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Afrique (191)

"Ceux qui vivent sur d’autres continents, savent ce que vaut l’Afrique, à savoir qu’il est le continent de l’avenir apparemment seuls les Africains ne le savent pas"

Les Africains et leur continent.  Par : Venance Konan 

Il circule en ce moment sur les réseaux sociaux une courte vidéo d’une intervention de Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères et actuel président de l’Institut panafricain de stratégies, lors d’un débat sur « le panafricanisme et la renaissance africaine », à l’occasion du 50e anniversaire de l’Union africaine. Je ne vous cacherai pas l’admiration que j’ai pour cet homme, brillant intellectuel et panafricaniste convaincu et sincère.

 Que dit-il ? Des choses très simples, des évidences mêmes que je l’ai plusieurs fois entendues proférer lors de colloques et autres rencontres intellectuelles, mais qui méritent de nous être régulièrement rappelées. Il a par exemple posé ces questions-ci dans cette vidéo : « pourquoi ne construit-on pas un pont sur le fleuve Sénégal pour relier le Sénégal et la Mauritanie ? »

« Pourquoi n’en construit-on pas sur le fleuve Gambie pour assurer une continuité territoriale au Sénégal et régler du coup la question casamançaise ? »

 « Qu’attendons-nous pour construire ce barrage en Guinée dont on dit qu’il pourra permettre de fournir de l’électricité à toute l’Afrique de l’Ouest ? »

 « Et celui d’Inga en République démocratique du Congo qui pourrait permettre d’éclairer tout le continent ? »

 « Et toutes nos micros compagnies aéronautiques, qui n’ont qu’une viabilité incertaine, alors qu’il suffirait que nous nous mettions ensemble pour en avoir une très grande et solide comme nous en avions eu avec Air Afrique ?

 » Nous pourrions ajouter aux exemples cités par Cheikh Tidiane Gadio celui de Kinshasa et Brazzaville, les capitales de deux pays riches en matières premières qui se font face de part et d’autre d’un fleuve, et qui ne peuvent pas s’offrir un simple pont pour faciliter la circulation des populations.

 Et la conclusion de Cheikh Tidiane Gadio fut que si l’on devait chercher qui aime le plus l’Afrique, qui croit le plus au potentiel de l’Afrique, il y aurait de fortes chances que les Chinois, Américains ou Brésiliens passent devant les Africains. Parce que, eux, c’est-à-dire ceux qui vivent sur d’autres continents, savent ce que vaut l’Afrique, à savoir qu’il est le continent de l’avenir. Apparemment seuls les Africains ne le savent pas.

 Aujourd’hui le monde entier fait les yeux doux à l’Afrique parce que le monde entier sait que le futur du monde se trouve en Afrique. Pourquoi ?

 Parce que c’est en Afrique que se trouvent les dernières terres arables, que l’on découvre chaque jour de nouvelles réserves de matières premières indispensables à l’industrie moderne, que se trouve le marché ayant la plus forte croissance et une main-d’œuvre abondante. Pourquoi le Africains ne comprennent-ils pas qu’en se mettant ensemble ils seraient plus forts pour exploiter eux-mêmes leurs ressources, plutôt que de les brader aux autres ?

Prenons le barrage d’Inga dont on nous assure depuis des décennies qu’il serait de nature à fournir de l’électricité à toute l’Afrique. Il est évident que l’un des gros problèmes qui freinent notre émergence est l’absence d’électricité. Ce n’est pas un jeu de mots que de dire que l’Afrique noire est vraiment dans le noir. Alors, pourquoi donc depuis près de soixante ans, les États africains ne trouvent pas les moyens de construire ce barrage ?

Combien peut-il coûter pour que plus de cinquante États africains ne puissent pas se cotiser ou se mettre ensemble pour emprunter ce qu’il faut pour sa réalisation ?

Depuis combien de temps ne nous dit-on pas que la Guinée est le château d’eau de toute l’Afrique de l’Ouest. Pourquoi ces pays d’Afrique de l’Ouest ne pourraient-ils pas se mettre ensemble pour y construire un barrage qui les éclairerait tous ?

 Depuis les indépendances, tous les pays d’Afrique subsaharienne évacuent leurs petits et grands malades en Europe. Depuis quelque temps, ils vont de plus en plus vers certains pays d’Afrique du Nord ou australe. Qu’est-ce qui empêche les pays d’Afrique de l’Ouest ou du centre de créer ensemble des centres hospitaliers de référence dans leurs régions où ils soigneraient leurs malades ?

Il y a quelques années, les médecins ivoiriens avaient une excellente réputation et leurs centres hospitaliers universitaires étaient des références. Cela veut dire que cela est possible. ;;;;;;;;;
Mais lorsque l’on sait que pour construire le siège de leur organisation commune qu’est l’Union africaine, les 54 États africains n’ont pas pu se cotiser et ont attendu que ce soit la Chine qui le leur construise, on peut réellement s’interroger sur leur véritable volonté de s’émanciper et d’émerger de leur sous-développement.


Les nations riches du monde se réunissent régulièrement à travers des forums baptisés G8 ou G20 pour discuter des affaires économiques du monde. Ils nous y invitent parfois, comme c’est le cas du dernier sommet du G20 qui s’est tenu il y a quelques jours à Berlin, et où notre Président était présent.

Il serait sans doute temps que nos États africains se retrouvent aussi régulièrement pour parler de nos problèmes économiques et définir ensemble nos points de convergence qui nous permettraient d’aller tous de l’avant.


 Par : Venance Konan 

Gabon : la Cour constitutionnelle dissout l’Assemblée : la Cour constitutionnelle qui a décidé de transférer les pouvoirs de l’Assemblée nationale au Sénat jusqu’à la proclamation par la Cour des résultats des législatives »

« Les législatives n’ayant pas été tenues dans les temps fixés par la Cour constitutionnelle qui a décidé de transférer les pouvoirs de l’Assemblée nationale au Sénat jusqu’à la proclamation par la Cour des résultats des législatives »

 La Cour constitutionnelle gabonaise a dissous l'Assemblée nationale lundi, en demandant la démission du gouvernement, alors que le Gabon devait organiser des élections législatives avant fin avril, a annoncé la présidente de cette juridiction. La Cour précise que le mandat des députés prend fin et que le chef de l’État doit procéder à la nomination d’un nouveau gouvernement qui sera uniquement responsable devant le président de la République, a indiqué la présidente de cette institution, Madeleine Mborantsuo. « Force est de constater que le gouvernement n’a pas pu accomplir les missions qui lui sont dévolues, notamment la révision de la liste électorale depuis 2017 et la mise en place du Centre gabonais des élections, depuis janvier 2018 », a ajouté Mme Mborantsuo dans une déclaration dont l’AFP a obtenu copie.

 Selon la Cour, le gouvernement a surtout échoué dans l’organisation des législatives au plus tard le 30 avril, après deux reports de ces élections depuis décembre 2016 que les commentateurs expliquent par les remous suscités par la présidentielle d’août 2016 dont les résultats donnant le président sortant Ali Bongo Ondimba vainqueur sont contestés par l’opposition.

Parlement « illégitime » Le Parlement gabonais était donc considéré comme « illégitime » depuis dimanche 29 mars, les législatives n’ayant pas été tenues dans les temps fixés par la Cour constitutionnelle qui a décidé de transférer les pouvoirs de l’Assemblée nationale au Sénat jusqu’à la proclamation par la Cour des résultats des législatives.

La date des législatives sera annoncée par la Cour après avoir été saisie par le Centre gabonais des élections (CGE), une instance rassemblant des membres de la majorité et de l’opposition qui vient de se mettre en place et doit prêter serment mercredi devant la Cour. Le CGE remplace la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) qui avait validé les résultats de l’élection présidentielle d’août 2016.

01 mai 2018 à 13h29

Paul Kagamé sur radio Rwanda : Bientôt, nous aurons les meilleures université du monde chez nous

"Si notre pays est au rang premier en Afrique, et que le monde entier nous observe aujourd'hui, ce n'est pas parce que nous avons le Vatican, la Kabba, la Maison Blanche, l' Élysée ou le Taj Mahal ici chez nous.

 Non plus parce que vous avez un certain Paul Kagamé comme chef d'Etat, mais plutôt parce que vous avez des fils et des filles du Rwanda dans ce pays.

Des hommes et surtout des jeunes et des femmes Rwandais qui se sont pardonnés entre eux, et qui ont pris le destin de leur pays en main par le sens du travail, des innovations et du patriotisme comme étant la clé de leur progrès et de leur développement. Ce que nous faisons ici au Rwanda n'est pas un miracle, ni impossible ailleurs, il s'agit tout simplement de l'engagement de toute une nation, des jeunes et de femmes Rwandais surtout, mais aussi de volonté politique.

 Bientôt, nous aurons les meilleures université du monde chez nous,(NYU, Hardvard, London school of Economics, FIT...) Nous aurons aussi les meilleurs hôpitaux au Rwanda. L'intelligence et la compétence de nos enfants seront égales ou supérieurs à celle des grandes puissances, et notre pays le Rwanda sera une nouvelle porte d'opportunité, de savoir, de technologie et d'innovation pour tous les enfants Africains et du monde qui désirent appendre chez nous ou encore nous encore nous apporter leur savoir.

Le Rwanda sera non seulement au rendez-vous des civilisations, mais aussi des sciences et des technologies et de toutes les cultures qui domineront le monde.

 Aujourd'hui, plus de 40% de notre agriculture est entrain d être dominé par la technologie, l'Afrique tout entière peut faire mieux que nous pour une autosuffisance alimentaire primordiale, tout est question d'intérêt national et des peuples Africains.

Bien que nous sommes désormais loin de notre passé, faisons bon usage du présent pour faire mouche au futur. Car, le plus difficile n'est plus la d'ou on vient, mais plutôt l'a ou nous désirons et rêvons d'y aller. Au Rwanda, nous désirons et rêvons d'aller loin grace à ce peuple et à cette jeunesse désormais consciente"

Lutte contre la corruption : Accra prend le taureau par les cornes

Éradiquer la corruption dans la vie publique du Ghana était l'une des promesses majeures du président Nana Addo-Akufo. Où en est-il aujourd'hui ?

Le chef de l'État ghanéen Nana Akufo Addo vient de promulguer ce 2 janvier une loi spéciale anti-corruption.  Ghana/ Le débat sur la lutte contre la corruption est relancé au Ghana. Il bat même son plein depuis que le président ghanéen Nana Akufo Addo a promulgué début janvier un projet de loi portant création du nouveau Bureau du procureur spécial (OSP). Soit une agence spécialisée chargée d'enquêter sur les affaires de corruption impliquant des fonctionnaires, des personnes politiquement exposées et des personnes du secteur privé. L'objectif est clair : il s'agit surtout d'éviter l'instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Qui ne se souvient du dernier scandale dont se faisait écho avec délectation toute la presse nationale et surtout internationale en relatant l'histoire incroyable de la cette fausse ambassade des États-Unis ouverte à Accra et qui délivrait en toute impunité et depuis dix ans des passeports et des visas contre de fortes sommes d'argent.

Entré en fonction il y a tout juste un an, le chef de l'État ghanéen a fait de la lutte contre la corruption une de ses promesses de campagne. Où en est son pays, le Ghana, dans la lutte contre la corruption, alors que de nombreux scandales ont éclaboussé la présidence de Mahama Dramani, dont le dernier en date ? Comment les Ghanéens perçoivent-ils la corruption et jusqu'où le gouvernement peut-il aller pour lutter contre ce fléau ? « La démocratie ne fait pas tout »

« Mon espoir et mes attentes sont que la création de ce bureau va constituer une étape importante dans notre détermination collective à éradiquer la corruption de la vie publique de notre pays. Nous savons tous que cela a été un fléau majeur dans le développement du Ghana », a déclaré mardi 2 janvier le président ghanéen lors d'une cérémonie au sein de Flagstaff House, le palais présidentiel. Alors que la corruption est un problème épineux qui imprègne chaque tissu de la société ghanéenne, en particulier le secteur public, Nana Akufo Addo va plus loin, il estime que c'est « l'un des pires fléaux qui s'opposent au développement du Ghana ».

Et il n'est pas bien loin de la réalité puisque même la qualité de la gouvernance dans ce pays d'Afrique de l'Ouest s'est détériorée. Selon les rapports publiés tant sur le plan national que sur le plan international, le Ghana, exemple de démocratie, a perdu des points ces dernières années dans la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption notamment d'après Transparency International qui classe le Ghana au 7e rang africain (56e mondial), derrière le Botswana, le Cap Vert, les îles Seychelles, le Rwanda, les îles Maurice et la Namibie. L'Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique va plus loin, bien que le Ghana soit toujours classé huitième sur 54 pays africains, l'étude annuelle publiée fin novembre 2017 de Mo Ibrahim révèle que, sur une échelle de 0 à 100, la qualité de la gouvernance a diminué de 1,5 point. La directrice générale de la fondation Mo Ibrahim, Nathalie Delapalme, a déclaré à DW pourquoi le pays en est arrivé là : « il ne s'agit pas seulement des élections, des droits de la personne, de l'engagement politique et des lois, mais aussi de la façon dont les gens perçoivent les services qu'un gouvernement devrait offrir à ses citoyens au XXIe siècle. Cela comprend la sécurité personnelle ainsi que des systèmes de santé et d'éducation. Dans tous ces domaines, l'indice montre une régression du développement au Ghana. L'analyse du pays montre que cette baisse de régime « est apparemment liée à la découverte de gisements de gaz au large des côtes. Mais avant même l'exploitation du gaz, le gouvernement avait déjà alloué ses revenus futurs. Parfois, la découverte de matières premières peut créer un problème parce que les gens ont tendance à dépenser de l'argent avant même de l'avoir. »

Nana Akufo Addo sait qu'il a hérité d'un pays au fort potentiel : 2 e producteur d'or du continent après l'Afrique du Sud et 2 e producteur mondial de cacao après la Côte d'Ivoire. Avec un PIB de 35,9 milliards de dollars en 2015 (33,8 milliards d'euros), le Ghana est aussi la 2 e économie de la Cedeao, juste derrière le Nigeria et devant la Côte d'Ivoire. Mais voilà, en arrivant au pouvoir il a trouvé un gap de plus de 1,6 milliard de dollars dans les comptes publics du Ghana.

Ce que les Ghanéens pensent de la corruption « Ce marasme de leadership ne se limite pas aux représentants de l'État. Même les chefs traditionnels et religieux sont considérés comme corrompus par un nombre substantiel de Ghanéens – une surprise étant donné la confiance que la société leur accorde et la hauteur morale sur laquelle ils sont censés se tenir », expliquent aussi John P. Frinjuah et Josephine Appiah-Nyamekye, deux auteurs du Centre de recherche pour le développement de la démocratie, un institut de recherche et de plaidoyer indépendant, non gouvernemental, et à but non lucratif situé au Ghana. Dans leur dernier rapport sur la perception de la corruption par les Ghanéens, ils affirment tout de même que 60 % des Ghanéens commencent a exprimer une opinion favorable des efforts du nouveau gouvernement pour lutter contre la corruption, une amélioration significative comparée aux 25 % enregistrés en 2014. Cette nouvelle approche pourrait s'expliquer selon les deux analystes par « l'espoir exprimé par les citoyens pour le nouveau gouvernement - qui a pris des engagements dans la lutte contre la corruption et le retour de la croissance économique.

Mais pour autant nuancent-ils, les attentes sont immenses quand aux sanctions prises contre les auteurs de tels actes. Près des deux tiers (64 %) des Ghanéens veulent que les fonctionnaires corrompus soient poursuivis et, s'ils sont reconnus coupables, forcés de retourner les fonds volés, emprisonnés, et publiquement nommés. Environ un cinquième (22 %) est en faveur de la récupération par le gouvernement de fonds volés sans poursuites, tandis qu'un sur dix (9 %) opterait pour des poursuites sans récupération de fonds volés. Inverser la tendance

Longtemps défenseur des droits de l'homme, le président Akufo-Addo, âgé de 73 ans impute la majorité des scandales de corruption à l'ancien pouvoir de son prédécesseur John Dramani Mahama qui n'aurait pas su gérer les finances publiques. 

« Nous devons rétablir l'intégrité dans la vie publique. Les caisses de l'État ne doivent pas servir de butin au parti vainqueur d'une élection mais (doivent être) des ressources pour le développement économique et social du pays » En 2015, le président sortant, John Dramani avait dû solliciter l'aide du Fonds monétaire international (FMI) pour mettre en place un plan de sauvetage de 918 millions de dollars (874 millions d'euros) pour tenter d'enrayer une crise économique en partie provoquée par l'explosion de la dette publique et une pénurie d'électricité handicapante. Une décision qui ne fait que renforcer lé mécontentement des Ghanéens quand à la mauvaise gestion au plus haut sommet de l'État. Et pourtant en 2013, le président Dramani Mahama lance un code d'éthique pour les ministres et les fonctionnaires afin de lutter contre la corruption.

En décembre 2015, vingt juges avaient été limogés pour corruption. Ces juges, ainsi qu'une centaine de personnels de justice, ont été filmés par un journaliste acceptant des pots-de-vin pour délivrer des jugements ou pour obtenir des postes. Douze autres magistrats de cour d'appel étaient visés par les investigations. L'ex-président John Dramani Mahama n'a pas non plus été épargné, puisqu'en juin 2016, il a été accusé d'avoir reçu une voiture en contrepartie d'un contrat lucratif. Une enquête a été menée et fin septembre 2016 le président est blanchi, le jour-même où il présente sa candidature officielle pour la présidentielle du 7 décembre de l'an dernier.

En attendant, certaines agences anti-corruption soulignent que la loi sur les procureurs spéciaux ne devrait pas être considérée comme une solution miracle au fléau de la corruption au Ghana.

Viviane Forson http://afrique.lepoint.fr/economie/lutte-contre-la-corruption-accra-prend-le-taureau-par-les-cornes-05-01-2018-2184258_2258.php

 

INVITÉ AFRIQUE (RFI) Christine Lagarde sur le Franc CFA: «Ce n'est pas au FMI de statuer»

La directrice générale du Fond monétaire international, Christine Lagarde, était en visite officielle au Bénin où elle s'est félicitée de l'action du président Patrice Talon. Elle répond aux questions de Jean-Jacques Louarn. RFI : Le Bénin, dites-vous, est un partenaire qui tient ses promesses.

Nous pouvons citer la bonne gouvernance, des finances assainies, avec cependant un bémol, le filet social - la santé, l’éducation -, qui doit être fortement consolidé.

C’est bien cela ?

 Christine Lagarde : Tout à fait. Le seul point sur lequel on a des réserves, c’est effectivement le filet de soutien social et les dépenses consacrées à la santé et à l’éducation. On a reçu des assurances des autorités béninoises qu’il serait remédier rapidement à cette défaillance et que les bons investissements seraient réalisés dans ce secteur.

Globalement, avec 6% de croissance en prévision, l’Afrique de l’Ouest est pleine d’espoir. C’est ce que vous diriez. La Côte d’Ivoire a-t-elle retrouvé son rôle de locomotive ?

C’est vrai que si l’on regarde les huit pays de la zone, la Côte d’Ivoire est une locomotive actuellement et sa croissance économique a été forte. Et nous pensons que cela continuera à bien fonctionner si les réformes se poursuivent. On a vraiment une résilience de la demande intérieure. On a une amélioration des rendements agricoles, une hausse de la production d’électricité. Donc tout cela, ce sont des facteurs qui vont continuer à soutenir la croissance de la Côte d’Ivoire. C’est certain.

Par contre, la stabilité politique et la renaissance économique ne sont pas au rendez-vous en Afrique centrale. Le mauvais élève, pourrait-on dire, même le très mauvais élève, qui a même tenté de cacher ses finances catastrophiques au FMI, c’est le Congo-Brazzaville. Une dette sur le papier d’au moins 8 milliards d’euros, des rentes pétrolières gagées, des arriérés de salaire, des grèves dans tous les secteurs.

C’est un triste constat ?

Il est clair que pour ce qui est de la République du Congo, s’il y a des déséquilibres macros qui sont très importants, c’est un pays avec lequel nous avons maintenant engagé des discussions sur la base de ce qui est toujours l’exigence du FMI, c’est-à-dire livre ouvert, chiffres clairs et parfaite détermination de l’ensemble de la dette publique parce qu’on ne peut pas entrer en relation avec un pays si on n’a pas une idée claire de la dette du pays. En l’espèce, il a fallu effectivement faire le point précis sur les engagements bilan et hors bilan, si j’ose dire.

 Donc de la transparence ?

 Absolument. Moi, j’y suis particulièrement attachée parce qu’on prête l’argent de la communauté internationale, on joue un rôle de catalyseur parce que les investisseurs autres, y compris institutionnels de type Banque mondiale ou Banque africaine de développement, se fient à notre appréciation. Donc, on est redevable de cette transparence et on l’exige de nos partenaires.

Le FMI en 2018 fera donc bien une mission à Brazzaville ?

On sera engagé avec la République du Congo, sans aucun doute, et je me félicite de l’engagement des autorités à faire un audit sur toutes les questions de gouvernance et de corruption avec l’aide du Fonds. C’est une exigence dans le cadre de nos relations. On s’est trouvé dans des situations, je pense au Mozambique par exemple, où dans le cadre d’un programme qui avait été conclu, on a découvert une dette qui n’avait pas été révélée, des contrats qui n’avaient pas été pris en compte dans la comptabilité publique, on a suspendu le programme. Et on pratiquera exactement dans les mêmes conditions pour tout pays. C’était Warren Buffett [homme d'affaires et investisseur américain], qui disait : quand la mer est haute, on ne voit rien de particulier. Quand elle est basse, on s’aperçoit de ceux qui ont un maillot et ceux qui n’en ont pas. Les situations de crise financière ou de difficulté économique révèlent toujours les fragilités et les vulnérabilités des systèmes de gouvernance. On se trouve vis-à-vis de certains pays dans cette situation-là. C’est le moment aussi, surtout quand la détermination des politiques, c’est d’inviter le FMI à bord pour pouvoir assainir la situation, c’est le moment de prendre non seulement des bonnes résolutions, mais de les mettre en œuvre. On approche de la fin de l’année et j’espère que c’est ça ne sera pas un vœu pieux.

Et c’est le temps des promesses ?

 Oui, il faut que les promesses soient tenues, c’est vrai.

Alors le francs CFA, faut-il, faudra-t-il y toucher tôt ou tard, créer deux zones de convertibilité différentes ?

Ça, ce n’est pas au FMI de statuer.

Vous avez un avis ?

Le seul avis qui est le nôtre correspond à la mission qui est celle du FMI. La seule condition qui, pour nous, est impérative, c’est celle de la stabilité financière. Si les pays concernés, appartenant à chacune des zones monétaires, souhaitent mettre en place un autre système, nous, notre recommandation très forte, c’est que quoi qu’il arrive, il faut qu’impérativement que cela soit très organisé, très planifié, structuré de telle sorte que la stabilité financière des pays ne soit pas mise en cause.

La Banque mondiale a annoncé mardi qu’elle arrêtera de financer après 2019 l’exploration et l’exploitation de pétrole et de gaz. C’était à l’occasion du sommet du climat de Paris, « One Planet Summit » qui s’est tenu mardi 12 décembre à Paris.

Est-ce possible ?

 Si la Banque mondiale prend ce genre d’engagement, je suppose qu’ils en ont mesuré les suites des conséquences. Je suppose aussi que cet engagement vaut pour le charbon parce qu’on est là dans un domaine qui est beaucoup plus redoutable pour le changement climatique.

Emmanuel Macron et l’Afrique.

Le renouvellement du partenariat UE-Afrique, les jeunes, la sécurité, l’écologie. Des thèmes classiques, mais diriez-vous que le président français fait preuve de volontarisme face aux urgences, qu’il est en quelque sorte dos au mur notamment sur le plan sécuritaire, sur le plan écologique ?

 Je crois qu’il a, en un temps très bref de l’exercice de sa présidence, démontré son engagement et sa détermination et son ambition à marquer le cours des évènements et de l’histoire en matière à la fois sécuritaire, environnementale, rôle géopolitique de la France et c’est une Christine Lagarde sur le Franc CFA: «Ce n'est pas au FMI de statuer»

Jean-Jacques Louarn / Diffusion : RFI

A lire aussi 

L'actualité économique mondiale en direct - RFI Publié le 31-12-2017 media En 2017, pour la première fois depuis des années, les prévisions de croissance mondiale du Fond monétaire international (FMI) ont été revues à la hausse et non plus à la baisse comme c'était devenu la coutume. Christine Lagarde se félicite qu'avec une croissance moyenne de 3,6 % en 2017 et même 3,7 % en prévision pour 2018 l'économie mondiale revienne ainsi au rythme de progression de la richesse qui avait cours avant la crise financière de 2007-2008.

Une reprise économique que la directrice générale du FMI juge désormais plus forte, mieux partagée et plus seulement tirée par les pays émergents. Elle invite donc les pays à profiter de cette embellie pour poursuivre ou entamer les réformes structurelles nécessaires. Christine Lagarde donne un bon point à la France Des réformes que le FMI juge sur trois critères : leur capacité à favoriser la croissance, à maintenir la dette à un niveau soutenable et à ne pas aggraver les inégalités, voire mieux encore à les réduire.

Christine Lagarde estime que les mesures engagées en France sont dans la ligne de ce qui recommande le FMI.

En visite en Afrique de l'Ouest, Emmanuel Macron veut rompre avec ses prédécesseurs "les réponses du Président MACRON ont été bien appropriés"

Quand on est en dernière année formation d'ingénierie qu'on prend pour responsable le Président de la FRANCE du dysfonctionnement des normes de la construction dans son propre PAYS , je trouve cela triste et humiliant pour son PAYS et son President present. Quand le chef d'État Français promet de doter votre université d'une unité de savoir. vous lui demandez comment l'alimenter en électricité au même moment ce chef d'État va inaugurer la plus grande centrale d'énergie solaire de l'Afrique de l'Ouest dans votre PAYS. C'est qu'on a une mentalité profonde de colonisé.Donc on n'a rien compris de THOMA SANKARA. Pour moi les réponses du Président MACRON ont été bien approprié  / DIOMANDE Adama.

À lire aussi Emmanuel Macron a prononcé, mardi à Ouagadougou, un discours très attendu sur sa politique africaine, où il s'est adressé à la jeunesse et a assuré les Burkinabè de son amitié

.Retour sur les temps forts de son discours. Pendant plus de 2 h 45, Emmanuel Macron a tenté de séduire 800 étudiants de l'université de Ouagadougou venus l’écouter, mardi 28 novembre, à l’occasion de son premier "grand oral" africain.

En visite en Afrique de l'Ouest, Emmanuel Macron veut rompre avec ses prédécesseurs

• Au début de son discours, le chef de l’État français a brièvement évoqué la grenade qui a visé, deux heures avant son arrivée, des soldats français dans le nord de Ouagadougou, sans vouloir y donner de l'importance. Cette attaque, qui a fait trois blessés parmi les riverains, n'a pas été revendiquée.

• Le président a martelé qu’il n’était pas venu pour dispenser des leçons, mais proposer "avec humilité d’inventer ensemble une amitié. Une amitié pour agir". Son discours se voulait en rupture avec les interventions passées des précédents présidents français. Il s'est présenté devant la jeunesse burkinabè comme le représentant d'une génération pour laquelle "les crimes de la colonisation européenne sont incontestables", tout en relevant qu'il y avait eu aussi "des grandes choses et des histoires heureuses" dans ce passé.

• Le chef de l’État a annoncé vouloir frapper les passeurs qui exploitent les migrants en Libye. Il a également annoncé "un soutien massif à l'évacuation des personnes en danger" en Libye, qualifiant de "crime contre l'humanité" la vente de migrants comme esclaves.

• Sur la question des femmes, Macron s'est posé en défenseur de l'émancipation des femmes africaines, déclarant vouloir que "partout en Afrique une jeune fille puisse avoir le choix de ne pas être mariée à 13 ou 14 ans".

• Lors d’une séance de questions-réponses détendue avec l’assistance, Emmanuel Macron s'est ensuite déclaré totalement ouvert sur la question de l'avenir du franc CFA, son périmètre, son nom et son existence même. "La France accompagnera la solution qui sera portée par vos dirigeants."

• Il a par ailleurs invité une étudiante, à travers une question critique vis-à-vis de la France, à "rompre avec cette habitude de toujours [lui] reprocher ce qui se passe mal ici".

• Il a enfin balayé les thèmes de la culture du sport et de la langue française. "Notre langue est aujourd’hui autant africaine que française. Elle a parcouru le monde entier et nous unit. Elle a un avenir, il se joue ici."

À lire aussi : "Burkina Faso : Macron promet de déclassifier tous les documents sur l'assassinat de Sankara"

Emmanuel Macron a débuté sa tournée africaine en annonçant mardi matin que la France allait déclassifier "tous les documents sur l'affaire Sankara", du nom de l'ancien président burkinabè assassiné en 1987.

Le président français Emmanuel Macron a promis, mardi 28 novembre, à l'issue d'un entretien avec le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré à Ouagadougou, que tous les documents français concernant l'assassinat de l'ancien président burkinabè Thomas Sankara en 1987 seraient "déclassifiés".

"Les archives sont aujourd'hui disponibles et ouvertes à la justice burkinabè, sauf pour les documents classifiés et couverts par le secret défense. J'ai pris un engagement clair et je viens de le dire au président Kaboré : ces documents seront déclassifiés pour la justice burkinabè, qui aura accès à tous les documents sur l'affaire Sankara", a déclaré le président français lors d'un point presse.

La mort de Thomas Sankara, devenue une figure panafricaine, était un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de l'ancien président Blaise Compaoré, qui a succédé au "père de la révolution".

Blaise Compaoré, qui vit en exil en Côte d'Ivoire depuis 2014, est soupçonné d'avoir participé au complot par de nombreux Burkinabè, qui y voient aussi la main de la France, ancienne puissance coloniale qui aurait été gênée par la politique anticolonialiste de Sankara.

Avec AFP Alexander Joe, AFP Texte par FRANCE 24

BURKINA FASO EMMANUEL MACRON Réactions en Afrique sur les réseaux sociaux après le discours d'Emmanuel Macron Par RFI Publié le 28-11-2017 Modifié le 29-11-2017 à 00:03 La jeunesse africaine était au coeur du discours prononcé par le président français Emmanuel Macron mardi 28 novembre à Ouagadougou. « Burkina Fiasco » pour les uns, espoirs de sortir du franc CFA pour les autres, les réactions sont mitigées

 Avalanche de réactions sur la Toile avec, d'abord, cet hommage à Thomas Sankara, « une première pour un président français », note un internaute sur Facebook. Un autre, originaire du Cameroun, y voit au contraire un « leurre pour les Africains naïfs ». « Le meilleur hommage à rendre à Sankara - écrit-il - c'est de reconnaître le rôle de la France dans son élimination ». 

Les réactions sont très variées sur Twitter, comme l'on peut s'en douter. Une internaute, Olivia Nlogo, insiste sur le fait que la jeunesse était « davantage dans la rue que dans cet amphithéâtre » où Emmanuel Macron s'est exprimé. .

Dans une vidéo, un Burkinabé dit son ras-le-bol de la politique « france-africaine » et il ajoute : « s'il y a un défi qu'Emmanuel Macron doit relever, c'est de nous faire sortir du franc CFA ». 

Un avis que ne partage par forcément Gbadé, un internaute guinéen. « Les Africains pensent que leur malheur se trouve dans le franc CFA. Plusieurs pays africains n'ont pas le CFA et sont plus pauvres ». 

Autre sujet très commenté, ce moment où Emmanuel Macron explique que ce n'est pas à lui de s'occuper de l'électricité dans les universités burkinabè. Roch Marc Christian Kaboré en profite pour s'absenter quelques minutes et du tac-au-tac Emmanuel Macron lance : « Il est parti réparer la climatisation ». 

Vous me parlez comme si j'étais toujours une puissance coloniale, mais moi je ne veux pas m'occuper d'électricité dans les universités au Burkina Faso ! C'est le travail du président (...) [rires, applaudissements, tandis que le président Kaboré s'absente momentanément] Du coup il est parti réparer la climatisation... Emmanuel Macron à l'université Ouaga1 28-11-2017 - Par Pierre Pinto .

Des propos jugés familiers et arrogants par beaucoup d'internautes, comme Philo Makiésé du Congo qui parle d'une humiliation. Une humiliation « bien méritée » selon elle pour des présidents africains qui se comportent « comme des sous-fifres face aux Occidentaux ». D'autres enfin n'hésitent pas à parler de cette visite comme d'un « Burkina Fiasco ». 

Le discours d'Emmanuel Macron à Ouagadougou : Edition spéciale 19h30-20h00 28-11-2017 - Par Marie Casadebaig

VIDÉO / Discours de Macron à Ouagadougou (REPLAY )

À travers la jeunesse Burkinabé nous venons de vivre directement l’immaturité de cette jeunesse Africaine souvent par leurs questions immatures car ils pensent que la FRANCE les colonise encore toujours, ils ont oublié leurs propres devoirs et ont oublié la responsabilité de leurs gouvernants. Bravo! au Président MACRON d'avoir dépoussiéré le discours de la FRANCE . DES réponses sans tabou sur le CFA et l’immigration sur les vendeurs trafiquants Africains de leurs semblables.

Tahar Bekri : "Je suis blessé dans ma chair" / TRIBUNE. Face aux marchands d'esclaves en Libye, le poète tunisien nous adresse ses mots contre une arabité et un islam qui lui font honte.

Je suis blessé dans ma chair. Tous ces corps mutilés, torturés, pour humilier des êtres, les faire chanter, les asservir, exploiter leur détresse, les vendre dans le marché de l'abject. Comment rester silencieux, se taire devant l'insoutenable vérité ? Un marché d'esclaves au mépris du droit, de la loi, au nom d'une pseudo idéologie qui organise la barbarie moderne, le chaos universel.

Des Noirs à la recherche d'une vie digne risquent au prix de leur vie les parcours les plus épineux, les voilà violentés, aux mains de marchands, criminels enrichis, engraissant les paradis fiscaux, en Libye, dans un pays africain qui méprise ses frères, dans le pays du poète de langue arabe, le Soudano-Libyen Mohamed Faytouri qui a consacré toute son œuvre aux chants d'Afrique Aghani Ifriquiya.

De quelle religion se nourrissent ce mépris, cette haine ?

De quelle philosophie se nourrit ce piétinement des droits humains pendant que le monde regarde son visage immaculé des taches de la vilenie ?

Pas en mon nom, pas de cet islam-là qui me couvre de honte et contre lequel les Zendjs (les Noirs) se sont révoltés déjà en 869 ! en Irak, sous le califat abbasside ! Pas de cette arabité-là, usurpée, dégradante, cupide et insultante au genre humain ! Pas de cette berbérité-là bafouée et qui laisse faire.

Où sont les lois de l'hospitalité, de la grandeur généreuse ?

Le respect de l'Autre ?

Faut-il te plaindre désert si riche en pétrole et pauvre en partage ?

La cécité est complice. L'indifférence est coupable. La responsabilité est collective et mondiale.

La Libye est-elle devenue le nouveau territoire de Daech ?

Crimes et contrebandes en toutes sortes… jusqu'aux êtres humains ! Sommes-nous en train de mesurer l'ampleur du désastre, de l'atteinte à la dignité de notre humanité ? Pendant des années, avec le regretté Tchicaya U Tam'si nous avons tenté de développer un dialogue entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne qui s'est prolongé à Tanger,

Léopold Sédar Senghor l'avait entamé auparavant avec Habib Bourguiba, en Tunisie, en joignant la berbérité et l'africanité. Nous essayons depuis longtemps d'apaiser les blessures historiques. Bâtir une Afrique fraternelle. Celle-là est mienne, pas celle que vous souillez ! 

PAR TAHAR BEKRI* / Le Point Afrique 

Takar Bekri est poète, derniers livres parus : "Mûrier triste dans le printemps arabe", Al Manar.

"Les arbres m'apaisent" (livre d'art), peintures acryliques, Annick Le Thoër, Al Manar.

Des Camerounais témoignent : « En Libye, on nous vendait comme des légumes »

Des Camerounais témoignent : « En Libye, on nous vendait comme des légumes » Un avion affrété par les Nations unies a rapatrié à Yaoundé 250 ressortissants bloqués en Libye. Ils décrivent l’enfer des filières de trafiquants humains. A l’aéroport de Yaoundé, un migrante camerounaise et sa fille rapatriées le mardi 21 novembre 2017 de Libye.

La voix rauque, les yeux rougis par « la souffrance », Raïssa*, tout juste débarquée de l’avion qui vient de la rapatrier, mardi 21 novembre, au Cameroun a de la peine à raconter le calvaire vécu pendant les deux années passées « chez les monstres libyens ». « J’ai été torturée et violée, murmure-t-elle en larmes. Je voulais aller en Italie mais je suis tombée dans le plus horrible des pièges. En Libye, on nous vendait comme des légumes, on nous violait comme des putes. ».

En 2015, cette commerçante camerounaise âgée d’une vingtaine d’années a pris « la route de l’aventure pour sortir sa famille de la pauvreté ». De Douala, capitale économique du Cameroun, elle a rejoint le Nigeria, puis le Niger où, dit-elle, elle a été kidnappée dans le désert par six hommes qui l’ont dépouillée de vêtements, de ses deux téléphones portables et de son pécule de 925 000 francs CFA (1 406 euros). « On nous violait comme des putes ».

Conduite dans la ville libyenne de Sebha, Raïssa a été emprisonnée avec plus de 300 autres migrants. « J’étais battue, violée à tour de rôle par mes geôliers et torturée. Ils m’ont dit : “Pour te libérer, on a besoin d’argent. Appelle ta famille.” Lorsque mon grand frère a entendu mes pleurs, il a vendu sa moto pour leur envoyer 500 000 francs CFA (760 euros) », raconte la jeune femme.

Libérée un matin, elle est vendue dans la soirée par « le soldat chargé de la mettre en lieu sûr », à un autre groupe de kidnappeurs. Ces derniers la transfèrent à Sabratha, ville située à l’ouest de Tripoli, la capitale de la Libye. Ils réclament une rançon de 1 000 euros à sa famille.

« J’ai passé quatre mois dans cette prison. On me servait du pain et des spaghettis à moitié cuits. Je buvais de l’eau salée. J’ai fait des semaines sans faire de selles. Je pensais que j’allais mourir. Ma mère a réuni la famille, tout le monde a contribué. On a payé ma rançon. Je suis sortie de prison en août et je suis partie à Tripoli où je vivais cachée jusqu’à mon retour. ».

La chaîne de télévision américaine CNN a diffusé le 14 novembre des images d’un marché aux esclaves en Libye où étaient vendus des migrants subsahariens, provoquant un tollé général en Afrique et au-delà. D’après Roger Charles Evina, chargé de programme Protection et réinsertion des migrants de retour au Cameroun à l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM), environ 1 700 migrants camerounais se trouvent en Libye. Mardi 21 novembre, un vol spécial en provenance de Tripoli a atterri à l’aéroport international de Yaoundé avec à son bord 250 migrants camerounais. Parmi eux, neuf femmes enceintes et six enfants âgés de moins de 3 ans.

Comme Raïssa, ces hommes et femmes sortis de l’enfer libyen ont bénéficié d’un projet de l’OIM financé par l’Union européenne et dont le but est de « favoriser le retour volontaire de 850 migrants camerounais ». Morts au désert.

Assis dans un coin de l’aéroport où des médecins, psychologues et policiers leur prodiguent des premiers soins et conseils, yeux hagards, barbe de plusieurs jours et cheveux en bataille, Eddie exhibe ses cicatrices sur la main et l’épaule droite. Kidnappé à trois reprises, cet ancien pompiste a été « torturé, frappé avec des barres de fer et sodomisé ». En 2014, il a quitté la ville de Douala avec quinze amis. Il est le seul « réel survivant » à sa connaissance.

« Trois ont été vendus pour aller travailler sur des chantiers. Leurs parents n’avaient pas d’argent pour payer leur rançon et du coup, les Arabes ont décidé de les vendre pour se faire de l’argent. Deux sont morts au désert. Deux ont été tués par les kidnappeurs, car ils étaient malades. Je ne sais pas où les autres se trouvent. Je suis en vie. C’est l’essentiel », soupire-t-il.

Après « l’enfer », ces migrants sont-ils prêts à tenter à nouveau l’aventure ? « Plus jamais la Libye. Je ne veux plus partir », jure Roland Bella, 26 ans, kidnappé deux fois en Libye. « Je repartirai dès que j’aurai récupéré. Il n’y a pas de travail pour nous au Cameroun », assure Eddie. Il rêve d’Espagne où, veut-il croire, « il y a du travail pour tous les jeunes »...

www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/22/des-camerounais-temoignent-en-libye-on-nous-vendait-comme-des-

Zimbabwe: le président Robert Mugabe a démissionné

Explosion de joie au Parlement zimbabwéen à Harare, le 21 novembre 2017, après l'annonce de la démission de Robert Mugabe.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a remis une lettre de démission au Parlement, a annoncé Jacob Mudenda, président de l'Assemblée nationale, ce mardi 21 novembre. Le chef de l'Etat, qui est âgé de 93 ans, était en résidence surveillée depuis l'intervention de l'armée, mercredi dernier, mais refusait de céder le pouvoir qu'il exerçait depuis l'indépendance, en 1980.

 Le président du Parlement zimbabwéen Jacob Mudenda a annoncé la démission de Robert Mugabe.

L'annonce a été faite peu avant 17h ce mardi, dans le bâtiment où étaient rassemblés tous les parlementaires zimbabwéens, qui devaient voter pour ou contre le dépôt d'une motion de défiance contre le chef d'Etat.. Alors que l'audience est en cours, le président de l'Assemblée nationale reçoit un courrier et le lit devant tous les députés, annonçant la démission de Robert Mugabe : « Moi, Robert Gabriel Mugabe [...] remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat », indique-t-il dans le communiqué. Réactions de Zimbabwéens à Harare.

Des centaines de personnes descendent alors dans les rues pour crier leur joie sous les sifflets et les klaxons. Toute la ville d'Harare résonne de clameurs de joie, rapporte notre envoyée spéciale dans la capitale zimbabwéenne, Valentine Rioux. Après les deux jours de torpeur qui ont suivi l'apparition décevante de Robert Mugabe à la télévision dimanche soir, les Zimbabwéens crient maintenant leur bonheur et leur désir de liberté.

Face à cette mobilisation populaire, l'armée a appelé les Zimbabwéens à la responsabilité. « Au vu des derniers développements dans le pays, les forces de défense et de sécurité veulent appeler les Zimbabwéens de tous bords politiques à faire preuve de la plus grande retenue et à pleinement respecter la loi et l'ordre », a déclaré le chef de l'état-major de l'armée, Constantino Chiwenga, devant la presse à Harare.

Des manifestants célèbrent la démission de Robert Mugabe, le 21 novembre 2017 dans les rues de Harare. © REUTERS/Mike Hutchings Une semaine de chaos Pour rappel, l'armée du Zimbabwe a pris le contrôle du pays dans la nuit du 14 au 15 novembre. Au départ, mercredi dernier, on voit quelques chars dans les principales artères d'Harare. Le flou règne pendant plusieurs heures. Des troupes contrôlent les voies d'accès aux principaux ministères, au Parlement et aux tribunaux, mais la vie suit son cours dans les rues de la capitale.

A l'aube, le général Sibu Siso Moyo annonce à la télévision nationale qu'il ne s'agit pas d'un coup d'Etat. L'armée, se contente d'éliminer les « criminels dans l'entourage de Robert Mugabe ». C'est par la voix du président sud-africain Jacob Zuma que l'on apprend le lendemain que Robert Mugabe est en résidence surveillée.

C'est alors que s'engage un bras de fer qui va durer sept jours. Des négociations se mettent en place entre Robert Mugabe qui refuse catégoriquement de quitter le pouvoir et les militaires qui souhaitent se débarrasser du héros de l'indépendance en douceur, ou plutôt « dans la dignité » comme ils aiment à le dire.

Pour accélérer le mouvement, la Zanu-PF organise des consultations dans les provinces du pays le week-end dernier. Dimanche, le haut comité se réunit pour destituer le président Mugabe de ses fonctions de président du parti. C'est le premier mouvement d'une stratégie qui doit mener à l'impeachment au Parlement, c'est-à-dire une procédure de destitution. L'annonce de la démission du président Mugabe est finalement annoncée au Parlement sous les applaudissements tonitruants de l'hémicycle.

Des réactions dans le monde entier A l'étranger, Theresa May a été la première à réagir à cette annonce. « La démission de Robert Mugabe offre au Zimbabwe l'opportunité de se forger une nouvelle voie libre de l'oppression qui a caractérisé son pouvoir », a estimé la Première ministre britannique dans un communiqué, à propos de cette ancienne colonie britannique.

Theresa May ✔ @theresa_may.

The resignation of Robert Mugabe provides Zimbabwe with an opportunity to forge a new path free of the oppression that characterised his rule: https://www.gov.uk/government/news/pm-statement-on-resignation-of-robert-mugabe-21-november-2017 .

Sur France 24, Alpha Condé a fait part de son « soulagement ». Le président guinéen, également président en exercice de l'Union africaine, a aussi pris soin de rappeler le passé du président démissionnaire : « Il ne faut jamais oublier que Mugabe a été un très grand combattant, un héros africain. C'est dommage qu'il sorte par la petite porte et qu'il soit désavoué par le Parlement ». Et de saluer le fait qu'une solution politique ait été trouvée pour sortir de la crise politique. « Le fait que la Zanu ait demandé au président de démissionner, c'est une solution politique qui respecte la Constitution », a ajouté Alpha Condé.

Démission du président zimbabwéen Robert Mugabe - Edition spéciale du 21 novembre 2017 [19h30-20h] 21-11-2017 -

Par RFI Démission du président zimbabwéen Robert Mugabe - Edition spéciale du 21 novembre 2017 [19h-19h30] 21-11-2017 - Par RFI.

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