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INVITÉ AFRIQUE (RFI) A. Ouattara: «Nous avons commencé à rapatrier les Ivoiriens de la Libye dès 2015»

Spécial INVITÉ AFRIQUE  (RFI)   A. Ouattara: «Nous avons commencé à rapatrier les Ivoiriens de la Libye dès 2015»

INVITÉ AFRIQUE (RFI) A. Ouattara: «Nous avons commencé à rapatrier les Ivoiriens de la Libye dès 2015» Pourquoi est-ce que vous maintenez ce suspens sur votre candidature ou non-candidature en 2020 ?

***Non, je n’ai pas maintenu de suspens. J’ai dit qu’en 2020 on verra. Je donnerai ma décision***

Au lendemain du 5ème sommet UA-UE à Abidjan, l'invité d'Afrique Matin est son hôte le président ivoirien Alassane Ouattara. Son pays, la Côte d’Ivoire, est particulièrement concerné par les questions migratoires qui furent au centre des débats du sommet et qui ont abouti à la création d'une «Task Force» pour venir au secours des migrants victimes de réseaux esclavagistes en Libye. Alassane Ouattara répond aux questions de notre correspondant permanent en Côte d'Ivoire.

Rfi : Monsieur le président, on arrive à la conclusion de ce sommet Union africaine-Union européenne avec beaucoup d’annonces et une annonce phare, en relation à cette question de la migration: la création d’une force d’intervention. Ça, c’est la solution immédiate et d’urgence. Mais comment résoudre le problème à sa racine ?

Alassane Ouattara : La question de la migration a été introduite en plus, à cause de la situation en Libye. Des solutions ont été proposées. Mais ce que j’aimerais dire de manière plus précise, c’est que la Côte d’Ivoire a commencé à faire ce qui a été demandé. Nous avons, depuis 2015, rapatrié près de 1 000 Ivoiriens, ces trois dernières semaines. Avant même que le film de CNN ne passe, nous avions pris la décision de faire rentrer 550 Ivoiriens de Libye. Au total, d’ici le mois de mars, nous aurons fait rentrer 1500 Ivoiriens sur les 4 000 qui sont en Libye. Et les autres, nous sommes prêts à les faire rentrer quand ils le voudront. Nous condamnons ce qui se passe. Je l’ai dit, c’est choquant. C’est inacceptable, c’est ignoble. Maintenant, nous devons prendre nos responsabilités, aussi bien au niveau des Etats que des institutions. Au-delà de la Côte d’Ivoire, tous les pays africains, pour la plupart, ont des croissances économiques importantes.

Et malgré cette prospérité, les Africains en général continuent à aller chercher ailleurs du bien-être et de la richesse. Est-ce qu’il y a un problème de redistribution de cette richesse de la croissance économique ?

Chaque pays a sa particularité. En Côte d’Ivoire nous essayons, non seulement que la croissance soit inclusive, nous investissons dans l’éducation, dans la santé, nous améliorons les conditions de vie des paysans, nous investissons dans les infrastructures… Alors, je suis préoccupé par ce qui se passe en Côte d’Ivoire et surtout par rapport aux Ivoiriens. Sur cela, nous avons commencé à donner le maximum d’informations à nos jeunes. Egalement, essayé de traquer les passeurs et de les mettre en prison, parce qu’il y a des gens qui en font un commerce. Ceci est inacceptable. Quant aux raisons, elles sont diverses. Et la migration normale n’est pas quelque chose d’interdit. C’est d’ailleurs une très bonne chose pour le monde en général. Et la Côte d’Ivoire est en l’exemple.

L’Union européenne bloque les migrants en Libye ?

Oui, mais vous savez, ce que l’Union européenne fait concerne l’Union européenne.

Et là vous avez pu en discuter avec eux, vous étiez au sommet ?

Nous en avons discuté. Je crois qu’ils ont compris. Ils ont un problème d’opinions nationales. Vous savez, nous avons une crise ici à dix-quinze ans à cause de la faiblesse de la croissance économique et de l’exploitation politique [du fait] qu’il y avait des étrangers ici et là. Donc ça arrive dans tous les pays. Mais la maltraitance n'est pas acceptable. Monsieur le président, l’un des autres sujets qui étaient abordés à ce sommet, en bilatéral notamment, c’était la question de sécurité. Vous avez rencontré le président Macron. Il a aussi été question de la création d’une école pour former les Forces spéciales.

Cette école serait créée d’ici la rentrée de 2018 ?

On espère le milieu de l’année prochaine. Vous savez, la lutte contre le terrorisme demande des Forces spéciales. Et la Côte d’Ivoire a été choisie pour accueillir cette école, qui sera une école d’excellence pour la formation des Forces spéciales, pas seulement de Côte d’Ivoire, mais également des pays de la sous-région. Je considère que c’est nécessaire, parce que ces attaques terroristes deviennent traumatisantes pour nos populations. Et je remercie le président Macron d’avoir choisi la Côte d’Ivoire pour implanter cette unité de formation.

Le président Macron a également dit qu’il ferait tout pour faciliter l’extradition de François Compaoré. Tout d’abord, un commentaire là-dessus: qu’est-ce que vous en pensez ?

Non, ce qu’il a dit concerne les relations entre la France et le Burkina. Je n’ai pas de commentaires. Mais c’est un ressortissant qui vit ici de temps en temps, à Abidjan. Il fait des voyages entre Abidjan et Paris.

Est-ce qu’on a des raisons d’être un peu surpris de cette libre-circulation, alors qu’il a un mandat d’arrêt international ? 

Pour le moment c’est un problème entre le Burkina et la France. Je ne ferai pas de commentaires. 

Ces questions liées au Burkina Faso, le fait que Blaise Compaoré vive ici, qu’il est de nationalité ivoirienne, est-ce que ça n’empoisonne pas durablement les rapports entre les deux pays, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ?

Ce n’est pas mon sentiment, parce que les Burkinabè sont les bienvenus ici. Nous avons 3 à 4 millions de Burkinabè, qui vivent bien en Côte d’Ivoire, qui sont intégrés, qui contribuent au développement de ce pays. Il y a également des Ivoiriens qui vivent au Burkina et les choses se passent très bien au niveau des populations. Maintenant, le président Compaoré est en Côte d’Ivoire et les uns et les autres savent dans quelles circonstances. Je pense que c’est une bonne chose pour le Burkina qu’il soit en Côte d’Ivoire. Je considère que cela n’entache en rien nos bonnes relations avec le Burkina et notamment avec mon ami et frère, le président Roch Marc Christian Kaboré.

Est-ce qu’il est légitime que les Burkinabè demandent un langage de vérité et de justice par rapport à certaines histoires du passé ?

Mais ça c’est l’affaire des Burkinabè. Ce n’est pas mon affaire ! 

Monsieur le président, une ou deux questions de politique intérieure. Concernant ces affaires de caches d’armes dont on n’a pas cessé de parler dans la presse – des caches d’armes retrouvées chez le chef du protocole de Guillaume Soro ­–: depuis un certain nombre d’années, la Côte d’Ivoire dit que le processus DDR - Désarmement-Démobilisation-Réinsertion - a fonctionné et on trouve six tonnes d’armes chez un particulier, et qui plus est, un commis de l’Etat. Est-ce que vous trouvez normal que l’on retrouve six tonnes d’armes cachées dans une maison à Bouaké ?

Ah non. Mais écoutez, ce n’est pas un dysfonctionnement. Nous avons trouvé des armes chez un particulier. Cela n’est pas normal et la justice a mis cette personne sous mandat de dépôt et les choses se feront normalement, selon le processus judiciaire. Mais ce particulier n’est pas n’importe qui. C’est un commis de l’Etat. Et on dit que d’autres caches d’armes existent encore en Côte d’Ivoire. Pour moi, tous ces particuliers sont des Ivoiriens. Je traite à égalité tous les Ivoiriens. Quel que soit leur bord, quel que soit leur rang. Et, par conséquent, je n’ai pas du tout à protéger ou à punir qui que ce soit. La justice fait son travail et nous continuons de rechercher les caches d’armes. Effectivement, cette découverte nous a donné l’impression que peut-être il y a d’autres caches d’armes. Et si c’est le cas, nous allons les retrouver. Six tonnes d’armes c’est beaucoup. Six tonnes d’armes, c’est excessif. 

Concernant la perspective de 2020, vous avez donné une interview il y a quelque temps à nos confrères, concernant une hypothétique candidature en 2020. Vous avez dit : « A priori je ne me présenterai pas ». Pourquoi est-ce que vous maintenez ce suspens sur votre candidature ou non-candidature en 2020 ?

Non, je n’ai pas maintenu de suspens. J’ai dit qu’en 2020 on verra. Je donnerai ma décision. Donc il y a suspens, on n’est pas certain. Quand on s’était vus en 2015, lors de la campagne présidentielle, vous avez dit que vous ne vous présenteriez pas pour un troisième mandat.

Est-ce que les choses ont changé depuis ?

On connaîtra ma décision en 2020. Pourquoi est-ce que vous êtes moins catégorique aujourd’hui que vous ne l’étiez il y a trois ans ? En 2020 vous connaîtrez ma réponse.

Par Frédéric Garat (RFI)

Dernière modification levendredi, 01 décembre 2017 15:17
Adama Diomande

Président de l'Association pour la défense des libertés.

Site internet : www.addl-association.info
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