est imputé dans la destruction de l’Etat libyen, laquelle aurait accéléré les dynamiques de désagrégation dans l’espace sahélo-saharien ? Ou encore les dénonciations répétées de sa politique migratoire et l’établissement de centres de triage humain à l’intérieur même des frontières de pays africains formellement souverains ?.

« DANS QUELLE MESURE L’EXTERNALISATION DES FRONTIÈRES DE L’EUROPE A-T-ELLE TRANSFORMÉ LES ETATS MAGHRÉBINS EN GARDE-CHIOURMES DE L’OCCIDENT ? ».

Plus grave encore, dans quelle mesure l’externalisation des frontières de l’Europe a-t-elle transformé les Etats maghrébins en garde-chiourmes de l’Occident, attisant par là même le vieux fond négrophobe et non interrogé de leurs sociétés, puis canalisant et détournant leur propre ressentiment contre le mauvais objet, les Négro-Africains que ces Etats enferment dans des camps de fortune, dont ils se débarrassent en plein désert à la manière de déchets, lorsqu’ils ne les exposent pas à des pogroms et aux trafics d’un autre âge ?

Très nombreux, ces griefs ne sont donc pas que symboliques et tout ne se ramène pas a une affaire d’affects contrariés. Dans la plupart des cas, c’est l’ordre géopolitique sorti tout droit de la colonisation et la place subalterne qu’y occupe l’Afrique qui sont remis en cause. L’on ne saurait comprendre autrement la dénonciation des accords secrets et inégaux qui autorisent l’implantation de bases militaires chez nous et ratifient l’immixtion de la France dans les affaires internes de ses ex-colonies. Dans d’autres cas, la condamnation porte sur le soutien forcené qu’apporte le pays des Lumières aux potentats les plus obscurantistes de la région.

Pour le reste, grossie, déformée ou non, la présence française en Afrique fait l’objet d’une dispute objective et il ne sert a rien de prétendre le contraire.

Ne pas se tromper de diagnostic Que disent les Africains sinon que certaines modalités de l’action de la France sur le continent créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent ? Qu’en règle générale, ce sont les Africains qui paient le prix le plus élevé de ces aventures ? Et que cela doit cesser si tant est que le projet consiste à se frayer des chemins nouveaux ?

 Reste à savoir pourquoi il en est ainsi et pourquoi, plus d’un demi-siècle après la décolonisation, il est si difficile d’infléchir cette logique.

Encore faut-il ne pas se tromper de diagnostic.

 Un antagonisme caricatural voudrait faire passer la France pour un ennemi du continent. Comme d’autres puissances, elle y défend ses intérêts. En auraient-ils, il appartient aux Africains de définir clairement les leurs et de les défendre avec la même détermination, chez eux comme partout ailleurs dans le monde, en France y compris. Mais en ont-ils la volonté et s’en donnent-ils les moyens ? Sauront-ils convoquer toute l’intelligence nécessaire à cette fin et s’organiser collectivement ?Dans la poursuite de ses intérêts en Afrique, la France a, depuis l’époque coloniale, clairement choisi ses alliés locaux. En règle générale, il s’agit non pas des peuples eux-mêmes ou encore des sociétés civiles, mais de potentats souvent cruels et sanguinaires

« LES NOUVELLES GÉNÉRATIONS D’AFRICAINS REPROCHENT À LA FRANCE D’AVOIR LIÉ SON SORT À CELUI DE CLASSES DIRIGEANTES QUI N’HÉSITENT PAS À SPOLIER L’ESSENTIEL DE CE DONT LEURS PEUPLES ONT BESOIN POUR ENTRETENIR LES CONDITIONS DE LEUR DIGNITÉ »

Entourés d’une caste servile déterminée à se reproduire indéfiniment au pouvoir, il s’agit, dans la plupart des cas, de tyrans disposés à traiter les leurs comme des captifs de guerre.

L’un des procès les plus significatifs intentés contre la France par les nouvelles générations d’Africains est d’avoir lié son sort à celui de classes dirigeantes qui n’hésitent pas à spolier l’essentiel de ce dont leurs peuples ont besoin pour créer et entretenir, chez eux, les infrastructures d’une vie humaine libre de toute humiliation, qu’il s’agisse des richesses de leurs sols et sous-sols, des ressources nécessaires à la production artistique et symbolique, ou des conditions anthropologiques de leur dignité.

Que, sur la longue durée, la politique française de puissance en Afrique ait été un bric-à-brac de militarisme, de mercantilisme et de paternalisme n’est point pour les rassurer, encore moins la cohorte de ceux qui, n’ayant strictement rien à perdre, sont prêts à prendre toutes sortes de risques avec leur vie et celle des autres.

Héritière directe de l’ère du protectionnisme, de l’expansion coloniale et du racisme conquérant, cette politique aura surtout servi, depuis le XIXe siècle, de béquille au pirate, à l’aventurier et au bon samaritain, pour ne rien dire de la caravane armée et du chasseur d’hommes, du trafiquant d’esclaves et des compagnies concessionnaires aujourd’hui repeintes aux couleurs du jour.

Du coup, elle n’aura jamais été loin du crime, disposée comme elle l’aura sans cesse été, à fermer les yeux, chez nous, sur ce qu’à la vérité nul ne tolérerait dans le reste du monde.

 Alors que le capitalisme financier continue sa mue, ne laissant souvent derrière lui qu’un vertigineux champ de ruines et des milieux inhabitables et hostiles à toute vie, le grand risque pour l’Afrique est que, sous couvert de la rhétorique de l’entrepreneuriat, de la paix et de la sécurité, l’organisation de l’économie ne devienne inséparable d’activités guerrières, extractives et finalement prédatrices. Enfermés dans le giron linguistique francophone.

Ne pas se tromper de diagnostic signifie aussi ne point faire de la France le bouc émissaire de tant de malheurs que nous aurions pu éviter, mais que, plus que de coutume, nous nous auto-infligeons.

Ne pas se tromper de diagnostic signifie, par ailleurs, ne pas lui octroyer davantage de pouvoir qu’elle n’en a véritablement dans nos affaires. Du reste, libérer notre imaginaire de ce fardeau mental exige de reconnaître qu’elle ne dispose guère de la capacité de nous faire faire n’importe quoi, et surtout contre notre gré.

 Elle aura beau régner grâce à la crainte et à la corruption, la France n’a, dans ses ex-colonies d’Afrique, aucune puissance intrinsèque hormis celle que nous lui avons cédée. Tant que, dans ce rapport, nous lui permettrons de mettre chaque fois la plus grande part de son côté, rien ne changera.

 « LA FRANCE N’A, DANS SES EX-COLONIES D’AFRIQUE, AUCUNE PUISSANCE INTRINSÈQUE HORMIS CELLE QUE NOUS LUI AVONS OCTROYÉE. TANT QUE, DANS CE RAPPORT, NOUS LUI PERMETTRONS DE METTRE CHAQUE FOIS LA PLUS GRANDE PART DE SON CÔTÉ, RIEN NE CHANGERA ».

Etablir un bon diagnostic suppose finalement de prendre acte d’événements culturels majeurs dont on ne mesure pas encore toutes les implications pour le futur des relations franco-africaines.

Et d’abord, à supposer qu’elle se soit jamais retrouvée dans cette position, la majorité des Africains n’attend plus, aujourd’hui, grand-chose de la France. Il reste à faire le pas suivant, c’est-à-dire comprendre qu’il n’y a rien à attendre du reste du monde que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes.

De façon plus décisive encore, il n’existe plus, en Afrique, de base sociale assez large et susceptible d’octroyer une légitimité à la politique française de puissance. Le modèle qui consistait à engranger le soutien de potentats sanguinaires et à se passer de l’assentiment des peuples a atteint ses ultimes limites.

Pour son fonctionnement, ce modèle présupposait l’existence, par le haut, d’un bloc clientéliste franco-africain opérant sur la base d’un échange intensif de bons procédés, au sein d’un réseau asymétrique de protection.

Par le bas, une rente de la circulation (visas, bourses, possibilités d’aller et de venir et autres facilités) permettait aux couches moyennes et aux classes éduquées de participer à ce bloc hégémonique. Deux pilliers, le franc CFA et la langue française, en assuraient la fluidité. 

Or, en partie à cause de l’aveuglement de la France elle-même, la base sociale sur laquelle s’appuyait ce dispositif n’a cessé de se fragiliser. Le nombre de ceux qui jadis bénéficiaient de cette rente s’est drastiquement amenuisé. Attirés par d’autres horizons, intellectuels, artistes, professionnels en tout genre, étudiants et classes moyennes font désormais défection. Une bifurcation culturelle s’esquisse parmi les élites. Elle oppose désormais ceux qui sont enfermés dans le giron linguistique francophone à ceux qui en sont sortis. Ces derniers parlent d’autres langues (l’anglais notamment) et s’inscrivent désormais dans d’autres faisceaux d’intérêt et de sens. 

Rejet de toutes les expressions d’un colonialisme latent .

Mais, par-dessus tout, les nouvelles générations ont pris conscience que les rapports franco-africains postcoloniaux reposent sur très peu de valeurs que la France et l’Afrique auraient en partage. Dans un contexte de tarissement des rentes de la circulation, cette vacuité morale et le défaut de légitimité qui s’ensuit expliquent, plus qu’on ne l’a laissé entendre, le recul de l’influence française en Afrique. 

Plus que leurs aînés, les jeunes Africains savent que la survie de l’Afrique ne dépend pas de la France, tout comme la survie de la France ne devrait guère dépendre de l’Afrique. Elles ont compris que le fait d’avoir eu, à un moment donné, un passé en commun ne nous condamne pas à envisager un futur ensemble, surtout si ce futur doit se construire à notre détriment. 

Entre nous, il ne saurait donc y avoir de relation que mutuellement consentie. 

Il s’ensuit que l’histoire nonobstant, la relation entre la France et l’Afrique est purement contingente. Rien ne nous empêche d’y mettre un terme. Encore faudrait-il prendre la pleine mesure de ce que cela coûte. .. Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir à un moment où le processus de décolonisation de l’imaginaire africain est en phase d’accélération. Désormais, des pans entiers de la jeunesse rejettent viscéralement les survivances du pacte colonial et toutes les expressions d’un colonialisme latent. 

« DES PANS ENTIERS DE LA JEUNESSE REJETTENT VISCÉRALEMENT LES SURVIVANCES DU PACTE COLONIAL ET TOUTES LES EXPRESSIONS D’UN COLONIALISME LATENT ».

Les structures fondamentales de cette décolonisation se donnent le mieux à voir dans la production artistique et esthétique et dans le renouveau de la pensée critique. 

Les grands déplacements culturels susceptibles de marquer durablement le paysage mental dans les années qui viennent s’articulent autour du désir irrépressible de mobilité, du refus des frontières et de la revendication, y compris transgressive, d’un droit inaliénable à la circulation. 

Voudrait-il sortir la politique africaine de la France des marais du militarisme, du mercantilisme et du paternalisme, le nouveau chef de l’Etat français dispose d’une fenêtre de tir historique. Saura-t-il faire preuve de la puissance intellectuelle et de la force morale requises ?.

Car, pour y parvenir, affairisme et économisme ne suffiront guère. Ils ne sont, ni l’un ni l’autre, des concepts. C’est, littéralement, à un autre imaginaire en gestation qu’il faut se greffer. 

Les arts du XXIe siècle seront africains .

A supposer, comme nous le croyons, qu’il y a encore quelque chose à sauver de cette relation, de quoi s’agit-il et à quel prix ? .

Nul doute, d’abord de la densité des rapports humains, de la somme des vies communes, des visages d’hommes et de femmes, tissées au long de quelques cycles de cohabitation, et qui pourraient constituer un terreau possible de coalitions fécondantes. 

Comment oublier, d’autre part, la langue, ce bien commun et en supplément, qu’il s’agit à la fois de dénationaliser et de dé-francophoniser afin d’en faire une langue-monde, la manifestation vivante de l’universalité que prône, aujourd’hui, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne ? .

Que dire par ailleurs de la production artistique et de la création esthétique ? Puisque les arts du XXIe siècle seront africains, comment ne pas s’en servir pour faire éclore, ensemble, de nouvelles virtualités ? 

« LA GRANDE QUESTION PHILOSOPHIQUE, ESTHÉTIQUE ET CULTURELLE, MAIS AUSSI POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE DU SIÈCLE EN COURS EST CELLE DE LA MUTUALITÉ, DE LA MOBILITÉ ET DE LA CIRCULATION » La réinvention des rapports entre la France et l’Afrique n’a de sens que si ces rapports contribuent à une nouvelle imagination du monde et de la planète. La grande question philosophique, esthétique et culturelle, mais aussi politique et économique du siècle en cours est celle de la mutualité, de la mobilité et de la circulation. 

Réinventer la relation avec l’ex-puissance coloniale exige de remplacer le colonialisme par de nouveaux rapports de mutualité, de réciprocité et d’égalité. Le vieux lien colonial a pour socle la reproduction structurelle de multiples asymétries – économiques, politiques, symboliques. 

Emmanuel Macron raccompagne le président guinéen Alpha Condé après une réunion à l’Elysée, le 22 novembre 2017. Pour construire ces nouveaux rapports fondés sur le respect et la mutualité, il faudra en finir avec l’ensemble des dispositifs symboliques qui assignent aux Africains une position de subalternité que l’on cherche ensuite à faire passer pour naturelle.

Dans le domaine économique, il s’agit d’en finir avec la relation d’extraction et de prédation des ressources naturelles et matières premières du continent.

Afin d’inverser un rapport économique structurellement défavorable aux pays africains, la question des flux financiers illicites rapatriés par les multinationales françaises, des exonérations fiscales indues, des contrats miniers ou pétroliers léonins imposés aux Etats africains, de l’effectivité des transferts de technologies doit être mise sur la table et faire l’objet de transparence

Un rêve d’apartheid s’est emparé du monde Au-delà des jeux de puissance, la seule discussion d’avenir avec la France, le seul débat philosophique digne d’intérêt avec ce pays qui a significativement contribué à la vie de l’esprit, c’est celui-là : comment assurer la durabilité de ce monde, le seul que nous avons en partage.

Cette durabilité exige la redistribution la plus équitable possible du droit universel à la mobilité et à la circulation. Cette politique de la circulation planétaire, il nous revient d’en imaginer les fondements éthiques, à l’heure où le rêve d’apartheid semble s’être à nouveau emparé du monde. 

Cette conversation, c’est à nous de la conduire, au-delà de la politique des Etats, avec ceux qui, des deux côtés de la Méditerranée et du Sahel-Sahara, ne sont pas satisfaits de la manière dont nos gouvernements respectifs organisent le cloisonnement des mondes et la reconduction des tutelles anciennes dans les conditions contemporaines. Achille Mbembé et Felwine Sarr dirigent Les Ateliers de la pensée de Dakar. Ils ont coédité Ecrire l’Afrique-monde (Paris, Philippe Rey, 2017).

Le Monde Afrique / En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/27/africains-

 

Première tournée africaine pour Emmanuel Macron

Le président français est attendu lundi soir au Burkina Faso, point de départ de sa première tournée africaine, qui doit aussi le mener en Côte d’Ivoire et au Ghana. Renouveler les relations entre la France et l’Afrique, quand tant de promesses ont déjà été faites en ce sens. A l’instar de ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande, Emmanuel Macron ne pourra se soustraire à l’engagement un peu vain de donner un énième coup de grâce à la « Françafrique », concept dont les contours s’estompent à mesure que l’emprise de l’ex-puissance coloniale recule au sud du Sahara. Conscient que le président « ne sera pas le premier à porter la promesse du renouvellement », son entourage assure que les actes suivront les mots, sans sous-estimer la difficulté de cette première tournée africaine : améliorer l’image de la France sur une partie du continent où son influence est tout à la fois réelle, contestée et fantasmée

 Depuis son élection, le président de la République, qui fit son stage de l’ENA au Nigeria, a effectué deux voyages express au Mali, mais ce long déplacement du 27 au 30 novembre au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire puis au Ghana sera l’occasion de « fixer le cadre de son approche de l’Afrique », de « formuler son projet » qui ira « au-delà de l’aide au développement », indique l’Elysée.

 S’adresser à la jeunesse Fort de l’atout de la jeunesse – il n’a pas 40 ans, sur un continent où l’âge médian est de 20 ans et les dirigeants souvent au pouvoir depuis plus longtemps –, Emmanuel Macron promet de placer le sujet au centre de son attention et de ses intentions. A cet effet, le chef de l’Etat doit prononcer, mardi 28 novembre, un discours à l’université de Ouagadougou, qui sera sans aucun doute le point d’orgue de ce voyage. « Il tentera de s’adresser à la jeunesse africaine avec une posture d’humilité, devant un public loin d’être conquis d’avance et qui n’a pas forcément une bonne image de la France », explique son équipe. La demande de levée du secret-défense sur l’assassinat du président Thomas Sankara en 1987, dossier dans lequel les doutes sur...

Par Cyril Bensimon .

Comment Macron a travaillé son « adresse à la jeunesse africaine » pour éviter les faux pas Le Conseil présidentiel pour l’Afrique a aidé à constituer l’ossature du discours que le président doit prononcer mardi 28 novembre à Ouagadougou.

Une adresse à la jeunesse africaine. Emmanuel Macron prononcera mardi 28 novembre devant 800 étudiants, à l’université de Ouagadougou (Burkina Faso), un long discours pour présenter sa « vision personnelle du rapport de la France avec le continent africain », selon l’Elysée. Cela fait plusieurs semaines que le chef de l’Etat travaille ce texte avec sa plume, le normalien Sylvain Fort.

 Pour ce discours inaugural, l’Elysée a voulu innover dans la méthode. M. Macron a dîné le 14 novembre avec les représentants du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), qui se réunissent chaque semaine depuis fin août pour nourrir la politique africaine du chef de l’Etat. « L’échange avec le CPA a aidé à constituer l’ossature du discours », explique un conseiller.

Autre innovation, les auteurs se sont imprégnés d’une série de micros-trottoirs réalisés par les médias locaux à l’université de Ouagadougou, afin de recueillir l’état d’esprit des étudiants, notamment leur vision de la France. « On a abondamment lu tous ces micros-trottoirs avant de rédiger le discours », explique un conseiller, qui ajoute : « C’est du brut, ça ne fait pas forcément plaisir à entendre. » .

Improvisations polémiques .

 De manière générale, le chef de l’Etat – qui a des prétentions littéraires – apporte un soin particulier à ses discours, surtout depuis son arrivée à l’Elysée, où ses textes sont plus construits que pendant la campagne. Selon le sujet abordé, un conseiller technique apporte une « base défrichée » à la plume Sylvain Fort, qui engage ensuite un processus d’allers et retours avec le président. Ce dernier se montre attentif à la dynamique du texte, à son souffle, plus qu’aux détails. Il relit et retravaille ses discours la nuit ou le week-end. « Il annote beaucoup dans la dernière ligne droite », explique un conseiller. Lire aussi : Première tournée africaine pour Emmanuel Macron Novice en politique, M. Macron, qui a une courte expérience en la matière, a évolué dans sa manière de préparer ses interventions. A Bercy, il fonctionnait par « bullet point ». Ses collaborateurs lui préparaient une fiche cartonnée au format A5 avec une introduction et une conclusion rédigées et plusieurs points synthétiques à développer. Le président réclame désormais des discours entièrement écrits sur des feuilles volantes. Même si, face au public, il décide souvent de s’écarter du texte. « Il refait 25 % des discours à l’oral, explique un conseiller. Il se nourrit des lieux ou des contacts qu’il a eus avant. » Ses improvisations provoquent parfois des polémiques, comme début septembre à Athènes, quand il avait soudain morigéné les « fainéants ».

 Mais M. Macron reste plutôt fidèle au texte écrit quand il s’agit des discours mémoriels, indique l’Elysée. Il pourrait l’être aussi s’agissant de son discours sur l’Afrique, où chaque mot comptera. Les digressions de Nicolas Sarkozy sur « l’homme africain (…) pas assez entré dans l’Histoire », en 2007 à Dakar, avaient durablement terni sa relation avec l’Afrique. Par Solenn de Royer .

 LE MONDE Le 27.11.2017 à 11h03 • Mis à jour le 27.11.2017 à 11h50 En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/27/comment-macron-a-travaille-son-adresse-a-la-jeunesse-africaine-pour-eviter-les-faux-pas_5220894_3212.html#s6TjBfTzLG0rdAts.99 LE MONDE Le 27.11.2017 à 05h50 • Mis à jour le 27.11.2017 à 10h28 S'abonner dès 1 € Réagir AjouterPartager (317)Tweeter image: http://img.lemde.fr/2017/11/27/1282/597/5114/2557/768/0/60/0/234de0d_873-1rduodd.v2ql.jpg Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec le président ivoirien Alassane Ouattara au palais de l’Elysée, le 31 août. L’ACCÈS À LA TOTALITÉ DE L’ARTICLE EST PROTÉGÉ Première tournée africaine pour Emmanuel Macron Il vous reste 62 % de l’article à lire En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/27/premiere-tournee-africaine-pour-emmanuel-macron_5220743_3212.html#XWdJDslm8EKP7twi.99

 

Tahar Bekri : "Je suis blessé dans ma chair" / TRIBUNE. Face aux marchands d'esclaves en Libye, le poète tunisien nous adresse ses mots contre une arabité et un islam qui lui font honte.

Je suis blessé dans ma chair. Tous ces corps mutilés, torturés, pour humilier des êtres, les faire chanter, les asservir, exploiter leur détresse, les vendre dans le marché de l'abject. Comment rester silencieux, se taire devant l'insoutenable vérité ? Un marché d'esclaves au mépris du droit, de la loi, au nom d'une pseudo idéologie qui organise la barbarie moderne, le chaos universel.

Des Noirs à la recherche d'une vie digne risquent au prix de leur vie les parcours les plus épineux, les voilà violentés, aux mains de marchands, criminels enrichis, engraissant les paradis fiscaux, en Libye, dans un pays africain qui méprise ses frères, dans le pays du poète de langue arabe, le Soudano-Libyen Mohamed Faytouri qui a consacré toute son œuvre aux chants d'Afrique Aghani Ifriquiya.

De quelle religion se nourrissent ce mépris, cette haine ?

De quelle philosophie se nourrit ce piétinement des droits humains pendant que le monde regarde son visage immaculé des taches de la vilenie ?

Pas en mon nom, pas de cet islam-là qui me couvre de honte et contre lequel les Zendjs (les Noirs) se sont révoltés déjà en 869 ! en Irak, sous le califat abbasside ! Pas de cette arabité-là, usurpée, dégradante, cupide et insultante au genre humain ! Pas de cette berbérité-là bafouée et qui laisse faire.

Où sont les lois de l'hospitalité, de la grandeur généreuse ?

Le respect de l'Autre ?

Faut-il te plaindre désert si riche en pétrole et pauvre en partage ?

La cécité est complice. L'indifférence est coupable. La responsabilité est collective et mondiale.

La Libye est-elle devenue le nouveau territoire de Daech ?

Crimes et contrebandes en toutes sortes… jusqu'aux êtres humains ! Sommes-nous en train de mesurer l'ampleur du désastre, de l'atteinte à la dignité de notre humanité ? Pendant des années, avec le regretté Tchicaya U Tam'si nous avons tenté de développer un dialogue entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne qui s'est prolongé à Tanger,

Léopold Sédar Senghor l'avait entamé auparavant avec Habib Bourguiba, en Tunisie, en joignant la berbérité et l'africanité. Nous essayons depuis longtemps d'apaiser les blessures historiques. Bâtir une Afrique fraternelle. Celle-là est mienne, pas celle que vous souillez ! 

PAR TAHAR BEKRI* / Le Point Afrique 

Takar Bekri est poète, derniers livres parus : "Mûrier triste dans le printemps arabe", Al Manar.

"Les arbres m'apaisent" (livre d'art), peintures acryliques, Annick Le Thoër, Al Manar.

FRANCE / Remaniement : Benjamin Griveaux porte-parole, Olivier Dussopt et Delphine Gény-Stephann entrent au gouvernement

A l’Elysée, petit remaniement et grandes manœuvres Soignant une posture rassembleuse, le chef de l’Etat se montre désireux de désamorcer les grognes. Il devrait procéder lundi ou mardi à un mini-remaniement pour pallier le départ de Christophe Castaner.

Après l’élection, samedi 18 novembre à Lyon, de Christophe Castaner à la tête de La République en marche (LRM), censée redonner corps et vie au parti dans la perspective des prochains scrutins, Emmanuel Macron continue à dérouler ses plans.

Sans surprise, il procédera en tout début de semaine – vraisemblablement lundi après-midi, quoi qu’il en soit avant mercredi – à un remaniement de son gouvernement, pour pallier le départ de l’omniprésent porte-parole du gouvernement. L’Elysée devait opérer par simple communiqué, comme c’est l’usage quand le gouvernement n’a pas présenté sa démission. Or le chef de l’Etat n’a pas l’intention de chambouler son équipe. « Rien ne plaide pour un remaniement d’ampleur, car il n’y a pas d’erreur de casting », justifie-t-on à Matignon.

A la tête du parti de la majorité, M. Castaner devra alimenter la « réflexion » pour « l’après-2018 », estime-t-on dans l’entourage du premier ministre, Edouard Philippe, où l’on est bien conscient que le programme présidentiel ne suffira pas à occuper le quinquennat. Il devra aussi réarmer le parti en perspective des prochaines échéances électorales. Lundi et mardi, le chef de l’Etat recevra d’ailleurs les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, François de Rugy (LRM) et Gérard Larcher (LR), ainsi que les responsables des partis, pour les consulter sur les élections européennes de mars 2019. 

Les européennes, test crucial M. Macron est favorable à un retour à une circonscription nationale, comme dans les trois quarts des pays de l’Union européenne (UE), alors que la France est divisée depuis 2004 en huit circonscriptions. Un moyen de donner plus de visibilité à la future campagne, à l’heure où M. Macron entend réformer l’UE en profondeur, même si la situation politique délicate dans laquelle se trouve sa principale partenaire Angela Merkel risque de lui compliquer la tâche. Le chef de l’Etat souhaiterait aussi changer le mode de scrutin afin d’introduire.

FRANCE / Remaniement : Benjamin Griveaux porte-parole, Olivier Dussopt et Delphine Gény-Stephann entrent au gouvernement La promotion de Benjamin Griveaux au poste exposé de porte-parole marque le retour en grâce de l’un des fidèles de la première heure d’Emmanuel Macron.

Une techno, un socialiste et un fidèle de la première heure. Le remaniement annoncé depuis le début de semaine a livré un casting représentatif de la méthode Macron. Avec la promotion de Benjamin Griveaux au poste exposé de porte-parole à la place de Christophe Castaner, il marque le retour en grâce de l’un des fidèles de la première heure du président de la République. Il avait pourtant été mal servi en juin, héritant, avec un secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’économie et des finances, du dernier poste dans l’ordre protocolaire du gouvernement.Le nouveau patron de La République en marche (LRM), M. Castaner, conserve pour sa part, à l’occasion de ce deuxième remaniement sous l’ère Macron, son poste de secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement. 

Sa double casquette, chef de parti et responsable des relations avec les autres formations politiques au Parlement, était pourtant critiquée au sein de la majorité. Elle l’a été aussi par l’opposition. « Le maintien de M. Castaner au gouvernement, chargé des relations avec le Parlement, est un scandale démocratique. C’est le symbole ultime de la caporalisation du Parlement », a ainsi dénoncé le député Les Républicains (LR) du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont sur Twitter.

Olivier Dussopt, un proche de Manuel Valls .

Avec le choix de Delphine Gény-Stephann pour renforcer le ministre de l’action et des comptes publics Gérald Darmanin et son collègue de l’économie et des finances Bruno Le Maire, Emmanuel Macron fait à nouveau appel à une personnalité de la société civile, ancienne de Saint-Gobain et de Bercy. Il l’a préfèrée à la députée (LRM) de l’Essonne Amélie de Montchalin, dont le nom avait circulé cette semaine. 

Delphine Gény-Stephann photographiée en 2016 lorsqu’elle était vice-présidente du plan et de la stratégie du groupe industriel Saint-Gobain. Emmanuel Macron fait également un geste politique avec la nomination comme secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique du député socialiste de l’Ardèche Olivier Dussopt. Proche de Manuel Valls mais toujours encarté au PS, il offre une caution de « gauche » au chef de l’Etat, mis en cause par l’opposition socialiste pour sa politique budgétaire jugée trop à droite et son choix de confier les clés de Bercy à deux figures issues de LR. 

Juste après l’annonce de son entrée au gouvernement le numéro un du PS et sénateur du Val-d’Oise Rachid Temal a annoncé sur son compte Twitter que M. Dussopt « n’est plus membre du PS » évoquant « la cohérence politique ». Une annonce confirmée par un communiqué du parti d’Epinay, qui souligne que cette nomination survient trois jours après le vote de M. Dussopt contre le projet de loi de finances 2018 du gouvernement. 

« Finalement Macron fait comme Sarkozy : du débauchage individuel #NouveauMonde ? », a complété, vendredi soir, le trésorier du PS, Jean-François Debat, sur Twitter. Le député de Seine-et-Marne Olivier Faure, président du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée nationale, a usé des mêmes termes dans un communiqué pour dénoncer des « nominations opportunistes » et « l’écran de fumée » des ralliements. En revanche, Manuel Valls s’est réjoui de la nomination de son « ami » M. Dussopt. « Il a l’expérience du terrain, le sens de l’Etat et il veut la réussite de la France. Il fait le bon choix », a écrit sur Twitter l’ancien chef du gouvernement. De même, Gérald Darmanin, s’est dit « heureux de l’accueillir à [ses] côtés dès demain pour travailler ensemble ». 

Lire aussi : Le retour en grâce de Benjamin Griveaux, nommé porte-parole du gouvernement .

Le retour en grâce de Benjamin Griveaux, nommé porte-parole du gouvernement L’ambitieux secrétaire d’Etat, mis de côté depuis le début du quinquennat, remplace Christophe Castaner, qui prend la tête de La République en marche.

Benjamin Griveaux et Christophe Castaner le 1er mai à Paris. Annoncé depuis plusieurs jours, provoqué par l’élection samedi 18 novembre de Christophe Castaner à la tête de La République en marche, l’Elysée a procédé vendredi 24 novembre à un remaniement – le deuxième depuis le début du quinquennat – du gouvernement. Le poste de porte-parole, jusque-là occupé par Christophe Castaner, échoit à son collègue Benjamin Griveaux. Le poste de secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, que M. Griveaux occupait jusqu’ici échoit désormais à Delphine Gény-Stephann. 

Ce remaniement, annoncé en début de semaine, a pris plus de temps que prévu, l’exécutif se laissant le temps de vérifier la situation fiscale et patrimoniale des nouveaux entrants, afin d’éviter les mauvaises surprises. 

Lire aussi : A l’Elysée, petit remaniement et grandes manœuvres .

Pour remplacer M. Castaner au poste stratégique de porte-parole, le chef de l’Etat a décidé de faire confiance à Benjamin Griveaux, un autre « marcheur » de la première heure qui retrouve ainsi un peu de lumière, après avoir été mis dans l’ombre depuis l’élection de M. Macron. 

Le président a semblé hésiter un temps entre M. Griveaux, qui était opérationnel pour avoir occupé cette fonction de porte-parole pendant la campagne présidentielle, et le fidèle secrétaire d’Etat à la cohésion des territoires, Julien Denormandie, plus discret mais en qui M. Macron a entièrement confiance. « Julien est un homme de dossiers, qui maîtrise à la perfection les sujets complexes et techniques, Benjamin est plus généraliste et plus politique », résume le député LRM Aurélien Taché.

Quant à M. Castaner, il se maintient comme secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement. Le député des Alpes-de-Haute-Provence, qui était peu enthousiaste à l’idée de prendre la direction du parti présidentiel, a toujours souhaité garder son poste au gouvernement. 

Sa double casquette, chef de parti et responsable des relations avec les autres formations politiques au Parlement, était pourtant critiquée au sein de la majorité. Emmanuel Macron a tranché et choisi de donner raison à son fidèle lieutenant, soutenu également par le premier ministre Edouard Philippe, avec lequel il entretient les meilleures relations. 

Brillant mais cassant .

Ces dernières semaines, de nombreux acteurs de la macronie doutaient que M. Macron choisisse M. Griveaux, brillant mais cassant, pour remplacer M. Castaner, visage rond et chaleureux d’un gouvernement très technique aux personnalités encore inconnues des Français. M. Griveaux, qui s’est fait des ennemis pendant la campagne, s’est notamment vu reprocher d’avoir affiché trop tôt ses ambitions pour la mairie de Paris en 2020 après sa victoire aux législatives dans la 5e circonscription de la capitale. 

Il n’avait d’ailleurs pas été choisi en octobre par M. Macron pour prendre la direction de La République en marche. Sa dernière place du gouvernement dans l’ordre protocolaire avait aussi été analysée par certains piliers de la macronie comme un avertissement lancé par le président à son ambitieux lieutenant, qui doit fêter comme lui ses 40 ans en décembre. 

« Quand tu sers Macron, ton agenda doit être celui de Macron, point », mettait ainsi en garde récemment un très proche du chef de l’Etat. « Beaucoup ont laissé entendre que Macron se méfiait de Griveaux, c’est faux. Benjamin est de toutes les réunions stratégiques à l’Elysée, ce qui n’est pas le cas d’autres compagnons de route », rectifie une autre source dans l’entourage du chef de l’Etat.

Venu du Parti socialiste, ancien conseiller de Marisol Touraine au ministère de la santé lors du précédent quinquennat, Benjamin Griveaux a fait ses classes politiques en Saône-et-Loire. Vice-président du conseil départemental, ses relations étaient alors plus que fraîches avec Arnaud Montebourg, l’homme fort du PS local à l’époque. 

Fin 2016, ce diplômé de HEC avait quitté un haut poste au sein du groupe immobilier commercial Unibail pour rejoindre Emmanuel Macron dans sa conquête de l’Elysée. C’est par Ismaël Emelien, le stratège de M. Macron, que M. Griveaux a rencontré le futur président. MM. Emelien et Griveaux se sont connus rue de la Planche en 2006, au QG de Dominique Strauss-Kahn, lors de la préparation de la primaire du PS, entouré de politiques confirmés, de petites mains et de jeunes technos, dont ils faisaient partie. 

Quelques heures avant l’annonce du remaniement, en marge de la visite d’un centre des Resto du cœur, dans le Xème arrondissement de Paris, le chef de l’Etat avait livré un indice. Serrant la main de M. Griveaux, élu de l’arrondissement, qui l’accompagnait dans sa visite, il lui a glissé un « bravo ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2017/11/24/ .

Lire aussi : Olivier Dussopt, un proche de Manuel Valls, entre au gouvernement .

Avec ce député de l’Ardèche, Emmanuel Macron, régulièrement accusé par ses opposants de gauche de mener une politique fiscale trop à droite, s’offre les services d’un encarté socialiste.

Olivier Dussopt, au Congrès des maires de France, à Paris, le 20 novembre. Il est la vraie surprise de ce remaniement. Olivier Dussopt, 39 ans, a fait son entrée au gouvernement, vendredi 24 novembre, au poste de secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique, auprès de Gérald Darmanin (ministre de l’action et des comptes publics). Le député socialiste accompagne Delphine Gény-Stephann également nommée secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, Bruno Le Maire. Benjamin Griveaux récupère de son côté le poste convoité de porte-parole du gouvernement, à la place de Christophe Castaner qui reste secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement. 

Les annonces de l’Elysée : Benjamin Griveaux nommé porte-parole du gouvernement, Olivier Dussopt et Delphine Gény-Stephann font leur entrée .

En rejoignant Emmanuel Macron, Olivier Dussopt, élu de l’Ardèche, achève sa transhumance politique. Proche de la nouvelle gauche de Benoît Hamon au milieu des années 2000, il s’était ensuite rapproché de Martine Aubry. Fervent soutien de la maire de Lille lors de la primaire de la gauche en 2012, il s’était peu à peu désolidarisé pour rejoindre les troupes de Manuel Valls après l’accession à Matignon de ce dernier. Lors de la primaire du Parti socialiste (PS) en 2017, il avait tenu le rôle de porte-parole du candidat finalement défait par Benoît Hamon.

Il a voté contre le budget A la suite de l’annonce de son entrée au gouvernement, le coordinateur du PS, Rachid Temal, a annoncé sur son compte Twitter que M. Dussopt « n’est plus membre du Parti socialiste » évoquant « la cohérence politique ».

Au sein du parti, nombreux sont ceux à relever depuis mercredi, au moment où les rumeurs sur sa nomination commençaient à circuler, que M. Dussopt avait voté mardi contre le projet de loi de finances pour 2018. Le député n’avait par ailleurs pas voté la confiance au gouvernement, en juillet.

« C’est une tentative dérisoire de fracturer un peu plus l’opposition », analysait jeudi un député socialiste auprès du Monde.

« C’est décevant dans ce que ça dit de la vision de M. Macron des équilibres institutionnels. Le cynisme n’est pas une vertu en politique. ».

« Fidèle aux pratiques du vieux monde, Emmanuel Macron use du débauchage individuel comme Nicolas Sarkozy avant lui lorsqu’il prétendait au titre de DRH de la gauche. Il connaîtra le même succès », prédit vendredi dans un communiqué le président du groupe Nouvelle gauche à l’Assemblée, Olivier Faure.

« Son âge lui offre la possibilité d’avoir l’échine souple, très souple même, dénonce de son côté Christophe Lantoine, ancien chef de cabinet d’Arnaud Montebourg à Bercy, aujourd’hui proche de Luc Carvounas. Je pense surtout aux militants socialistes de son territoire qui lui ont tout donné pour réussir. Il est l’homme politique de son temps : moins il y a de loyauté, mieux ça marche. Mais il a oublié que le temps passe très vite... ».

Signal à Manuel Valls En nommant un proche de Manuel Valls, Emmanuel Macron envoie un signal à ce dernier, qui est revenu ces derniers jours sur le devant de la scène au gré de la polémique entre Mediapart et Charlie Hebdo. L’ancien premier ministre s’est d’ailleurs réjoui de cette nomination. « Il a l’expérience du terrain, le sens de l’Etat et il veut la réussite de la France. Il fait le bon choix », a-t-il tweeté.

M. Macron s’offre également au passage les services d’un député encarté socialiste alors qu’il est régulièrement accusé par ses opposants de gauche de mener une politique fiscale trop à droite.

Lors de la campagne des législatives, Olivier Dussopt avait fait face à une candidate de La République en marche dans la 2e circonscription de l’Ardèche, l’emportant au second tour avec près de 56 % des suffrages. Frappé par le cumul des mandats, il avait dû dans le même temps abandonner les clés de la mairie d’Annonay, dont il était maire depuis 2008. Quatre jours avant sa nomination, il avait partagé sur Twitter une photo prémonitoire de lui avec Edouard Philippe, dans le cadre des discussions entre les maires et le gouvernement, en saluant le « dialogue direct et cordial » avec le premier ministre, qu’il espérait « utile et constructif » pour « les prochaines décisions du gouvernement »… auquel il appartient désormais. 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/11/24/remaniement-olivier-dussopt-un-proche-de-manuel-valls-entre-au- LE MONDE | 24.11.2017 à 19h24

• Mis à jour le 25.11.2017 à 05h10 | Par Nicolas Chapuis (avec Le Monde.fr)

Des Camerounais témoignent : « En Libye, on nous vendait comme des légumes »

Des Camerounais témoignent : « En Libye, on nous vendait comme des légumes » Un avion affrété par les Nations unies a rapatrié à Yaoundé 250 ressortissants bloqués en Libye. Ils décrivent l’enfer des filières de trafiquants humains. A l’aéroport de Yaoundé, un migrante camerounaise et sa fille rapatriées le mardi 21 novembre 2017 de Libye.

La voix rauque, les yeux rougis par « la souffrance », Raïssa*, tout juste débarquée de l’avion qui vient de la rapatrier, mardi 21 novembre, au Cameroun a de la peine à raconter le calvaire vécu pendant les deux années passées « chez les monstres libyens ». « J’ai été torturée et violée, murmure-t-elle en larmes. Je voulais aller en Italie mais je suis tombée dans le plus horrible des pièges. En Libye, on nous vendait comme des légumes, on nous violait comme des putes. ».

En 2015, cette commerçante camerounaise âgée d’une vingtaine d’années a pris « la route de l’aventure pour sortir sa famille de la pauvreté ». De Douala, capitale économique du Cameroun, elle a rejoint le Nigeria, puis le Niger où, dit-elle, elle a été kidnappée dans le désert par six hommes qui l’ont dépouillée de vêtements, de ses deux téléphones portables et de son pécule de 925 000 francs CFA (1 406 euros). « On nous violait comme des putes ».

Conduite dans la ville libyenne de Sebha, Raïssa a été emprisonnée avec plus de 300 autres migrants. « J’étais battue, violée à tour de rôle par mes geôliers et torturée. Ils m’ont dit : “Pour te libérer, on a besoin d’argent. Appelle ta famille.” Lorsque mon grand frère a entendu mes pleurs, il a vendu sa moto pour leur envoyer 500 000 francs CFA (760 euros) », raconte la jeune femme.

Libérée un matin, elle est vendue dans la soirée par « le soldat chargé de la mettre en lieu sûr », à un autre groupe de kidnappeurs. Ces derniers la transfèrent à Sabratha, ville située à l’ouest de Tripoli, la capitale de la Libye. Ils réclament une rançon de 1 000 euros à sa famille.

« J’ai passé quatre mois dans cette prison. On me servait du pain et des spaghettis à moitié cuits. Je buvais de l’eau salée. J’ai fait des semaines sans faire de selles. Je pensais que j’allais mourir. Ma mère a réuni la famille, tout le monde a contribué. On a payé ma rançon. Je suis sortie de prison en août et je suis partie à Tripoli où je vivais cachée jusqu’à mon retour. ».

La chaîne de télévision américaine CNN a diffusé le 14 novembre des images d’un marché aux esclaves en Libye où étaient vendus des migrants subsahariens, provoquant un tollé général en Afrique et au-delà. D’après Roger Charles Evina, chargé de programme Protection et réinsertion des migrants de retour au Cameroun à l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM), environ 1 700 migrants camerounais se trouvent en Libye. Mardi 21 novembre, un vol spécial en provenance de Tripoli a atterri à l’aéroport international de Yaoundé avec à son bord 250 migrants camerounais. Parmi eux, neuf femmes enceintes et six enfants âgés de moins de 3 ans.

Comme Raïssa, ces hommes et femmes sortis de l’enfer libyen ont bénéficié d’un projet de l’OIM financé par l’Union européenne et dont le but est de « favoriser le retour volontaire de 850 migrants camerounais ». Morts au désert.

Assis dans un coin de l’aéroport où des médecins, psychologues et policiers leur prodiguent des premiers soins et conseils, yeux hagards, barbe de plusieurs jours et cheveux en bataille, Eddie exhibe ses cicatrices sur la main et l’épaule droite. Kidnappé à trois reprises, cet ancien pompiste a été « torturé, frappé avec des barres de fer et sodomisé ». En 2014, il a quitté la ville de Douala avec quinze amis. Il est le seul « réel survivant » à sa connaissance.

« Trois ont été vendus pour aller travailler sur des chantiers. Leurs parents n’avaient pas d’argent pour payer leur rançon et du coup, les Arabes ont décidé de les vendre pour se faire de l’argent. Deux sont morts au désert. Deux ont été tués par les kidnappeurs, car ils étaient malades. Je ne sais pas où les autres se trouvent. Je suis en vie. C’est l’essentiel », soupire-t-il.

Après « l’enfer », ces migrants sont-ils prêts à tenter à nouveau l’aventure ? « Plus jamais la Libye. Je ne veux plus partir », jure Roland Bella, 26 ans, kidnappé deux fois en Libye. « Je repartirai dès que j’aurai récupéré. Il n’y a pas de travail pour nous au Cameroun », assure Eddie. Il rêve d’Espagne où, veut-il croire, « il y a du travail pour tous les jeunes »...

www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/22/des-camerounais-temoignent-en-libye-on-nous-vendait-comme-des-

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